Wall Street corrige nettement avec les droits de douane et le désordre géopolitique
Donald Trump pèse lourdement sur les marchés
Wall Street a terminé en forte baisse mardi, après trois jours de pause, alors que Donald Trump a continué de faire monter la pression sur l'Europe en réaffirmant vouloir mettre la main sur le Groenland... Fermée lundi pour la Journée de Martin Luther King Jr., la place américaine a donc corrigé le tir dans la foulée des dernières menaces commerciales de Washington visant huit pays européens, dont la France en particulier, tandis que le "Conseil de paix" voulu par le président américain a reçu une fin de non recevoir de la part de Paris. Il n'en fallait pas plus pour provoquer un recul généralisé des indices à Wall Street, en pleine période de publication des entreprises. Le S&P 500 abandonne 2,06% à 6.796 pts, le Nasdaq trébuche de 2,39% à 22.954 pts et le Dow Jones perd 1,76% à 48.488 pts.
Donald Trump a donc confirmé sa volonté d'une prise de contrôle du Groenland et a indiqué qu'il allait rencontrer plusieurs responsables pour discuter de la question en marge du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Il a par ailleurs déclaré qu'il avait eu une conversation téléphonique "fructueuse" avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte. Le président américain maintient quoi qu'il en soit que l'île est "essentielle" à la sécurité nationale américaine et mondiale.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump s'en est pris ouvertement au Royaume-Uni : "Chose choquante, notre 'brillant' allié de l'OTAN, le Royaume-Uni, envisage de céder l'île de Diego Garcia, où se trouve une base militaire américaine vitale, à l'île Maurice, et ce, sans aucune raison... Il ne fait aucun doute que la Chine et la Russie ont remarqué cet acte de faiblesse flagrant. Ce sont des puissances internationales qui ne reconnaissent que la FORCE, raison pour laquelle les États-Unis d'Amérique, sous ma direction, sont désormais, après seulement un an, respectés comme jamais auparavant. Que le Royaume-Uni cède un territoire aussi important est un acte d'une GRANDE STUPIDITÉ et s'ajoute à la longue liste des raisons de sécurité nationale justifiant l'acquisition du Groenland. Le Danemark et ses alliés européens doivent faire ce qui est justifié".
Les exigences de Trump concernant le Groenland sont montées d'un cran ces derniers jours. Le président américain a donc annoncé son intention d'imposer des droits de douane à huit pays européens jusqu'à ce qu'un accord sur la souveraineté américaine sur le Groenland soit conclu... Cles droits de douane américains sur les produits des pays concernés (Royaume-Uni, France, Danemark, Norvège, Suède, Allemagne, Pays-Bas et Finlande) débuteraient à 10% le 1er février et atteindraient 25% le 1er juin en l'absence d'accord. Les responsables européens ont rapidement condamné cette menace, la qualifiant "d'inacceptable", et préparent notamment des tarifs douaniers de représailles frappant 108 milliards de dollars de produits américains. L'Europe pourrait également déployer un instrument anti-coercition susceptible d'alimenter les ventes d'actifs américains, avec des retombées potentielles bien plus importantes...
Donald Trump a menacé plus spécifiquement la France mardi, affirmant qu'il pourrait contraindre Emmanuel Macron à rejoindre le Conseil de paix en utilisant les tarifs douaniers : "S'ils se sentent hostiles, j'imposerai une taxe de 200% sur ses vins et champagnes, et il se joindra à nous". Le Conseil de la paix proposé par Trump a donc connu, comme l'indique Bloomberg, des débuts difficiles : remis en question par l'Europe, critiqué par Israël et salué par les alliés du Kremlin. Le président français Emmanuel Macron a immédiatement décliné l'invitation, qui avait également été adressée, note l'agence, à des dirigeants autoritaires comme Alexandre Loukachenko, le dirigeant biélorusse...
Donald Trump a confirmé de son côté avoir invité le président russe Vladimir Poutine à rejoindre le Conseil de paix pour Gaza. Le président argentin Javier Milei et le Premier ministre canadien Mark Carney devraient devenir des membres fondateurs du comité. Parmi les autres invités figurent le président turc Erdogan et le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. Une grande partie des inquiétudes porte sur la formulation de la charte du conseil, consultée par Bloomberg, qui semble conférer le pouvoir de décision ultime à Trump. "Cela soulève de nombreuses questions, notamment quant à la destination des indemnités versées pour les membres de longue durée", ont indiqué les sources de l'agence.
