Entretien avec Guillaume Lasserre, Directeur adjoint des Gestions chez LBP AM
Très positifs sur les actions en ce début d'année
Boursier.com : Quelle est votre opinion sur les actions en ce début 2026 ?
Nous sommes très positifs sur les actions en ce début d'année, compte tenu de notre scénario macroéconomique central : les chocs protectionnistes américains n'ont eu qu'un impact limité sur la croissance du fait d'une transmission très graduelle des hausses de droits de douanes, de prix de l'énergie faibles, de conditions financières favorables et du boom de l'IA. Nous avons toutefois deux scénarios alternatifs : un moins favorable, avec un niveau d'inflation moins maitrisé impliquant un risque de hausse de taux. Nous l'estimons à 20% de probabilité. Nous envisageons aussi un scénario plus optimiste, que nous estimons à 15%, avec des prix de l'énergie toujours plus faibles et une croissance dynamisée.
Boursier.com : Qu'en est-il géographiquement ?
Après la sous-performance récente des actions américaines, alors que les bénéfices continuent de surprendre à la hausse, nous révisons favorablement le potentiel de hausse sur le marché américain. Et nous sommes toujours favorables aux actions européennes. Nous gardons une vue positive sur les actions des pays émergents, avec des valorisations raisonnables et de meilleures perspectives pour les résultats selon nous. Nous restons relativement prudents sur le Japon principalement en raison du risque de change et des valorisations normalisées, mais ne sous-pondérons plus ce marché car les fondamentaux macro et micro sont bien orientés.
Boursier.com : Quelles protections dans les portefeuilles en cas de scénario difficile ?
Nous devons logiquement gérer l'incertitude... Cela peut se faire avec des obligations, d'autant plus que dans le contexte actuel, elles sont encore globalement rémunératrices. Les rendements des obligations souveraines restent en effet attractifs. Toutefois, on peut avoir des doutes sur le degré de protection en cas de problème géopolitique : les corrélations entre actions et obligations souveraines sont proches de zéro offrant une protection limitée à court terme. Un actif refuge historique comme l'or, faiblement corrélé aux actions, protège encore même si son coût est devenu élevé. Selon nous, des instruments de marché comme les options de couverture permettent de répondre à la complexité actuelle des incertitudes géopolitiques.
Boursier.com : Comment abordez-vous l'IA aujourd'hui dans les portefeuilles ?
De nombreuses études tentent de calculer l'impact de l'IA sur la productivité et selon l'OCDE elle pourrait s'accroître de 0,5% par an dans les principales économies. Nous commençons à intégrer dans nos allocations une hausse de la productivité et donc implicitement de la croissance économique ce qui, in fine, est favorable aux actifs les plus risqués. Toutefois, les effets de l'IA sont encore lents à se diffuser dans les économies et nous en sommes toujours à une phase d'investissements massifs dans les infrastructures. De plus, autre phénomène, lors d'une innovation majeure, de nouveaux entrants prennent habituellement la place des anciens acteurs. Dans le cas de l'IA, ce sont au contraire les leaders installés, GAFAM, qui s'emparent de la thématique et l'orientent !
Boursier.com : Ces investissements massifs dans l'IA peuvent-ils constituer des opportunités pour les investisseurs?
Une chose est sûre, la diffusion de l'IA requiert des capacités d'investissement colossales : en 2025, ces investissements ont avoisiné 500 Mds $ et cela devrait encore augmenter. Leur contribution à la croissance du PIB est déjà notable aux Etats-Unis. Le financement de ces dépenses d'investissement ne peut plus être couvert par le cash généré par les sociétés et nécessite de faire massivement appel au marché, notamment celui des obligations convertibles. Pour les investisseurs, ce gisement relativement moins risqué que les actions, peut représenter un moyen différent d'accéder au thème technologique.
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