Entretien avec Arthur Bernasconi, Gérant de portefeuille chez Gay-Lussac Gestion
Interparfums, Streamwide, LDC, Exosens...
Boursier.com : Comment s'explique le léger repli du fonds Gay-Lussac Microcaps depuis le 1er janvier (NDLR -5%)? Quels titres pénalisent la performance?
Le fonds Microcaps fait face à trois vents contraires. Le premier concerne la sous-performance du facteur " qualité ", très fortement pénalisé en bourse depuis 2022, au profit des valeurs plus " value " voire cycliques. Le deuxième concerne la décote, mondiale, des petites capitalisations relativement à leurs équivalentes " largecaps " : sur le critère du price/earnings ratio, l'indice MSCI World Small Caps traite aujourd'hui avec une décote d'environ 15% face au MSCI World Large Caps, contre une prime moyenne d'environ 5% depuis 2010. Enfin, le fonds souffre de son exposition France qui représente 75% de l'actif. Les principaux titres pénalisant la performance sont ainsi des titres français, aux fondamentaux bons voire très bons, mais qui sont peu à peu délaissés par les investisseurs institutionnels pour diverses raisons. La contrainte de liquidité nous semble toutefois être l'une de ces premières raisons. Sur ce point, on peut notamment citer Gerard Perrier, qui dispose d'un positionnement de niche sur des services critiques, permettant de s'exposer à la thématique de l'électrification et qui dispose d'une trésorerie nette significative.
Boursier.com : A l'inverse, les fonds Microcaps Europe et Microcaps Monde progressent. Est-ce une preuve des difficultés du marché boursier français ?
Ces deux fonds nous ont permis de déployer notre processus de gestion sur des géographies diversifiantes pour nos investisseurs. Microcaps Europe est en hausse de 7,2% depuis le début de l'année quand Microcaps Monde progresse de 5,7% (données au 31/08/2026). C'est une différence notable par rapport à leur grand frère " français ", qui reflète effectivement bien la perte d'attrait du marché français, face à des pays comme l'Italie, l'Espagne, ou encore la Grèce, autrefois mal perçus et qui prennent aujourd'hui leur revanche boursière. Nous voyons nos confrères s'européaniser de manière croissante et les flux se diriger massivement vers ces pays. Les plans d'investissements parfois significatifs et les aides européennes irriguent des secteurs comme le rail, la construction et les infrastructures et bénéficient ainsi directement à des acteurs locaux de niche. Même chose en Pologne, que nous avons renforcée ces derniers mois. Le fonds Monde rajoute une couche de décorrélation en investissent dans des pays comme le Japon, l'Australie ou encore les Etats-Unis, qui offrent un vivier particulièrement dense de microcaps de niches, où la recherche et la gestion active prennent toute leur importance.
Boursier.com : Même chose pour le fonds "Smallcaps" qui progresse de plus de 3%. Quels sont les contributeurs?
Les moteurs de performance sont diversifiés, avec plusieurs sociétés qui bénéficient d'une bonne dynamique opérationnelle. Sur août, Sentia, Lotus Bakeries et GTT ont notamment contribué à la performance. Sentia bénéficie notamment du développement des centres de données, tandis que Lotus poursuit l'expansion internationale de Biscoff. GTT, une valeur française mais pleinement internationale dans son activité, bénéficie de la très forte dynamique de ses marchés finaux qui lui offrent des années de visibilité. Ces exemples correspondent bien à ce que nous recherchons : des perspectives commerciales visibles, une exécution solide et une capacité à transformer la croissance en résultats et en trésorerie. Nous restons néanmoins disciplinés sur les prix et dans le respect de nos budgets de risque, avec des prises de bénéfices récentes sur Lotus et Veidekke.
Boursier.com : La séquence politique qui s'ouvre dans notre pays, avec des enjeux forts notamment sur l'endettement, risque-t-elle de détourner les investisseurs des petites et moyennes capitalisations françaises?
Cette situation d'incertitude politique, budgétaire et fiscale devenue récurrente est pesante pour l'ensemble des agents économiques. Elle affecte tout d'abord les fondamentaux des sociétés : nous voyons des carnets de commandes se réduire par frilosité des clients et des décisions d'investissement reportées, faute de visibilité. Elle pèse également sur les flux, ce qui accentue la pression sur les titres moins liquides. Sur ce point, les récentes initiatives publiques ne semblent avoir eu que peu d'effets sur les capitalisations françaises inférieures à 500 millions d'euro. Pour autant, il faut distinguer le pays de cotation de l'exposition économique réelle des entreprises. De nombreuses PME françaises disposent de positions fortes à l'international et de moteurs de croissance indépendants de la demande domestique : c'est le cas de sociétés comme Streamwide, EPC ou encore Baïkowski. Notre travail consiste à identifier celles dont la solidité financière et les perspectives sont insuffisamment reconnues par le marché. Nous sommes convaincus que les décotes actuelles sur les petites capitalisations françaises offrent d'excellents points d'entrée sur les valeurs de qualité, génératrices de trésorerie et disposant de relais de croissance identifiables.
Boursier.com : Quels ont été vos principaux mouvements récents sur les différents fonds Microcaps et Smallcaps ?
Dans Microcaps, nous avions notamment renforcé notre ligne Interparfums en août, dans un contexte de valorisation trop peu exigeante pour un modèle d'affaires flexible et générateur de retours importants. Les récents achats de la société mère, Interparfums Inc, semblent confirmer notre vue à l'approche d'une année 2027 riche en lancements. Nous avons également renforcé notre ligne Streamwide, qui devrait bénéficier de la commercialisation à grande échelle de la solution Fusion d'AT&T depuis juillet. Nous avons aussi renforcé LDC, qui bénéficie d'une dynamique toujours forte, notamment sur ses activités internationales. Dans Smallcaps, nous avons renforcé Cranswick, dont le recul du chiffre d'affaires s'explique essentiellement par une baisse du prix du porc répercutée aux clients et non une dégradation de la demande. Nous avons augmenté notre exposition en SOL à la suite d'une baisse déclenchée par la publication d'Air Liquide inférieure aux attentes dans le vertical comparable. Nous avions également renforcé Exosens, dont le relèvement de guidance reflète une exécution sans faute.
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