Bilan hebdo : le CAC40 recule dangereusement
Avec les tensions obligataires et la vigueur du pétrole...
Nouvelle semaine de rouge pour le CAC40 : l'indice parisien perd encore 1,46% sur 5 jours, à 8.279 points ce vendredi soir. Le dernier record à 8.755 points, touché au mois d'août, semble bien loin. Signe de la mauvaise passe du CAC40, l'indice a terminé en repli au cours de 16 des 19 dernières séances.
Il faut dire que les nuages s'amoncellent au-dessus des marchés avec la poursuite de la guerre en Iran et un trafic dans le détroit d'Ormuz réduit à la portion congrue, des cours pétroliers qui restent haut perché et ravivent les craintes inflationnistes et de fortes tensions sur le marché obligataire nourries par des anticipations de resserrement monétaire de part et d'autre de l'Atlantique et d'envolée des dettes publiques. À cela s'ajoute, en France, un risque politique bien présent.
Paradoxalement, la publication ce jour de chiffres de l'emploi américain particulièrement solides pour le mois d'août a renforcé les craintes d'un relèvement des taux directeurs par la Réserve fédérale lors de sa réunion du 16 septembre. Les créations de postes non-agricoles du mois d'août se sont en effet établies au nombre de 162.000, trois fois plus élevées que le consensus 'Bloomberg' qui se situait à 55.000. La probabilité d'un durcissement d'un quart de point le 16 septembre à l'issue de la prochaine réunion monétaire, qui était retombée ces derniers jours vers les 50% selon l'outil CME FedWatch, atteint désormais plus de 60%.
Le rapport sur l'emploi du mois d'août constitue un pas dans la bonne direction, même si les investisseurs l'interprètent selon la logique "une bonne nouvelle est une mauvaise nouvelle", indique Bret Kenwell, d'eToro. "Quelle que soit la perception qu'ont les investisseurs du marché du travail, la Fed le considère globalement conforme au plein emploi, et le rapport d'aujourd'hui devrait conforter cette analyse... Aux yeux de la Fed, le marché du travail résiste, ce qui signifie que l'inflation demeure le problème majeur". A ce titre, la publication de l'indice des prix à la consommation du mois d'août la semaine prochaine sera déterminante. En Europe, la hausse des coûts d'emprunts de la BCE la semaine prochaine est actée. Et le marché évalue déjà un potentiel nouveau resserrement en décembre.
Dans ce contexte, les investisseurs surveillent comme le lait sur le feu l'évolution des rendements obligataires : le rendement du 'T-Bond' (bon du Trésor US) à 10 ans évolue autour des 4,76%, alors que celui du '30 ans' ressort à 5,24%, proche de ses plus hauts niveaux en 19 ans. En France, l'OAT 10 ans a atteint ces derniers jours un nouveau palier préoccupant : le rendement de l'obligation française de référence a touché 4,25%, un niveau observé pour la dernière fois en pleine crise des subprimes de 2008. La France est d'autant plus exposée que le gouvernement va devoir tenter de mettre au point un budget, et que l'échéance de l'élection présidentielle approche. En fin de semaine dernière, l'agence de notation Fitch a maintenu la note souveraine du pays, tout en révisant en baisse ses estimations de déficit public qui évoluerait de 5,2% du PIB en 2026 à 5,5% en 2027 puis 5,2% en 2028.
Sur le marché pétrolier, le baril de Brent (contrat novembre) flirte à nouveau avec les 95$ avec la recrudescence des hostilités entre les États-Unis et l'Iran. Sur le front des devises, l'euro se stabilise face au billet vert, à 1,16$ entre banques. L'or affiche un léger repli de 0,5% sur la semaine, proche des 4.430 dollars. Enfin, le Bitcoin a franchi la barre des 80.000$ avant de retomber vers les 79.000$. Malgré son regain de forme, le Bitcoin reste bien en deçà du sommet de 94.820$ atteint à la mi-janvier et de son record historique de 126.198$, enregistré le 6 octobre de l'année dernière.
