Wall Street sans relief après un nouvel avertissement de Trump
Prudence de rigueur
Wall Street déprime toujours ce jeudi, alors que l'incertitude persiste concernant le Moyen-Orient, Donald Trump insistant sur le fait que l'Iran voudrait conclure un accord - déclarations contredites par le ministère iranien des Affaires étrangères. Le Dow Jones régresse de 0,10% à 46.384 pts, alors que le S&P 500 perd 0,57% à 6.554 pts et le Nasdaq 0,93% à 21.726 pts. Les cours du pétrole repartent en hausse, le baril de brut WTI s'adjugeant 3,7% à 93,7$ et le baril de Brent de la mer du Nord progressant de 4% à 101,2$.
"Les négociateurs iraniens sont très différents et 'étranges'. Ils nous 'supplient' de conclure un accord, ce qu'ils devraient faire puisqu'ils ont été militairement anéantis, sans aucune chance de redressement, et pourtant ils déclarent publiquement qu'ils 'examinent seulement notre proposition'. FAUX ! Ils feraient mieux de se ressaisir rapidement, avant qu'il ne soit trop tard, car une fois que ce sera fait, il n'y aura PLUS DE RETOUR EN ARRIÈRE, et ce sera terrible !", a lancé Trump sur son réseau Truth Social.
Les États-Unis auraient élaboré un plan en 15 points visant à mettre fin à la guerre avec l'Iran, plan transmis à l'Iran via le Pakistan. Trump a publiquement laissé entendre que tout accord devrait inclure une interdiction pour l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire ou d'enrichir des matières radioactives à des fins civiles. Cependant, selon les médias iraniens, les opérations défensives de l'Iran se poursuivront jusqu'à ce que les conditions du pays soient remplies... La chaîne de télévision d'État iranienne PressTV a exposé les cinq conditions posées par l'Iran pour la fin du conflit. La première est l'arrêt total des attaques et assassinats. L'Iran exige également des garanties que le conflit ne reprendra pas. Les autres conditions comprennent le versement d'indemnités et de réparations, la fin des combats sur tous les fronts et la reconnaissance de l'autorité de l'Iran sur le détroit d'Ormuz...
Téhéran juge en effet le plan américain "unilatéral et injuste". Un haut responsable iranien cité par Reuters indique que la réponse initiale de l'Iran est que la proposition américaine ne remplit pas les conditions minimales de succès. La diplomatie n'est toutefois "pas interrompue, et si le réalisme l'emporte à Washington, une voie à suivre reste possible", à en croire le responsable iranien... Pendant ce temps, Trump promet des mesures "drastiques" si le blocage du détroit se poursuit. "Vous savez, je pensais que les prix du pétrole augmenteraient davantage et que le marché boursier baisserait davantage après la guerre. Je suppose que le peuple américain a confiance en moi", a aussi asséné Trump aujourd'hui devant les journalistes.
Après avoir menacé d'attaquer les infrastructures énergétiques iraniennes, Trump a annoncé lundi un report de cinq jours afin de permettre des négociations, évoquant des points d'accord majeurs avec l'Iran et des discussions "très fructueuses". Mais les médias iraniens avaient démenti et le ministère iranien des Affaires étrangères avait affirmé qu'il n'y avait pas de pourparlers. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a précisé que les autorités iraniennes étudiaient désormais des propositions américaines mais qu'il était exclu d'organiser des négociations.
La volatilité est donc toujours aussi forte au gré des humeurs de Trump et des réponses de l'Iran. Les tensions s'étaient apparemment accentuées durant le week-end. Trump avait ainsi lancé un ultimatum de 48 heures, affirmant que si le détroit d'Ormuz restait fermé, il ordonnerait des attaques contre les infrastructures énergétiques iraniennes, Téhéran promettant pour sa part des représailles ciblées sur les infrastructures énergétiques et de désalinisation des pays du Golfe.
Sur le front économique, les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine close le 21 mars sont ressorties en ligne avec les attentes à 210.000 (+5.000). L'indice manufacturier de la Fed de Kansas City pour le mois de mars est ressorti à +11 contre +5 un mois avant... Demain, les marchés prendront connaissance de l'indice final du sentiment des consommateurs de l'Université du Michigan pour le mois de mars (consensus FactSet de 54,2).
Concernant la Fed, les marchés anticipent désormais un statu quo monétaire jusqu'à la fin de l'année (probabilité de 64,7% selon l'outil CME FedWatch) voire même une possible hausse de taux d'un quart de point (probabilité de 26,7%). Stephen Miran de la Fed s'exprimait hier, tandis que Lisa Cook, Miran, Philip Jefferson et Michael Barr prennent la parole aujourd'hui. Même Miran, gouverneur nommé par Trump et partisan de la baisse de taux, a récemment relevé sa prévision sur les taux cette année d'un demi-point en raison des données sur l'inflation. Il juge toujours néanmoins que la politique trop restrictive de la Fed freine l'économie.
Notons que selon le Financial Times, Scott Bessent encense la Banque d'Angleterre comme modèle pour un contrôle plus strict de la Réserve fédérale. Le Secrétaire américain au Trésor aurait ainsi évoqué la possibilité de renforcer le contrôle exercé par le Trésor sur la Fed en s'inspirant de ce modèle anglais.
