Entretien avec Benoit Peloille, Chief Investment Officer chez Natixis Wealth Management
Les analystes considèrent que la nouvelle génération massive de profits des entreprises de la tech est la norme...
Boursier.com : Les marchés évoluent sur des niveaux élevés, parfois record comme les indices américains, alors que la géopolitique reste incertaine et que l'inflation est de retour... Comment l'expliquez-vous?
B.P. : La rapidité du rebond des marchés a surpris et cela provoque une divergence de message par rapport à l'inflation. La vitesse de ce rebond illustre un appétit pour le risque assez forcené. Les profits très solides de la "tech" américaine semblent insubmersibles et les anticipations de profits des acteurs du secteur demeurent particulièrement solides et prennent le dessus sur les considérations géopolitiques. Les signes d'euphorie sur les marchés actions semblent justifiés par la dynamique des profits... Les analystes considèrent, peu ou prou, que la nouvelle génération massive de profits des entreprises de la tech est la norme...
Boursier.com : La situation dans le détroit d'Ormuz passe-t-elle désormais au second plan ?
B.P . : La "tech" est aujourd'hui clairement plus importante pour les marchés que ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz. Tout repose sur la "tech", grâce aux investissements massifs contribuant à la croissance américaine. Même si aucun protagoniste n'a intérêt à ce que le conflit perdure, nous pensons que le conflit autour du détroit d'Ormuz devrait encore durer. Les pénuries possibles risquent d'accoucher d'effets récessifs sur la croissance américaine et cela n'est pas pris en compte par les marchés actions aujourd'hui. En Europe il ne s'agit que d'un choc énergétique, mais plus sensible qu'aux Etats-Unis. Mais aux Etats-Unis, s'y ajoute une inflation déjà sous-jacente, que n'a jamais véritablement jugulé la Fed depuis le Covid et qui progresse à nouveau.
Boursier.com : Quel scénario remettrait en question la poursuite de la hausse des marchés actions?
B.P. : Les exemples historiques démontrent que si les taux d'intérêt montent, même en cas de profits élevés, le marché actions peut baisser! Dans le contexte actuel, les signes d'euphorie, visibles sur les marchés, nécessitent d'adopter une attitude plus prudente, notamment vis-à-vis des marchés américains. Nous sommes incités à jouer l'Europe en relatif. La surperformance pourrait venir d'une inflation américaine plus élevée. Selon nous, l'inflation est en effet avant tout une problématique américaine et non européenne. Dans ce contexte, le biais accommodant de la Fed ne parait plus tenable. A l'inverse, la BCE n'a plus matière à relever les taux tant que l'inflation ne se diffuse pas à l'économie de la zone Euro d'autant que les deux moteurs de la zone, France et Allemagne, demeurent éteints.
Boursier.com : Vous parlez de "début d'euphorie" sur les valeurs IA américaines...
B.P. : La valorisation ne veut rien dire sans prise en compte du niveau des taux d'intérêt... Durant le long régime de taux d'intérêt bas avant l'épisode Covid, les valorisations élevées pouvaient se justifier, la prise de risque sur le marché actions était peu "coûteuse". Aujourd'hui, ce n'est plus le cas : l'environnement de taux s'est modifié et ces derniers devraient demeurer élevés pour longtemps. La séquence est plus "normale" en ce sens qu'elle aboutit à des prises de risque plus normalisées sur les actions. Toute hausse de taux pourrait donc peser sur les marchés actions. Il n'y a pas besoin d'avoir une déception sur les profits pour que les valorisations se dégonflent! La progression des taux d'intérêt est suffisante.
Boursier.com : Dans ce contexte que penser des IPOs de l'IA américaine?
B.P. : Dans la mesure où on commence à entrer dans une phase d'euphorie dans un secteur qui ne justifie plus ses niveaux de valorisations, les propositions de valeur de ces IPOs défient l'analyse fondamentale. Il s'agit de groupes non rentables dont la valeur repose sur des promesses particulièrement exigeantes. Clairement cela fait partie des signes d'euphorie palpables. Ces opérations sont emblématiques de cette période.
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