Entretien avec Dorian Raimond, Responsable des opérations de trading et des investissements - France et Royaume-Uni
Un rendement cible sans avoir à courir après des actions qui ont déjà réalisé un parcours parabolique...
Boursier.com : Quel est le principe d'un produit structuré ?
D.R. : Un produit structuré est un instrument financier dont le rendement est défini contractuellement à l'avance, en fonction de l'évolution d'un sous-jacent (indice, panier d'actions, taux). On y trouve deux briques : une composante obligataire qui sécurise tout ou partie du capital, et une composante optionnelle qui détermine le coupon ou la performance finale. C'est cette contractualité du rendement qui fait la particularité du structuré : l'investisseur connaît dès l'origine les scénarios de gains et de pertes, ainsi que les conditions de remboursement. Dans un environnement où les marchés sont volatils et incertains, cet engagement écrit est devenu un argument clé.
Boursier.com : La liquidité est-elle assurée ?
D.R. : Oui, sur le marché secondaire, l'émetteur fournit un prix de rachat quotidien tout au long de la durée de vie du produit. L'investisseur peut donc sortir avant l'échéance, mais à un prix de marché qui dépend de l'évolution du sous-jacent, des taux et de la volatilité. Il peut être supérieur ou inférieur au nominal. Le produit structuré est cependant conçu pour être détenu jusqu'à son terme ou jusqu'à un rappel anticipé, et la liquidité est conditionnelle.
Boursier.com : Quels sont les risques associés ?
D.R. : Il existe trois familles de risques principaux : le risque de marché : si le sous-jacent baisse au-delà de la barrière de protection à l'échéance, l'investisseur peut subir une perte en capital, proportionnelle à la baisse. Le risque émetteur : l'investisseur est exposé à la solvabilité de la banque qui émet le produit. La qualité de signature est donc un critère de sélection prépondérant. Le risque de liquidité intermédiaire : sortir avant l'échéance se fait au prix de marché, qui peut être défavorable. Enfin, il convient de faire preuve de méfiance sur les indices à décrément agressif adossés à des sous-jacents qui versent peu de dividendes, et d'éviter de structurer sur des titres ou indices qui ont déjà connu une hausse verticale. On ne court pas après la performance passée !
Boursier.com : Ce produit est-il intéressant dans le cadre d'une allocation d'actifs ?
D.R. : Clairement oui, et plus que jamais en 2026 ! L'aspect contractuel est précisément ce qui les rend attractifs aujourd'hui. Il s'agit de viser un rendement cible sans avoir à courir après des actions qui ont déjà réalisé un parcours parabolique, ni à espérer rattraper au bon moment des actions qui chutent. On fixe une cible, on fixe les conditions et on s'y tient ! En outre, le maintien des taux à des niveaux bien supérieurs à la décennie précédente redonne de l'oxygène à la composante obligataire des structurés, ce qui permet de construire des offres plus généreuses. La proportion de produits à " capital garanti " a ainsi connu un essor inédit. Au bout du compte, le structuré apporte trois choses que les autres classes d'actifs ne donnent pas : un rendement contractuel, une protection partielle ou totale du capital selon le format choisi, et une exposition ciblée à une thématique précise.
Boursier.com : Quels sous-jacents recommandez-vous en ce moment ?
D.R. : Côté obligataire, on sort des classiques CMS/Euribor pour aller chercher du rendement sur les emprunts d'État (France, Italie, Allemagne). C'est plus lisible pour l'épargnant et le portage est intéressant. Les structures de type " Range Accrual " sur les taux courts sont aussi très pertinentes pour profiter des niveaux de volatilité élevés sur la partie courte de la courbe. Côté actions, la dynamique des grosses capitalisations qui ont tiré le marché en 2025 commence à s'essouffler. La rotation sectorielle est en marche. Dans ce contexte, nous privilégions les thématiques que nous privilégions : Défense et souveraineté européenne, avec une tendance lourde qui s'installe. Le plan ReArm Europe constitue un vent de dos majeur, qui bénéficie aussi par ricochet au secteur industriel, les constructeurs automobiles notamment, qui peuvent capter une partie des budgets de défense ; Les secteurs délaissés à fondamentaux solides comme la santé et, de nouveau, l'industrie, qui présentent des fondamentaux solides à moyen terme et des valorisations attractives après avoir été oubliés du marché ; Les bénéficiaires de l'IA appliquée. Pas les pure players déjà valorisés à des niveaux extrêmes, mais plutôt, là encore, les acteurs de la santé et de l'industrie, qui peuvent utiliser l'IA pour améliorer leur efficacité productive ou leur R&D. C'est là que se trouve le levier de productivité le moins pricé aujourd'hui. En tout état de cause, l'objectif reste le même : construire des produits à la fois défensifs et attractifs, sur des thématiques où la valorisation laisse du potentiel.
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