Wall Street : Dow Jones au sommet, Nasdaq en berne
Broadcom plombe le compartiment de l'IA
Wall Street s'affiche en ordre dispersé ce jeudi, le S&P 500 se stabilisant péniblement à 7.552 pts (-0,03%) contre une baisse de 0,63% sur le Nasdaq à 26.682 pts avec Broadcom et CrowdStrike. Le Dow Jones s'offre en revanche un gain de 1,37%, au plus haut historique à 51.383 pts sur des arbitrages défensifs. Quelques doutes érodent désormais le narratif de la croissance inexorable de l'Intelligence Artificielle, le patron d'OpenAI, Sam Altman, ayant noté depuis peu une soudaine préoccupation des entreprises pour les budgets d'IA. La situation géopolitique demeure par ailleurs tendue. La Chambre des représentants a voté hier soir la fin des hostilités entre USA et Iran, infligeant ainsi un désaveu au président américain... Le baril de brut WTI reperd ce jour 3,3% à 92,8$. L'indice dollar régresse de 0,2% face à un panier de devises de référence. Le bitcoin déprime sous les 64.000$.
"Hier, lors d'un vote dénué de sens, la Chambre, avec quatre Républicains et tous les Démocrates, a voté pour limiter mes pouvoirs de guerre, en plein milieu de mes négociations finales pour mettre fin à la guerre avec la République islamique d'Iran. Qui peut commettre un acte aussi antipatriotique ? Ils savent où en sont les négociations. Les Démocrates sont atteints du syndrome de Trump. Ils préféreraient voir notre pays échouer plutôt que de me laisser remporter une nouvelle victoire, parmi tant d'autres. Quant aux quatre Républicains, c'est une autre histoire : ce sont des opportunistes ! Ils devraient avoir honte", a lancé Trump ce jour sur Truth Social.
L'Iran a affirmé qu'aucun progrès n'avait été réalisé dans les pourparlers avec les États-Unis concernant un accord de paix intérimaire, tandis que les combats se poursuivaient au Liban malgré la déclaration de cessez-le-feu par Washington entre Israël et le pays. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré ainsi hier soir qu'aucun progrès tangible n'avait été constaté dans le processus de négociation, selon l'agence de presse semi-officielle Tasnim.
Les États-Unis et l'Iran peinent à finaliser les détails d'un accord qui devrait permettre aux deux parties de prolonger leur trêve de deux mois et à l'Iran de rouvrir le détroit d'Ormuz à la navigation commerciale. Néanmoins, l'Iran et les États-Unis affirment globalement que les pourparlers sont en cours et indiquent vouloir parvenir à un accord...
Dans une interview sur le podcast 'Pod Force One' du New York Post, le président américain a évoqué l'état du conflit au Moyen-Orient. Donald Trump a déclaré que le blocus d'Ormuz pourrait être levé pour la fête du Travail (7 septembre !), alors que les États-Unis travaillent à un accord avec l'Iran. Il a également affirmé que Téhéran avait accepté de ne pas posséder d'armes nucléaires et que le Guide suprême de l'Iran était impliqué dans les discussions avec les États-Unis. Trump a ajouté qu'il rencontrera probablement le Guide suprême à un moment donné.
Le Commandement central américain (Centcom) a déclaré avant-hier avoir repoussé une nouvelle vague de frappes aériennes iraniennes contre plusieurs pays du Moyen-Orient et avoir riposté. Il s'agirait d'attaques de missiles et drones iraniens contre le Koweït et Bahreïn, alors que la riposte se serait matérialisée par des frappes contre une station de contrôle au sol iranienne sur l'île de Qeshm. Le Centcom aurait aussi abattu des drones d'attaque iraniens lancés contre des navires dans les eaux territoriales américaines. Le Corps des gardiens de la révolution islamique a indiqué avoir frappé le quartier général de la 5e flotte américaine à Bahreïn et une base aérienne dans la région en représailles à une agression américaine antérieure.
Les investisseurs se concentreront par ailleurs cette semaine sur le rapport sur l'emploi non agricole, qui sera publié demain. Ces données sur l'emploi pourraient apporter de nouveaux éclairages sur la vigueur du marché du travail et contribuer à façonner les anticipations concernant la politique de taux d'intérêt de la Fed dans les mois à venir. La banque centrale demeure divisée sur la question. Son nouveau président Kevin Warsh entend visiblement recouvrir de fard les chiffres de l'inflation pour pouvoir procéder ultérieurement à des assouplissements monétaires pas forcément justifiés, tandis que plusieurs responsables de la Fed militent plutôt pour le maintien d'une politique restrictive ou bien même une hausse supplémentaire des taux.