Dans la 'tech', Trump a annoncé la nomination de plusieurs grandes figures au sein du President's Council of Advisors on Science and Technology (PCAST), chargé de conseiller la Maison Blanche sur l'intelligence artificielle (IA) et les grandes orientations technologiques. Parmi les personnalités retenues figurent notamment Mark Zuckerberg de Meta, Larry Ellison, fondateur d'Oracle, ainsi que Jensen Huang de Nvidia et Lisa Su d'AMD. Ce premier groupe de 13 membres inclut également Sergey Brin, cofondateur de Google. Selon la Maison Blanche, ce conseil pourrait à terme être élargi jusqu'à 24 membres, afin de refléter l'ensemble des enjeux industriels et scientifiques liés à l'IA.
Enfin, l'OCDE a confirmé ce jour que la croissance du PIB mondial devrait ralentir à 2,9% en 2026 contre 3,3% l'an dernier, avant de se reprendre à 3% en 2027. L'organisation basée à Paris prévient néanmoins que le durcissement du conflit au Moyen-Orient a déjà freiné la croissance et que le blocage du crucial détroit d'Ormuz pourrait entraîner une nette hausse de l'inflation. L'OCDE insiste aussi sur le fait que l'économie mondiale, dopée par l'IA, affichait une croissance plus forte qu'attendu avant le début de la guerre en Iran.
Les valeurs
Jefferies (+0,3%). La firme de Wall Street a annoncé hier soir pour son 1er trimestre fiscal un bénéfice ajusté par action de 89 cents, en ligne avec le consensus, contre 60 cents un an auparavant. Les revenus ont atteint un peu plus de 2 milliards de dollars sur la période, légèrement au-dessus des anticipations de marché, contre 1,6 milliard de dollars pour la période comparable de l'année antérieure. Le bénéfice net attribuable aux actionnaires ordinaires a été de 156 millions contre 128 millions un an avant.
Nvidia (-2,2%). La startup Reflection AI, soutenue par le géant des puces d'IA Nvidia, serait en pourparlers pour lever 2,5 milliards de dollars, ce qui porterait sa valorisation à 25 milliards de dollars pré-levée de fonds selon le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier. JP Morgan Chase envisagerait de participer à ce tour de table via son Initiative Sécurité et Résilience. La valorisation potentielle de Reflection est à comparer aux 20 milliards de dollars que l'entreprise visait selon un article antérieur du Financial Times.
Micron (-4,2%). Alphabet (-1,3%) a secoué le secteur des puces mémoire hier en bourse, alors que des chercheurs de Google ont vanté une nouvelle technique de compression. Ces annonces, sur un marché déjà nerveux, ont fait chuter notamment Micron, SanDisk, et même le groupe coréen SK Hynix et l'entreprise japonaise Kioxia Holdings. Concrètement, Google a annoncé que sa technologie TurboQuant permettrait de réduire d'au moins six fois la quantité de mémoire nécessaire à l'exécution de grands modèles de langage, diminuant le coût global de l'entraînement de l'IA.
Alphabet (Google) et Meta (-4,4%) risqueraient un sort similaire à celui des géants du tabac après un procès concernant l'addiction aux réseaux sociaux, prévient Bloomberg. Un verdict historique d'un jury déclarant Meta et Google responsables d'avoir nui à un jeune utilisateur avec des produits conçus pour créer une dépendance menace ainsi de placer ces entreprises de réseaux sociaux dans la même catégorie que les géants du tabac et les fabricants d'opioïdes, faille potentielle dans leur protection contre la responsabilité juridique quant à ce qui se passe sur leurs plateformes, détaille Bloomberg.
L'agence note que bien que les 6 millions de dollars de dommages et intérêts accordés par un jury de Los Angeles à la plaignante de 20 ans ne se refléteront que très légèrement dans les bilans des deux groupes, "l'impact du verdict sera probablement bien plus dommageable et difficile à quantifier".
Snapchat (-2,1%), propriété du groupe américain Snap, fait l'objet d'une enquête de l'UE. Les autorités de régulation ont averti que la plateforme ne semblait pas prendre les mesures nécessaires pour prévenir l'exploitation sexuelle des enfants et la vente de produits illégaux. L'UE mène cette enquête en vertu de la loi sur les services numériques. Les amendes peuvent atteindre 6% du chiffre d'affaires annuel mondial. "Du harcèlement sexuel et de l'exposition à des produits illégaux aux paramètres de compte qui compromettent la sécurité des mineurs, Snapchat semble avoir négligé le fait que le DSA exige des normes de sécurité élevées pour tous les utilisateurs", a déclaré Henna Virkkunen, commissaire européenne à la technologie.
Super Micro (-3,7%). Des actionnaires de l'ex-vedette des serveurs d'IA, Super Micro Computer, ont porté plainte contre le groupe, accusé de fraude boursière pour avoir dissimulé sa dépendance aux ventes à la Chine en violation des lois américaines sur l'exportation, rapporte Reuters.
Cette dissimulation a entraîné des poursuites pour contrebande de puces Nvidia contre un cofondateur et deux autres personnes liées à l'entreprise. Dans une action collective déposée devant le tribunal fédéral de San Francisco, les actionnaires affirment que Super Micro a surévalué ses perspectives commerciales et gonflé le cours de son action en omettant sciemment de révéler qu'une part importante de ses ventes de serveurs était destinée à des entreprises chinoises.
Boeing (-1,2%). Korean Air prévoit d'acheter 103 appareils entre 2026 et 2039, dont 20 B.777-9, 25 B.787-10, 50 B.737-10 et 8 B.777-8F. La compagnie aérienne sud-coréenne précise, dans un dépôt réglementaire, que l'accord atteint 36,2 milliards de dollars au prix catalogue. Les transporteurs obtiennent néanmoins généralement d'importants rabais lors de la signature de ce type d'accord.
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