Lors du Forum économique de Davos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fermement dénoncé les menaces de droits de douane de Trump - qualifiées d'"erreur" -, appelant à une coopération renforcée entre alliés. "La sécurité dans l'Arctique ne peut se construire qu'ensemble, c'est pourquoi les nouvelles menaces tarifaires sont une erreur, surtout entre alliés de longue date", a-t-elle insisté. Elle a également rappelé que "l'Union européenne et les États-Unis ont conclu un accord commercial en juillet dernier, et en politique comme en affaires, un accord doit être respecté".
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a pour sa part déclaré que le président Donald Trump ne renoncerait pas à l'acquisition du Groenland, arguant que l'Europe est "trop faible pour assurer sa propre sécurité et ne devrait pas résister". Dans une interview accordée à l'émission Meet the Press de NBC, Bessent a balayé d'un revers de main les menaces de l'UE concernant les droits de douane et a affirmé que Trump utilisait les pouvoirs d'urgence comme moyen de pression stratégique. Bessent a déclaré que la volonté de Trump était motivée par la concurrence dans l'Arctique, les projets de défense antimissile et la dépendance passée de l'Europe à l'égard de l'énergie russe. Il a rejeté les affirmations selon lesquelles cela nuirait à l'OTAN, affirmant que les dirigeants européens finiraient par accepter le leadership américain en matière de sécurité... Bessent a estimé par ailleurs qu'il était peu probable que la Cour suprême annule les droits de douane imposés par le président Trump, les qualifiant de "politique économique fondamentale". Il a déclaré que la Cour suprême éviterait de provoquer un chaos économique et a comparé la situation à des décisions antérieures ayant validé des lois importantes. Il a ajouté que l'Europe était inondée de produits chinois et qu'elle finirait par adopter la politique commerciale des États-Unis...
La plus haute juridiction du pays pourrait se prononcer sur la légalité du recours à l'IEEPA par Trump pour imposer ces droits de douane dès cette semaine, mais cette perspective ne semble pas inquiéter dans le clan républicain... "Je pense qu'il est très improbable que la Cour suprême invalide une mesure phare de la politique économique d'un président", a affirmé M. Bessent dans l'émission Meet the Press de télévision politique de NBC. "Ils n'ont pas invalidé l'Obamacare. Je crois que la Cour suprême ne souhaite pas créer de chaos", a remarqué Bessent. En juin, la Cour suprême avait confirmé en effet une disposition clé de l'Affordable Care Act (le fameux "Obamacare") qui avait institué un comité chargé de recommander les services de soins préventifs que les assureurs doivent fournir gratuitement aux patients. Alors qu'une décision pouvait être rendue dès cette semaine par la Cour, cette dernière s'est en attendant encore abstenue de trancher mardi. C'est la troisième fois consécutive que la décision n'est pas publiée comme prévu....
Sur le front économique cette semaine à Wall Street, les opérateurs suivront mercredi les mises en chantier de logements et permis de construire, les dépenses de construction, ainsi que l'indice des promesses de ventes de logements, puis jeudi les chiffres finaux du PIB du 3e trimestre, les inscriptions au chômage, les revenus et dépenses des ménages, ainsi que le rapport hebdomadaire sur les stocks pétroliers domestiques ou encore que l'indice manufacturier de la Fed de Dallas. Le PMI composite américain, l'indice des indicateurs avancés et l'indice du sentiment des consommateurs de l'Université du Michigan, seront dévoilés vendredi.
Dans l'actualité des entreprises, Netflix (après bourse), 3M, US Bancorp, Fastenal, United Airlines et D.R. Horton, publieront notamment leurs résultats après la clôture. Johnson & Johnson, Prologis, Charles Schwab, Halliburton, Truist Financial ou The Travelers Companies, annonceront leurs comptes mercredi. Procter & Gamble, GE Aerospace, Abbott, Intel, Intuitive Surgical ou Capital One Financial, dévoileront leurs derniers chiffres jeudi. SLB (ex-Schlumberger) sera de la partie vendredi...
Sur le Nymex, le baril de brut WTI grimpe de plus de 1% à 60$. L'once d'or fin s'accorde encore 1,5% à 4.741$, au plus haut. L'indice dollar cède 0,9% face à un panier de devises. Le bitcoin retombe sous les 90.000$.