Neel Kashkari, patron de la Fed de Minneapolis, a indiqué cette semaine qu'il était trop tôt pour conclure que la banque centrale devait relever les taux. Il estime qu'il faut attendre plus de données, alors que les marchés anticipent un maintien des taux... Beth Hammack, qui dirige la Fed de Cleveland, a jugé que la politique monétaire n'était peut-être pas encore assez restrictive pour ramener l'inflation sur l'objectif des 2%. Elle estime raisonnable pour l'heure de maintenir les taux entre 3,50 et 3,75%. La présidente de la Réserve fédérale de Dallas, Lorie Logan, a déclaré hier que les responsables pourraient devoir relever les taux d'intérêt plus tard cette année pour ramener l'inflation à l'objectif de 2% de la banque centrale américaine... Thomas Barkin et Mary Daly de la Fed prennent la parole ce jeudi...
Le Livre Beige économique de la Fed publié hier soir a montré quelques éléments préoccupants. Les ménages à revenu moyen ont été décrits comme "tirant le maximum de chaque dollar avant de décider de le dépenser", et les consommateurs à faible revenu ont montré une plus grande tension financière. L'activité économique a progressé sur un rythme léger à modéré pour dix des douze districts de la Fed sur la période récente, un district montrant un léger déclin et un autre une absence d'évolution.
L'étude Challenger, Gray & Christmas sur les destructions d'emplois du mois de mai a fait ressortir 97.006 licenciements annoncés, le total le plus élevé pour le mois de mai depuis 2020. Les coupes dans le secteur technologique sont ressorties au plus haut depuis 2023. Les annonces de licenciements du mois écoulé représentent une hausse de 16% par rapport aux 83.387 d'avril et une augmentation de 3% par rapport aux 93.816 annoncées en mai 2025, selon le cabinet international de reclassement et de coaching de dirigeants. Il s'agit également du troisième mois consécutif de hausse, le nombre de suppressions passant de 48.307 en février à 97.006 en mai.
Depuis le début de l'année, les employeurs ont annoncé 397.755 suppressions d'emplois, soit une baisse de 43% par rapport aux 696.309 annoncées au cours des cinq premiers mois de 2025, période durant laquelle les réductions d'effectifs au sein de la fonction publique fédérale avaient porté ces chiffres à des niveaux historiques. Si l'on élimine cet élément de distorsion, l'année 2026 se situe à peu près au même niveau que 2024, année où 385.859 suppressions de postes avaient été annoncées jusqu'en mai.
Toujours sur le front économique, ce jeudi, la productivité américaine révisée du premier trimestre 2026 a progressé sur un rythme inférieur aux attentes à +0,3%, contre +0,8% de consensus et +0,8% également pour la précédente estimation. Les coûts unitaires du travail ont augmenté sur un rythme de 1,8%, contre 2,3% pour l'évaluation antérieure.
Les inscriptions au chômage ont augmenté davantage que prévu la semaine passée aux États-Unis. Le Département américain au Travail vient en effet d'annoncer, pour la semaine close au 30 mai, que les inscriptions au chômage se sont élevées à 225.000, en hausse de 13.000 par rapport au niveau de la semaine antérieure. Le consensus était positionné à 215.000.
Demain vendredi, c'est donc l'emploi américain du mois de mai qui tiendra la vedette avec le rapport gouvernemental sur la situation de l'emploi (consensus FactSet 105.000 créations de postes, 115.000 créations dans le privé et 4,3% de taux de chômage).
Dans l'actualité des entreprises cotées à Wall Street, CrowdStrike et surtout Broadcom ont donc déçu hier soir malgré leurs comptes en vive croissance. The Cooper Companies, Guidewire, DocuSign, Brown Forman, Lululemon, Rubrik, Samsara et Ciena, publieront ce jour.
Les valeurs
Broadcom, le concepteur américain de puces, décroche de 14,6% à Wall Street, malgré une publication supérieure aux attentes. Le groupe a publié au titre de son 2e trimestre fiscal des revenus de 22,19 milliards de dollars, en croissance de 48% avec les ventes de semi-conducteurs liés à l'IA. Le bénéfice net GAAP a atteint 9,31 milliards de dollars et le bénéfice net ajusté est ressorti à 12,07 milliards. L'Ebitda ajusté a été de 15,24 milliards, représentant 69% des revenus. Le bénéfice ajusté par action a atteint 2,44$. Pour le 3e trimestre fiscal clos début août, le groupe anticipe des revenus d'environ 29,4 milliards de dollars, un bénéfice opérationnel ajusté d'environ 67% des revenus et un Ebitda ajusté d'environ 68% des revenus.
"Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires consolidé a progressé de 48 sur un an pour atteindre un niveau record de 22,2 milliards de dollars. L'EBITDA ajusté a augmenté de 52% sur un an pour s'établir à un niveau record de 15,2 milliards de dollars, soit 69% du chiffre d'affaires", a déclaré Kirsten Spears, directrice financière de Broadcom Inc. "Au troisième trimestre, nous prévoyons une croissance du chiffre d'affaires consolidé de 84% sur un an, à 29,4 milliards de dollars, avec une marge opérationnelle non GAAP stable à 67%, reflétant notre solide effet de levier opérationnel".
La chute de Broadcom entraîne aussi en forte baisse les valeurs Micron (-7,3%), AMD (-4,9%) ou Marvell Technology (-3,2%)...