Les valeurs
* Soitec s'enflamme de 18,8%, logiquement recherché après le relèvement de sa guidance de revenus. Le fabricant de matériaux semi-conducteurs innovants a révisé en hausse son objectif de chiffre d'affaires pour le deuxième trimestre de son exercice 2026-2027 ainsi que de ses perspectives pour la division Photonics-SOI, portée par l'accélération de la demande, une meilleure visibilité sur les besoins à court terme de ses clients et la capacité à adapter la production. JP Morgan ('neutre') qualifie cette annonce de nettement positive ; elle confirme la position solide de Soitec dans la chaîne d'approvisionnement photonique et devrait renforcer la confiance dans les perspectives pour l'année à venir. Toutefois, il est peu probable que l'on assiste à des révisions significatives à la hausse des estimations pour l'exercice 2027, le consensus intégrant déjà une croissance considérable de l'activité Photonics-SOI, selon le courtier. Ce dernier s'attend à ce que le consensus augmente d'environ 5%, "voire un peu plus".
* Aperam et ArcelorMittal ont surperformé cette semaine avec des actions en hausse respective de 5,6% et 4,6%. La Deutsche Bank a relevé ses objectifs de cours sur les aciéristes européens alors que les vents porteurs structurels entrent en jeu. La DB explique que les actions du secteur sidérurgique ont affiché une solide performance ces derniers mois, soutenues par les nouvelles mesures de politique commerciale de l'UE. Depuis l'entrée en vigueur du mécanisme de sauvegarde révisé (le 1er juillet), les prix des bobines laminées à chaud (HRC) dans l'UE ont augmenté plus rapidement et plus fortement que ce que le consensus jugeait possible il y a peu. Le broker relève ainsi (une nouvelle fois) ses prévisions d'EBITDA pour 2027-2028 de 3 à 4% en moyenne (soit 4 à 13% au-dessus des attentes du marché). Bien que son scénario intègre toujours une demande atone, il pense que les prix de l'acier pourraient continuer à surprendre à la hausse, portés par des tendances saisonnières favorables au premier semestre 2027 et par une offre dont la capacité à monter en puissance en temps voulu reste à démontrer. La DB ajuste son objectif sur Aperam ('achat') de 65 à 66 euros et remonte son objectif sur ArcelorMittal ('achat') de 66 à 71 euros.
* Worldline prend 4,1%. Oddo BHF a revalorisé le titre de 12 à 15 euros tout en restant 'neutre'. Lors d'un roadshow investisseurs à Paris (CEO/CFO/IR), les dirigeants ont indiqué que Worldline est redevenu une société " normale " à la suite de l'augmentation de capital, aux cessions d'actifs, à la réduction du cash pooling notionnel, au nettoyage du portefeuille clients, explique l'analyste. Le leverage du bilan est repassé sous 2x fin juin (6 mois d'avance sur l'objectif). Le contrôle est dorénavant meilleur sur ce qui se passe dans la société, permettant de se focaliser sur l'opérationnel et de viser un FCF positif à partir de 2027 (vs guidance 2026 = -60/-40 ME dont -27 ME réalisé au S1). Il reste encore beaucoup à faire pour délivrer la feuille de route 'North Star' à horizon 2030. Mais la situation est en train de se stabiliser, mettant fin à une situation de crise. Il est ainsi prématuré d'adopter une recommandation positive sur la valeur (croissance du CA net encore négative, FCF toujours dans le rouge, dette " high yield ") mais le broker peut désormais appliquer un multiple de valorisation de 5x l'EBITDA 2026, et donc relever son cours cible.
* Viridien gagne 3,6%. Le groupe de services et de produits géophysiques destinés aux compagnies pétrolières et gazières a bénéficié d'un soutien de poids dans la mesure où Goldman Sachs a initié le suivi de la valeur à l'achat en visant 118 euros
* Amundi avance de 2,7%. Bank of America a réitéré sa recommandation 'achat' avec un objectif de cours porté de 97 à 110 euros après avoir rehaussé ses estimations de bpa de 5 à 7% après un résultat record au premier semestre 2026, reflétant une dynamique de flux plus soutenue, une maîtrise des coûts et des marchés plus dynamiques. Sa prévision de BPA pour 2027-2028 est supérieure de 4 à 7% au consensus de Visible Alpha. Avec un PER 2027 de 11x, environ 15% inférieur à celui du secteur de la gestion d'actifs malgré une croissance des flux supérieure à la moyenne, Amundi est sous-évalué, selon la banque, qui note aussi que son PER est inférieur de 2 à 3 points à celui de son principal concurrent, DWS.