Les valeurs
Nvidia (-4,3%). Le fabricant taïwanais de serveurs Inventec a déclaré selon Reuters que la décision concernant l'autorisation de Nvidia à vendre sa puce d'IA H200 en Chine semblait "bloquée du côté chinois"... Les États-Unis ont officiellement autorisé l'exportation de la puce vers la Chine la semaine dernière, sous conditions. Reuters a rapporté la semaine dernière que les autorités douanières chinoises avaient informé leurs agents que la puce H200 n'était pas autorisée à entrer en Chine, sans préciser s'il s'agissait d'une interdiction formelle ou d'une mesure temporaire. Inventec est un sous-traitant de fabrication d'ordinateurs portables et serveurs d'IA utilisant des produits Nvidia, dont la puce H200 dans certains de ses produits, et produit des serveurs pour des clients chinois sur son site de Shanghai. "Tout dépend de l'orientation politique, car la question se résume en fin de compte à savoir si la Chine l'autorise", a déclaré Jack Tsai, dirigeant d'Inventec, cité par Reuters.
Netflix (+0,8%) vient de modifier son offre pour le rachat de Warner Bros. Discovery (-1,1%), avec comme attendu une proposition désormais entièrement en numéraire. Le plan amendé de rapprochement entre le géant du streaming et WBD intervient six semaines après le deal initial, face à une offre rivale de la firme Paramount Skydance (-2,1%) menée par David Ellison, fils de Larry. Netflix a donc opté pour une offre entièrement en numéraire pour les studios et les activités de streaming de la société, comme l'avait indiqué déjà il y a quelques jours l'agence Bloomberg. Ces modifications visent à accélérer une vente qui devrait prendre plusieurs mois et qui se heurte à l'opposition de personnalités politiques et de son concurrent, Paramount Skydance Corp. Selon l'accord initial, les actionnaires de Warner Bros. devaient recevoir 23,25$ en cash et 4,50$ en actions ordinaires Netflix, avec certains ajustements prévus si le cours de l'action du géant du streaming descendait en dessous de 97,91$. Mais depuis le début des négociations, le titre Netflix a souffert en bourse.
Le groupe de streaming leader propose maintenant 27,75$ par action WBD pour les actifs de son studio de cinéma et de sa plateforme de streaming, qui seraient scindés en une nouvelle société cotée en bourse appelée Warner Bros. plus tard cette année. CNN et les autres chaînes appartenant à WBD rejoindraient une société distincte nommée Discovery Global. Netflix prévoit de financer le deal par trésorerie, facilités de crédit existantes et financements déjà engagés. Cette solution simplifierait la structure de l'opération, offrant une plus grande visibilité en termes de valeur pour les actionnaires de WBD, ce qui accélèrerait potentiellement le processus de vote des actionnaires. Bloomberg rapportait la semaine dernière que Netflix avait obtenu un financement de 59 milliards de dollars auprès de banques de Wall Street pour soutenir son projet d'acquisition sous la forme de "l'un des plus importants prêts-relais jamais accordés". Environ 25 milliards de dollars avaient déjà été refinancés par des emprunts à plus long terme. Selon Stephen Flynn, analyste de crédit senior chez Bloomberg Intelligence, Netflix disposerait de la capacité financière d'emprunter davantage tout en conservant sa solide notation de crédit.
Palantir (-1,3%). Des dirigeants de Palantir ont annoncé selon Reuters que l'entreprise technologique américaine avait conclu un important contrat pour la vente de logiciels supplémentaires à HD Hyundai, renforçant ainsi sa présence dans le secteur de l'industrie lourde en Corée du Sud. Selon une source proche du dossier citée par Reuters, l'accord représente plusieurs centaines de millions de dollars pour Palantir sur plusieurs années. Une cérémonie de signature serait prévue dans les bureaux du groupe américain mis en place pour le forum de Davos. Il s'agirait d'une extension du travail commencé par Palantir en 2021 avec HD Hyundai, l'un des leaders de la construction navale et des équipements lourds...
