Nicolas Dupont-Aignan, le souverainiste solitaire
Jamais trois sans quatre: Nicolas Dupont-Aignan se lance à nouveau dans la course à l'Elysée. Sur ce plan, il peut se vanter de faire jeu égal avec Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et même Nathalie Arthaud. Comme la trotskiste, il n'a jamais dépassé les 5% au premier tour.
Ingrat destin d'un candidat de témoignage. Lui se sent "obligé d'y aller", dit même que "c'est peut-être la fois où c'est le plus nécessaire" car il sera "le seul" à proposer "la sortie de l'Union européenne" et qu'il veut "que les Français aient ce choix".
Persuadé que son "momentum" est enfin arrivé, il effectue samedi sa rentrée politique dans son fief de Yerres, dans l'Essonne. Et il n'en démord pas: "Il n'y a que moi qui peut le faire, donc je dois le faire". Pourtant il y a cinq ans, sa troisième tentative devait être la dernière: "Après 2022, je m'étais dit +c'est fini+".
Lâché par ses cadres, partis rejoindre le Rassemblement national dans le sillage de son ex-numéro 2 Jean-Philippe Tanguy, le souverainiste reconnaît avoir "souffert" pour assurer sa "survie politique". Il avait fini en neuvième position, avec 2% des suffrages.
A peine mieux qu'à sa première candidature en 2012 (1,8%), et surtout loin de son grand fait d'arme: les 4,7% atteints en 2017, un score "inespéré". Tout comme son accord d'entre-deux-tours avec Marine Le Pen, qui avait promis d'en faire son Premier ministre en cas de victoire.
Alliance aussitôt rompue, alors que tout avait été ficelé pour les législatives. "Incompréhensible", juge encore neuf ans après une figure du RN.
"On lui avait donné des circonscriptions, débranché nos candidats pour mettre les siens, et au moment où tout est fait il recule, tout ça parce qu'il a eu peur de perdre sa propre circonscription", narre cette source qui avait pris part aux tractations. Et qui reste à ce jour convaincue que l'ambition de Nicolas Dupont-Aignan "se limite à la ville de Yerres".
"Champion" du "monde invisible"
Depuis trois décennies, Nicolas Dupont-Aignan, 65 ans, est souverain en son fief du nord de l'Essonne. Elu quatre fois de suite maire au premier tour, six fois député, il n'y avait jamais connu l'échec avant les législatives de 2024, qui l'ont laissé sans mandat. Affront lavé aux municipales de mars: "C'était très important de reconquérir la mairie", confie-t-il.
D'aucuns s'en contenteraient. Il persiste. Se raccroche aux sondeurs qui lui racontent que "8% des Français ont déjà voté pour (lui) une fois" et que le double "souhaitent (qu'il) soit candidat". Des millions de voix à portée de main.
Dans le lot, sans doute, celles du "non" au référendum de 2005 sur la Constitution européenne - sa "seule belle victoire nationale".
Ces électeurs perdus, il croit les avoir retrouvés dans le "monde invisible" des réseaux sociaux, où il est devenu "un des champions de Facebook" avec près de 800.000 abonnés et des dizaines de "millions de vues" mensuelles - en partie grâce à sa campagne antivax pendant le Covid.
Une communauté entretenue à coup de vidéos tournées au sous-sol de son parti Debout la France, dans un ancien coffre-fort d'agence bancaire.
Pour sa campagne en revanche, "impossible" de trouver un prêt, "il n'y a que l'argent des militants". Comme quoi, il ne suffit pas d'avoir fait l'ENA avec Jean-François Copé, d'avoir été conseiller ministériel de François Bayrou et Michel Barnier, puis de s'être inscrit dans les pas de Charles Pasqua et de Philippe Séguin.
Peut-être n'aurait-il pas dû défier Alain Juppé puis Nicolas Sarkozy pour prendre la tête de l'UMP, ni en claquer la porte après la victoire de ce dernier à la présidentielle de 2007. Mais c'est dans sa nature: "Je suis orgueilleux et je suis résistant", clame-t-il. Pas rancunier, il avait quand même appelé à voter Le Pen contre Macron en 2022.
Cette fois-ci, s'il obtient les 500 parrainages pour figurer sur la ligne de départ, pourra-t-il faire un autre choix? "Je ne suis pas là pour me vendre à un tel ou un autre", balaye-t-il.
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