Entretien avec Estelle Dolla, Présidente et cofondatrice de Private Corner
La dette privée reste pour nous une brique essentielle dans une allocation
Boursier.com : Que proposez-vous aux épargnants ?
E.D. : Nous permettons aux conseillers financiers d'accéder aux actifs non cotés, comme le private equity, la dette privée ou les infrastructures, mais surtout de les intégrer de manière structurée dans une allocation patrimoniale. Aujourd'hui, l'enjeu n'est plus l'accès, mais la capacité à construire un portefeuille cohérent dans le temps. Au-delà de permettre d'investir directement dans l'économie réelle avec des moteurs de performance distincts de ceux des marchés cotés, ces actifs nécessitent une approche rigoureuse : diversification des stratégies et des gérants, construction par millésimes, et pilotage des flux d'investissement et de distribution. Notre plateforme rend cela possible en proposant l'accès à une quinzaine de fonds gérés par Private Corner, donnant ainsi accès aux stratégies les plus éprouvées du marché. Pour aller plus loin, nous avons développé un dispositif d'accompagnement pédagogique destiné aux conseillers financiers, notamment via notre Académie du non coté, afin de les aider à monter en compétence et à construire des allocations pertinentes et adaptées aux besoins de leurs clients, et toujours selon les standards institutionnels.
Boursier.com : Quels sont les avantages et les contraintes des actifs non cotés ?
E.D. : Les actifs non cotés apportent une création de valeur ancrée dans l'économie réelle, avec une performance liée à des fondamentaux industriels (transformation des entreprises, financement d'actifs productifs, génération de cash-flows) et une diversification effective, moins sensible aux fluctuations de marché à court terme. Cependant, ils présentent des contraintes intrinsèques : un horizon d'investissement long, une liquidité limitée et une mécanique de flux (appels de fonds progressifs, distributions différées). Ces caractéristiques ne sont pas des limites : ce sont précisément elles qui permettent d'investir progressivement à travers les cycles économiques et de lisser le risque d'entrée, à condition d'en maîtriser les mécanismes.
Boursier.com : Quel rendement peut-on en attendre ?
E.D. : Les performances historiques du non coté sont attractives, avec des rendements globaux de 13 % à 16 % sur 10 ans pour le private equity selon PitchBook. Cependant, ces moyennes cachent une forte dispersion : dans les stratégies de buyout, le rendement médian est d'environ 13 %, mais les meilleurs fonds dépassent 20 % à 25 %, tandis que les moins performants peuvent descendre sous les 5 %, voire être négatifs. L'écart entre les gérants peut ainsi atteindre 15 à 20 points de performance. Autrement dit, dans le non coté, la performance ne dépend pas du marché mais du choix des gérants. Mais au-delà de la sélection, rappelons que la structuration des fonds est clé. Frais, alignement d'intérêts, modalités d'accès : ces éléments conditionnent directement la performance nette réellement restituée à l'investisseur. Dans le non coté, la performance n'est jamais le fruit du hasard : elle est le résultat d'une véritable orchestration.
Boursier.com : Quel doit être le poids des actifs non cotés dans une allocation patrimoniale ?
E.D. : Il n'existe pas de poids idéal universel : l'allocation dépend de la situation de chaque investisseur (horizon, besoins de liquidité, revenus, structure du patrimoine). En revanche, une approche coeur/satellite permet de structurer cette poche de manière robuste. Le coeur repose sur des stratégies diversifiées, lisibles et résilientes (dette privée, secondaire, co-investissement, GP Stakes), tandis que les satellites, plus ciblés, captent des sources de performance supplémentaires. L'essentiel réside dans la dimension temporelle : une allocation non cotée se construit progressivement, via des investissements réguliers, une diversification par millésimes et un recyclage des distributions. Cette logique de flux optimise le capital investi et transforme l'illiquidité en avantage.
Boursier.com : La dette privée est aujourd'hui sous pression. Quel est votre point de vue sur le sujet ?
E.D. : Le contexte actuel invite à une analyse nuancée : la dette privée reste pour nous une brique essentielle dans une allocation, notamment en coeur de portefeuille, grâce à sa visibilité, sa stabilité et sa génération de revenus réguliers. Les tensions récentes relèvent davantage de problématiques de structuration des véhicules ou de gestion de la liquidité que d'une remise en cause de la classe d'actifs elle-même. L'environnement actuel crée même des conditions plus favorables pour les investisseurs, avec des spreads plus élevés et un meilleur rapport rendement/risque. Comme souvent dans le non coté, ces phases plus exigeantes soulignent l'importance d'une sélection et d'une structuration rigoureuses, et de la discipline dans la construction des allocations.
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