3M (-6,9%) a annoncé pour son 4e trimestre des ventes de 6,1 milliards de dollars en croissance de 2,1%, une marge opérationnelle de 13% en retrait de 510 points de base et un bénéfice par action de 1,07$ en baisse de 20%. Sur une base ajustée, les revenus ont progressé de 2,2% en organique à 6 milliards de dollars, pour une marge de 21,1% en hausse de 140 points de base et un bpa ajusté en croissance de 9% à 1,83$. Le cash flow opérationnel se situe à 1,6 milliard sur le trimestre et le free cash flow ajusté à 1,3 milliard. Sur l'exercice, les revenus ajustés atteignent 24,3 milliards, en croissance organique de 2,1%, pour une marge opérationnelle ajustée de 23,4% améliorée de 200 points de base et un bpa ajusté de 8,06$. Les comptes sont ainsi supérieurs aux attentes de marché. Le groupe aux marques Scotch ou Post-it envisage pour 2026 une croissance des ventes ajustées de 4% environ reflétant une progression organique de 3%, une marge opérationnelle ajustée en expansion de 70 à 80 points de base, ainsi qu'un bénéfice ajusté par action allant de 8,50 à 8,70$. Le cash flow opérationnel ajusté est anticipé entre 5,6 et 5,8 milliards de dollars.
US Bancorp (stable), la banque régionale américaine, a publié pour le trimestre clos des revenus record de 7,36 milliards de dollars comprenant une hausse de 7,6% des revenus de commissions, pour un bénéfice net de 2,04 milliards de dollars en progression de 23% en comparaison de l'an dernier et un bpa dilué en hausse de 18% à 1,26$. "Au quatrième trimestre, le bénéfice par action dilué s'est établi à 1,26$, soit une hausse d'environ 18% par rapport à l'année précédente, après ajustement. Nous avons réalisé une solide rentabilité des capitaux propres tangibles de 18,4% et un effet de levier opérationnel positif de 440 points de base, après ajustement, grâce à un chiffre d'affaires net record ce trimestre. Les dépôts de la clientèle, eux aussi records, et la restructuration efficace de notre bilan ont contribué à la croissance du revenu net d'intérêts et à l'amélioration de nos marges. Les revenus de commissions ont dépassé notre objectif de croissance à un chiffre et ont été soutenus par la bonne performance de nos activités diversifiées génératrices de commissions. Nos niveaux de crédit et de capital demeurent solides : notre ratio de pertes nettes sur créances s'est amélioré à 0,54% et notre ratio de fonds propres CET1 a clôturé l'année à 10,8%".
Fastenal (-2,5%), acteur américain des fournitures industrielles, corrige assez lourdement avant bourse à Wall Street. Le groupe a publié pour son 4e trimestre fiscal un bénéfice net de 294 millions de dollars (+12%) et un bénéfice par action tout juste en ligne avec les attentes à 26 cents, pour des revenus de 2,03 milliards de dollars également "conformes" (+11%). Sur l'exercice, le bénéfice net a atteint 1,26 milliard de dollars (+9%) pour des revenus de 8,2 milliards de dollars (+9%).
D.R. Horton (-1,7%), le promoteur immobilier américain a publié au titre de son premier trimestre fiscal un bénéfice de 595 millions de dollars et un bénéfice par action de 2,03$, supérieur aux attentes de marché, pour des revenus de 6,9 milliards de dollars également meilleurs que prévu. Les ventes de logements ont totalisé 6,5 milliards de dollars pour 17.818 unités. Les commandes unitaires ont progressé de 3% sur la période à 18.300 logements, pour une valeur de 6,7 milliards de dollars. Le groupe envisage désormais pour l'exercice des revenus allant de 33,5 à 35 milliards de dollars, un cash flow consolidé des opérations d'au moins 3 milliards de dollars et des rachats d'actions de 2,5 milliards de dollars.
Fifth Third Bancorp (+1,9%) a publié pour son 4e trimestre fiscal des comptes inférieurs aux attentes de marché, affichant un bénéfice par action de 1,04$ et des revenus de 2,15 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 699 millions de dollars. Le revenu net d'intérêt a représenté 1,53 milliard de dollars, sensiblement comparable à celui du trimestre antérieur. "Des années d'exécution rigoureuse de nos initiatives stratégiques nous permettent d'assurer une rentabilité durable lors de l'intégration de Comerica. Les approbations des actionnaires et des autorités réglementaires étant obtenues, nous prévoyons la finalisation de la transaction le 1er février 2026. Nous restons confiants dans notre capacité à réaliser les synergies financières attendues de cette acquisition", ajoute le PDG Tim Spence.
KeyCorp (-0,3%) a annoncé des revenus T4 de 2 milliards de dollars et des revenus annuels de 7,5 milliards de dollars, un record, en croissance de 16% sur une base ajustée. Le bénéfice net des opérations poursuivies attribuable aux actionnaires a atteint 474 millions de dollars et 43 cents par action, ou bien 458 millions de dollars et 41 cents par action sur une base ajustée.
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