CrowdStrike, l'éditeur de logiciels de sécurité, retombe également de 8,2% à Wall Street. L'acteur de la cybersécurité a affiché pourtant pour le trimestre clos un bénéfice ajusté par action de 1,10$ et des revenus de 1,39 milliard de dollars - en croissance de 26%. Le bénéfice net ajusté a été de 283 millions contre 185 millions sur la période correspondante de l'année antérieure. L'ARR net nouveau du premier trimestre fiscal 2027 a augmenté de 32% à 256 millions de dollars. Le cash flow des opérations a atteint un record de 591 millions et le free cash flow un record de 468 millions de dollars. Le groupe envisage désormais des revenus allant de 5,9147 à 5,9587 milliards de dollars sur l'exercice 2027, pour un bpa ajusté de 4,88 à 4,96$. Le groupe va par ailleurs procéder à un 'split' par quatre de son action en bourse.
Ciena (-20,2%), l'équipementier américain de réseau, a affiché au titre de son deuxième trimestre fiscal 2026 un bénéfice ajusté par action de 1,64$ (+290% en glissement annuel !) contre 1,45$ de consensus, pour des revenus de 1,57 milliard de dollars (+40%) à comparer à un consensus de 1,5 milliard. Le titre corrige néanmoins lourdement à Wall Street, alors que sa performance boursière dépassait les 150% depuis le début de l'année 2026. Pour le 3e trimestre fiscal, Ciena dit anticiper des revenus de 1,625 milliard de dollars, plus ou moins 50 millions de dollars. La guidance de revenus pour l'exercice 2026 est dopée à 6,3 milliards de dollars, plus ou moins 100 millions de dollars, ce qui représenterait une croissance de 32%.
Brown-Forman (+1,6%), précédemment dans le viseur de Pernod Ricard et Sazerac, a publié pour son 4e trimestre fiscal des ventes de 912 millions de dollars, supérieures au consensus de Wall Street avec la demande ferme pour les marques premium comprenant Jack Daniels, pour un bpa de 12 cents quant à lui trop court. Il s'agissait de la première publication financière du groupe depuis son rejet de l'offre de près de 15 milliards de dollars de Sazerac et après l'échec des discussions avec Pernod. Sur l'exercice, Brown-Forman a affiché des ventes totales de 3,93 milliards, une marge brute de plus de 60% et un bénéfice opérationnel d'environ 1 milliard de dollars, ainsi qu'un free cash flow de 893 millions et qu'un bénéfice net de 715 millions.
SpaceX, attendu sur le Nasdaq le 12 juin, entend bien céder environ 555,6 millions de titres (plus précisément 555.555.555 titres !) à un prix de 135$ pièce, ce qui porterait son introduction en bourse record à 75 milliards de dollars. Cela représenterait 4,2% du capital, le reste demeurant entre les mains d'Elon Musk et des 'insiders'. SpaceX a par ailleurs autorisé une cession additionnelle potentielle qui pourrait porter le total levé à 85,7 milliards de dollars. Le groupe rompt ici avec le processus traditionnel d'introduction en bourse, selon lequel les entreprises annoncent généralement une fourchette indicative de prix avant de présenter leurs actions aux investisseurs et fixent le prix avant le début des cotations... Musk détiendrait environ 42% de SpaceX avant toute dilution et pourrait ainsi devenir le premier "trillionnaire" au monde - disposant d'une fortune de plus de 1.000 milliards de dollars.
L'IPO de SpaceX figure parmi les introductions en bourse les plus suivies au monde, souligne Bloomberg. "Son entrée rapide sur le marché, après un dépôt confidentiel en mars puis une annonce publique le mois dernier, intervient alors que les investisseurs surveillent de près les introductions en bourse potentielles d'autres entreprises technologiques de premier plan", insiste l'agence. OpenAI et Anthropic PBC, les deux startups leaders de l'IA, envisagent également de procéder à leur introduction plus tard cette année. L'introduction en bourse de SpaceX serait la plus importante de l'histoire, dépassant de plus du double les 29,4 milliards de dollars levés par Saudi Aramco en 2019.
La valorisation boursière initiale est attendue à 1.800 milliards de dollars environ. Goldman Sachs Group Inc., Morgan Stanley, Bank of America Corp., Citigroup Inc. et JPMorgan Chase & Co. sont les chefs de file de l'offre aux côtés de 18 autres banques. La société fondée en 2002, officiellement connue sous le nom de Space Exploration Technologies Corp., prévoit son introduction sur le Nasdaq et le Nasdaq Texas sous le symbole SPCX.
SpaceX prévoit d'utiliser les fonds levés pour divers objectifs, notamment l'expansion de son infrastructure de calcul pour l'IA, l'amélioration de son infrastructure de lancement et de ses lanceurs, l'augmentation de la taille et de la capacité de ses constellations de satellites, et le solde éventuel pour ses besoins généraux. Selon le document déposé, SpaceX doit également utiliser les fonds levés lors de son introduction en bourse et de la dette pour rembourser, dans un délai d'au moins six mois, une partie d'un prêt-relais de 20 milliards de dollars.
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