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Après la chute d'Andrew, les finances des Windsor scrutées

| AFP | 162 | 5 par 1 internautes
L'ex-prince Andrew, le 31 mars 2024, à Windsor
L'ex-prince Andrew, le 31 mars 2024, à Windsor ( Hollie Adams / POOL/AFP/Archives )

La déchéance de l'ex-prince Andrew déclenchée par l'affaire Epstein a placé la famille royale britannique et ses finances sous les projecteurs, avec une enquête parlementaire attendue prochainement, une démarche rare illustrant une quête de transparence accrue.

Dans la ligne de mire de la commission des comptes publics de la Chambre des communes, le loyer symbolique payé par Andrew pendant plus de vingt ans pour sa luxueuse résidence de Royal Lodge, située dans le domaine de Windsor.

Un arrangement révélé par le Times en octobre lors de la saga qui a mené le roi Charles III à déchoir de son titre de prince son frère Andrew, en raison de ses liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein, mort en détention en 2019.

Andrew Mountbatten-Windsor, tel qu'il est désormais appelé, a finalement quitté lundi cette demeure de 30 pièces après la publication de nouveaux documents et photos le concernant dans le dossier Epstein.

Il avait été sommé par le roi lui-même de quitter ce manoir pour se réinstaller dans une résidence du domaine de Sandringham, propriété personnelle du monarque, dans le nord-est de l'Angleterre.

Reste que les conditions de l'ancien bail qui liait Andrew au Crown Estate, la société commerciale qui gère l'immense parc foncier et immobilier de la Couronne dont le domaine de Windsor, interrogent.

Les députés ont rappelé qu'elles avaient des conséquences directes sur les ressources de l'Etat, les bénéfices du Crown Estate étant reversés au Trésor public.

"Toute baisse de revenus (...) réduit l'excédent annuel du Crown Estate et représente donc un coût pour le contribuable", s'est inquiété le président de la commission parlementaire des comptes publics, Geoffrey Clifton-Brown, qui a annoncé en décembre l'ouverture prochaine de l'enquête.

"Tournant"

Pour Francesca Jackson, doctorante en droit à l'université de Lancaster, cette enquête, dont la date exacte de lancement n'est pas connue, "marque un tournant dans l'équilibre constitutionnel entre le Parlement et la monarchie".

"Historiquement, le Parlement a toujours fait preuve d'une grande déférence envers la monarchie", souligne auprès de l'AFP cette chercheuse, dont la thèse porte sur la monarchie constitutionnelle du Royaume-Uni.

Mais elle en est persuadée: c'est "la pression" des députés sur le roi Charles qui a mené à ce que celui-ci agisse contre Andrew.

Comme elle, Norman Baker, ex-parlementaire libéral-démocrate (centriste) de 1997 à 2015, estime que la déchéance d'Andrew a "ouvert la porte" à l'idée de questionner la monarchie. Pour lui, l'enquête à venir est "un premier pas".

Dans son livre "Royal Mint, National Debt: The Shocking Truth about the Royals" (Monnaie royale, dette nationale: la vérité choquante sur les finances de la famille royale), il dénonce "la grande opacité" des finances royales, et plus globalement "le vrai coût" de la monarchie pour le contribuable britannique.

Il fustige la hausse "obscène" du Sovereign Grant, allocation annuelle versée au roi pour remplir ses fonctions officielles, notamment l'entretien des résidences royales.

En 2011, cette subvention s'élevait à 7,9 millions de livres sterling par an. Quatorze ans plus tard (pour l'année 2025-2026), elle s'élève à 132,1 millions de livres (plus de 151 millions d'euros). Et devrait atteindre 137,9 millions de livres en 2026/2027.

"Charles avait dit qu'il voulait une monarchie allégée, avec moins de membres actifs de la famille royale, mais les coûts, eux, n'ont pas été allégés", accuse Norman Baker.

La hausse est liée au changement de calcul de l'allocation, qui est depuis 2011 proportionnelle aux profits du Crown Estate. Or ces derniers ont été dopés par les revenus de la location des fonds marins britanniques, propriété du Crown Estate, à des parcs éoliens.

"Soft power"

Sur les 10 dernières années, le Crown Estate a reversé 5 milliards de livres dans les finances publiques, selon des chiffres du ministère des Finances.

Sollicité pour un commentaire, tant sur l'enquête que sur le livre, le palais de Buckingham n'a pas répondu à l'AFP.

Le commentateur royal Richard Fitzwilliams souligne quant à lui que la monarchie rapporte de l'argent notamment grâce au tourisme qu'elle génère.

Et qu'elle représente un outil "de soft power" qui "n'a pas de prix", comme lorsqu'elle déroule le tapis rouge à des dirigeants lors de visites d'Etat stratégiques, dont celle du président américain Donad Trump en septembre.

Pas de quoi convaincre Norman Baker, qui égrène les exemptions d'impôts dont la famille royale est bénéficiaire. Le roi, comme le prince William, paie un impôt sur le revenu, mais n'en dévoile pas le montant. Charles le faisait toutefois quand il était prince de Galles.

In fine, soutient l'ex-élu, les Britanniques "ignorent" tout du "vrai coût" de leur monarchie.

Reste que si "que pendant longtemps, elle a pu échapper à toute surveillance, les temps sont en train de changer", assure Francesca Jackson.

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