Entretien avec Pierre Laurent, Responsable de la recherche chez Euroland Corporate
LDC, Vusion, Agripower...
Boursier.com : Parmi les petites et moyennes capitalisations parisiennes, quels dossiers appréciez-vous aujourd'hui?
P.L. : Nous aimons par exemple le spécialiste des produits de volaille LDC dont le titre affiche, depuis 5 ans, une performance boursière très régulière. Nous apprécions le caractère défensif de LDC qui est relativement protégé des fluctuations économiques. Le groupe bénéficie de la hausse de la consommation de volaille qui est la seule viande à enregistrer une progression de sa consommation ces dernières années. On parle de 3 à 4% par an, mais cela suffit à LDC pour afficher une progression de revenus plus élevée. Au-delà de l'aspect défensif, LDC est en quasi monopole sur la GMS française avec environ 40% de parts de marché selon nous, ce qui lui permet d'être en position de force dans les négociations tarifaires et de capter une grande partie des hausses de prix tout en redistribuant une partie des bénéfices aux éleveurs en amont.
Boursier.com : Le titre est proche de ses plus hauts, est-il malgré tout digne d'intérêt?
P.L. : A 120 Euros, le titre est moins abordable que par le passé. La décote par rapport aux pairs européennes s'est toutefois amoindrie, les ratios de valorisation s'affichaient autour de 7 fois son ROC il y a quelques mois, contre 10 fois aujourd'hui. Pour autant, il existe encore un potentiel de valorisation, les acteurs européens se traitant à 12 fois. Nous visons 134 Euros. Le nouveau plan stratégique annoncé, avec 10 MdsE de chiffre d'affaires à horizon 2030 et 550 ME de ROC, peut paraître conservateur tant LDC a démontré sa capacité à faire mieux qu'annoncé par le passé. Cela doit permettre de viser plus haut sur le titre.
Boursier.com : L'action Vusion a perdu 50% environ depuis son plus haut de fin juin 2025 à 278 Euros... Mais vous demeurez positif dessus...
P.L. : C'est un cas particulier dans la mesure où il s'agit d'une des rares histoires françaises de croissance technologique, avec une progression moyenne d'activité annuelle de 30% et la digitalisation des magasins est encore loin d'être achevée. Cette forte croissance passée pose néanmoins question : Vusion peut-elle réitérer la performance alors qu'elle a été portée par le méga contrat de 2023 auprès de Walmart? L'avantage technologique de Vusion, notamment en termes logiciels, est clair, ce qui facilite ses prises de parts de Marché. Les communications futures sur les prises de commandes seront cruciales dans le cadre du plan 2027 en cours, avec un chiffre d'affaires visé de 2,2 MdsE. Nous pensons qu 'au vu des arguments de la société, ce niveau d'activité sera atteint. On parle d'une société qui se paye moins de 8 ou 9 fois l'EBITDA pour une croissance attendue d'au moins 15% ces prochaines années. Il y a selon nous une dichotomie entre le niveau du cours de bourse et la réalité économique de la société.
Boursier.com : La confiance n'a t-elle pas été rompue depuis l'attaque par un vendeur à découvert en 2023?
P.L. : Le niveau des vendeurs à découvert est remonté autour de 6% récemment. Mais leur logique n'est plus la même : elle ne porte plus sur les sujets de crédibilité de 2023 auxquels la direction avait répondu, mais sur la capacité de Vusion à réaliser effectivement la croissance annoncée. Le groupe n'a jamais raté ses guidances et son profil technologique, de croissance, n'a pas vraiment d'équivalent sur la cote française.
Boursier.com : Un autre titre parmi vos favoris?
P.L. : Agripower a fait évoluer son modèle d'un bureau d'étude sur la méthanisation vers la production pour compte propre, dans une logique de détention d'actifs. Agripower prend désormais des participations dans les unités de méthanisation. Le profil est un peu plus financier et plus capitalistique, mais procure des revenus récurrents sur des périodes longues à prix contrôlés par l'Etat. avec des marges d'EBITDA intéressantes. Le potentiel de marché est énorme : le parc français est de 1000 à 1200 unités et Agripower est en passe de devenir actionnaire de 7 seulement. Agripower a pour ambition de se créer un vrai portefeuille d'actifs extrêmement monétisable. Neoen et Waga Energy qui ont subi des OPA avec de belles primes pour les actionnaires minoritaires, étaient des sociétés détentrices d'actifs, dans l'éolien le photovoltaïques et d'unités de gaz de décharge. Le fait qu'Agripower fasse bouger son modèle vers la détention d'actifs va lui permettre de se construire un patrimoine qui attirera l'attention d'un possible acquéreur comme un fonds d'investissement spécialisé dans les infrastructures. Le titre végète quelque peu entre 0,80 et 1,20EUR. Nous visons 1,70 EUR. Selon nous, l'activité pour compte propre n'est pas valorisée ce qui crée une opportunité substantielle.
Boursier.com : Voltalia affiche aussi un modèle de détention d'actifs. Mais pour autant vous n'appréciez pas la valeur. Pourquoi?
P.L. : Oui, mais il est beaucoup plus capitalistique que les activités de méthanisation. Le dossier est très endetté avec 2,5 MdsE de dettes fin 2025 pour des capitaux propres d'environ 1 MdE. La génération de cash est structurellement négative, ce qui signifie que la croissance n'est pas autofinancée et repose aussi sur des cessions d'actifs, ce que n'aime pas le Marché. En outre, la rentabilité ne décolle pas car Voltalia est engagé dans un plan de restructuration qui engendre des coûts exceptionnels. Voltalia subit de plus le phénomène d'écrêtement au Brésil qui constitue le pire problème qui puisse exister pour un producteur d'énergie renouvelable et qui lui a beaucoup coûté! Enfin, Voltalia n'a pas l'échelle suffisante pour imposer ses prix. Le plan "Spring" est l'aveu que la stratégie du groupe a atteint les limites.
Boursier.com : Avez-vous des exemples de parcours boursiers haussiers récents que vous n'accompagnez pas...
P.L. : Celui d'Egide : +110% depuis un an! Le chiffre d'affaires baisse depuis 3 ans et la perte nette se creuse. Les comptes ne sont pas bons et leur publication a été reportée en 2023, 2024 et 2025... De plus les comptes 2024 n'ont pas été certifiés et Egide a encore annoncé cette année que la publication des comptes était repoussée! Le titre a, un temps, été incorporé dans le compartiment "penalty bench" d'Euronext. Selon nous, il y a une dichotomie entre la réalité opérationnelle et comptable et son parcours boursier. Le titre a bénéficié du parcours du secteur de la Défense et de l'Armement, mais Egide est l'un des dossiers de moins bonne qualité du secteur, bloqué sur sa niche et ne montrant aucun signe d'amélioration.
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