* GTT s'adjuge 2,1%. Berenberg a relevé à l''achat' sa recommandation sur le spécialiste des systèmes de confinement à membranes cryogéniques utilisés pour le transport maritime et pour le stockage du GNL. L'analyste entrevoit un potentiel de hausse supplémentaire pour la valorisation de GTT, malgré la solide performance de son titre depuis le début de l'année, portée par le relèvement des prévisions de commandes de méthaniers (LNGC) à dix ans (à environ 550 unités), l'accélération de la dynamique des commandes pour le premier semestre 2026 et la demande accrue liée à la diversification énergétique. Le broker estime que le consensus sous-évalue la vigueur du marché coeur des méthaniers, la contribution croissante des services numériques ainsi que le potentiel de commandes pour d'autres types de navires. De son côté, Barclays a débuté le suivi de la valeur avec un avis 'surpondérer' et un objectif de 275 euros.
* TotalEnergies prend 1,9%. Le secteur pétrolier a été encore recherché avec la nouvelle poussée des cours de l'or noir et un baril de Brent qui se négocie au-dessus des 95$.
A l'inverse, * Voltalia plonge de 23,6% après un gros avertissement sur ses résultats. Si le management a confirmé une partie de ses objectifs 2026 avec un EBITDA attendu entre 210 et 230 millions d'euros, il anticipe désormais une perte nette (y compris au deuxième semestre) contrairement à l'objectif initial qui prévoyait un résultat net positif. "Cette évolution reflète la poursuite au second semestre des facteurs défavorables observés au premier semestre sur les postes situés sous l'EBITDA, en particulier les charges financières, le poids de certains actifs déficitaires, les coûts de transformation et les dépréciations d'actifs", détaille Voltalia qui ajoute que le calendrier des opérations de portefeuille en cours "demeure susceptible de modifier cette trajectoire."
* Hermès perd 8,8% avec LVMH (-6,2%) et Keing (-3,6%). Les acteurs européens du luxe ont cette fois été plombés par le vif rebond du yen japonais, un mouvement susceptible d'impacter négativement les dépenses des visiteurs internationaux dans le pays. Les dépenses touristiques au Japon étaient devenues un pilier important des ventes pour les fabricants européens de produits de luxe, dans un contexte de ralentissement de l'activité en Chine et d'impact du conflit lié à l'Iran sur les dépenses des clients du Moyen-Orient ailleurs dans le monde. "Le Japon représente environ 9% des ventes du secteur et constitue une destination privilégiée pour les achats des touristes chinois, que le renforcement du yen pourrait dissuader", explique à 'Bloomberg' Jelena Sokolova, analyste chez Morningstar.
* Ubisoft redonne 8,3%. Le concert composé du groupe familial Guillemot et de la société hong-kongaise Tencent Mobility Limited a déclaré avoir franchi en hausse, le 24 juillet 2026, le seuil de 25% du capital de Ubisoft Entertainment. Après ce franchissement, le concert détient 25,22% du capital (34 281 048 actions) et 28,94% des droits de vote (42 631 051 droits). Ce franchissement résulte d'une acquisition d'actions sur le marché par Guillemot Brothers Limited. Les membres du concert ont précisé qu'ils n'envisagent pas de prendre le contrôle de Ubisoft Entertainment mais pourraient poursuivre leurs achats en fonction des conditions de marché.
* Vivendi décroche de 7,7% après sa publication semestrielle. Le groupe a fait état d'un chiffre d'affaires en recul de 3,5% sur les six premiers mois de son exercice financier, à 140 millions d'euros, citant un effet de saisonnalité des lancements de jeux de Gameloft. Sur la période, la holding affiche un résultat opérationnel ajusté de 4 millions d'euros, contre 18 ME il y a un an. Kepler Cheuvreux a dégradé le titre à 'conserver' en visant 1,8 euro.
* Ipsos trébuche de 6,6%. Selon nos informations, Kepler Cheuvreux a dégradé la valeur à 'conserver' tout en ramenant son cours cible de 49 à 44 euros. Le courtier considère la nomination du troisième DG du groupe en douze mois comme le signe d'un risque accru. Il anticipe un risque pour les objectifs financiers de l'exercice 2026 et estime qu'une éventuelle dynamique positive liée au nouveau DG ne se matérialisera probablement pas avant 2027. "Avec ce troisième DG en douze mois depuis que le fondateur a pris du recul, Ipsos risque de ressembler à ces présidents de clubs de football impulsifs, connus pour changer d'entraîneur sans cesse... Nous pensons que ce dernier changement n'a pas été décidé sans raison et qu'il existe un risque concernant les prévisions pour l'exercice 2026". Le broker prévoit que le cours de l'action " stagnera au mieux " au second semestre, malgré une valorisation faible.
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