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L'immigration, un sujet aux bénéfices limités pour les candidats à la présidentielle hors RN

| AFP | 96 | 5 par 1 internautes
Mobilisation syndicale à Paris, le 25 juillet 2024
Mobilisation syndicale à Paris, le 25 juillet 2024 ( OLYMPIA DE MAISMONT / AFP/Archives )

Au-delà du RN, pour qui l'immigration reste plus que jamais un thème central, nombre des candidats à la présidentielle ont déjà aussi mis le sujet au coeur de leur campagne pour l'Elysée, une stratégie pourtant loin d'être payante électoralement, selon des politologues.

"Ce sera un des sujets importants" de la présidentielle du printemps 2027, pronostiquait récemment auprès de l'AFP Bruno Retailleau. "En 2027, il faut renverser la table. L'entre-deux ne nous permettra pas de reprendre vraiment le contrôle de l'immigration", selon le candidat des Républicains.

Si cette thématique est attendue chez celui qui, lors de son passage au ministère de l’Intérieur, en avait fait son thème de prédilection, il n'est pas l'apanage du Vendéen.

L'ex-Premier ministre Édouard Philippe (Horizons), parmi les premiers à s'être lancé vers la présidentielle, a défendu en mars un regroupement familial limité et une immigration de travail "choisie et contrôlée". François Ruffin, de l'autre bord de l'échiquier politique, a créé l'émoi à gauche début mai en se disant "hostile" à l'immigration de travail.

Le député de la Somme, qui estime que "la France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains", a été notamment traité de "rouge-brun", ces communistes séduits par l'extrême droite nationaliste, par ses anciens alliés de La France insoumise.

Vue comme "un problème"

Le parti de Jean-Luc Mélenchon défend une "politique migratoire réaliste et humaniste", tandis que le potentiel candidat Raphaël Glucksmann (Place publique), s'est prononcé pour un "contrôle" de l'immigration clandestine et "l'application des OQTF" (obligation de quitter le territoire français).

De quoi donner raison à Marine Le Pen qui s'est récemment félicitée dans une interview à l'AFP que le RN ait imposé ses thèmes: "Aujourd'hui plus personne ne peut faire campagne sans parler d'immigration ni de sécurité, c'est une victoire idéologique qui est acquise", a affirmé la leader du parti qui a annoncé, en cas de conquête de l'Elysée, un référendum sur l'immigration.

"Depuis les années 2000, tous les partis politiques ont considéré qu'il fallait parler de l'immigration afin que les électeurs cessent sur ce thème de se jeter dans les bras du Rassemblement national", analyse Céline Bracq directrice générale de l'institut de sondage Odoxa.

"La droite traditionnelle jusque dans les années 1990 était beaucoup plus sur l'économie, le régalien", relève l'analyste, "puis, petit à petit, comme les partis de gauche, ils ont commencé à investir ce sujet, sans vraiment contredire le RN, en partant du principe que l'immigration est un problème et qu'il y a plutôt trop d'immigrés", observe Mme Bracq.

Aller sur le même terrain que le RN n'est pourtant pas gage de réussite électorale.

Pour preuve, la dernière loi immigration, portée par Gérald Darmanin et adoptée en janvier 2024, n'avait fait que "renforcer" l'extrême droite lors des scrutins suivants, les électeurs jugeant ce parti comme "le plus efficace" sur le sujet, décrypte-t-elle.

"Marqueur idéologique"

Le RN est arrivé largement en tête des législatives en 2024 avec 29% des voix, reléguant le parti gouvernemental (20%) et les Républicains (6,6%) en troisième et quatrième position.

"Il n'est pas sûr qu'aller sur ce terrain devienne une stratégie payante", abonde la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, mais "cela a toujours été un thème très porteur" car "c'est un marqueur idéologique très fort".

"C'est le domaine dans lequel les candidats peuvent dire +je serai celui qui changera les choses+, même si juridiquement, ce n'est pas toujours vrai. On est dans l'art du discours politique où chacun pense qu'il a une chance d'imprimer" en donnant le "sentiment qu'il peut-être efficace immédiatement", poursuit Mme Bezzina.

Une "course à l'échalote", selon la politologue qui permet aux candidats de "tester leurs idées".

A un an de la présidentielle, pas sûr que le sujet passionne les électeurs dont les préoccupations principales sont le pouvoir d'achat, la situation internationale, les retraites, la justice sociale ou encore la santé, relève Mme Bezzina.

"C'est un peu le Rassemblement national qui donnera le la. S'il en parle énormément, les autres partis vont vouloir aller sur le sujet", juge Mme Bracq, alors que l'extrême droite, essaye dans un mouvement contraire "de ne plus être uniquement sur ce sujet qui fait son ADN" pour gagner de la "crédibilité dans d'autres domaines".

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