Wall Street toujours plombé par l'incertitude au Moyen-Orient
Les indices attendus dans le rouge
Wall Street s'affiche en recul avant bourse ce jeudi, alors que l'incertitude persiste concernant le Moyen-Orient, Donald Trump insistant sur le fait que l'Iran voudrait conclure un accord - déclarations contredites par le ministère iranien des Affaires étrangères. Le Dow Jones abandonne 0,8% en pré-séance, le S&P 500 perd 0,8% également et le Nasdaq 1%. Les cours du pétrole repartent en hausse, le baril de brut WTI s'adjugeant 4,7% à 94,6$ et le baril de Brent de la mer du Nord progressant de 4,6% vers les 102$.
"Les négociateurs iraniens sont très différents et 'étranges'. Ils nous 'supplient' de conclure un accord, ce qu'ils devraient faire puisqu'ils ont été militairement anéantis, sans aucune chance de redressement, et pourtant ils déclarent publiquement qu'ils 'examinent seulement notre proposition'. FAUX ! Ils feraient mieux de se ressaisir rapidement, avant qu'il ne soit trop tard, car une fois que ce sera fait, il n'y aura PLUS DE RETOUR EN ARRIÈRE, et ce sera terrible !", a lancé Trump sur son réseau Truth Social.
Les États-Unis auraient élaboré un plan en 15 points visant à mettre fin à la guerre avec l'Iran, plan transmis à l'Iran via le Pakistan. Trump a publiquement laissé entendre que tout accord devrait inclure une interdiction pour l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire ou d'enrichir des matières radioactives à des fins civiles. Cependant, selon les médias iraniens, les opérations défensives de l'Iran se poursuivront jusqu'à ce que les conditions du pays soient remplies. L'Iran ne semble pas accepter en effet que l'administration Trump impose un calendrier pour la fin du conflit. La chaîne de télévision d'État iranienne PressTV a exposé les cinq conditions posées par l'Iran pour la fin du conflit. La première est l'arrêt total des attaques et assassinats. L'Iran exige également des garanties que le conflit ne reprendra pas. Les autres conditions comprennent le versement d'indemnités et de réparations, la fin des combats sur tous les fronts et la reconnaissance de l'autorité de l'Iran sur le détroit d'Ormuz...
Trump a affirmé pour sa part depuis Washington que les dirigeants iraniens négociaient et voulaient un accord, mais qu'ils avaient "peur de le dire car ils seraient tués par leur peuple. Ils ont aussi peur que nous les tuions".
Après avoir menacé d'attaquer les infrastructures énergétiques iraniennes, Trump a annoncé lundi un report de cinq jours afin de permettre des négociations, évoquant des points d'accord majeurs avec l'Iran et des discussions "très fructueuses". Mais les médias iraniens avaient démenti et le ministère iranien des Affaires étrangères avait affirmé qu'il n'y avait pas de pourparlers. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a précisé que les autorités iraniennes étudiaient désormais des propositions américaines mais qu'il était exclu d'organiser des négociations.
La volatilité est donc toujours aussi forte au gré des humeurs de Trump et des réponses de l'Iran. Les tensions s'étaient apparemment accentuées durant le week-end. Trump avait ainsi lancé un ultimatum de 48 heures, affirmant que si le détroit d'Ormuz restait fermé, il ordonnerait des attaques contre les infrastructures énergétiques iraniennes, Téhéran promettant pour sa part des représailles ciblées sur les infrastructures énergétiques et de désalinisation des pays du Golfe.
Sur le front économique, les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine close le 21 mars (13h30, consensus FactSet 210.000) et l'indice manufacturier de la Fed de Kansas City pour le mois de mars (15 heures) sont attendus ce jour. Enfin, demain, les marchés prendront connaissance de la balance du commerce international de biens, ainsi que de l'indice du sentiment des consommateurs de l'Université du Michigan.
Concernant la Fed, les marchés anticipent désormais un statu quo monétaire jusqu'à la fin de l'année (probabilité de 60,1% selon l'outil CME FedWatch) voire même une possible hausse de taux d'un quart de point (probabilité de 30,9%). Stephen Miran de la Fed s'exprimait hier, tandis que Lisa Cook, Miran, Philip Jefferson et Michael Barr prennent la parole aujourd'hui. Même Miran, gouverneur nommé par Trump et partisan de la baisse de taux, a récemment relevé sa prévision sur les taux cette année d'un demi-point en raison des données sur l'inflation. Il juge toujours néanmoins que la politique trop restrictive de la Fed freine l'économie.
Notons que selon le Financial Times, Scott Bessent encense la Banque d'Angleterre comme modèle pour un contrôle plus strict de la Réserve fédérale. Le Secrétaire américain au Trésor aurait ainsi évoqué la possibilité de renforcer le contrôle exercé par le Trésor sur la Fed en s'inspirant de ce modèle anglais.
Dans la 'tech', Trump a annoncé la nomination de plusieurs grandes figures au sein du President's Council of Advisors on Science and Technology (PCAST), chargé de conseiller la Maison Blanche sur l'intelligence artificielle (IA) et les grandes orientations technologiques. Parmi les personnalités retenues figurent notamment Mark Zuckerberg de Meta, Larry Ellison, fondateur d'Oracle, ainsi que Jensen Huang de Nvidia et Lisa Su d'AMD. Ce premier groupe de 13 membres inclut également Sergey Brin, cofondateur de Google. Selon la Maison Blanche, ce conseil pourrait à terme être élargi jusqu'à 24 membres, afin de refléter l'ensemble des enjeux industriels et scientifiques liés à l'IA.
Les valeurs
Jefferies. La firme de Wall Street a annoncé hier soir pour son 1er trimestre fiscal un bénéfice ajusté par action de 89 cents, en ligne avec le consensus, contre 60 cents un an auparavant. Les revenus ont atteint un peu plus de 2 milliards de dollars sur la période, légèrement au-dessus des anticipations de marché, contre 1,6 milliard de dollars pour la période comparable de l'année antérieure. Le bénéfice net attribuable aux actionnaires ordinaires a été de 156 millions contre 128 millions un an avant.
Nvidia. La startup Reflection AI, soutenue par le géant des puces d'IA Nvidia, serait en pourparlers pour lever 2,5 milliards de dollars, ce qui porterait sa valorisation à 25 milliards de dollars pré-levée de fonds selon le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier. JP Morgan Chase envisagerait de participer à ce tour de table via son Initiative Sécurité et Résilience. La valorisation potentielle de Reflection est à comparer aux 20 milliards de dollars que l'entreprise visait selon un article antérieur du Financial Times.
Micron. Alphabet a secoué le secteur des puces mémoire hier en bourse, alors que des chercheurs de Google ont vanté une nouvelle technique de compression. Ces annonces, sur un marché déjà nerveux, ont fait chuter notamment Micron, SanDisk, et même le groupe coréen SK Hynix et l'entreprise japonaise Kioxia Holdings. Concrètement, Google a annoncé que sa technologie TurboQuant permettrait de réduire d'au moins six fois la quantité de mémoire nécessaire à l'exécution de grands modèles de langage, diminuant le coût global de l'entraînement de l'IA.
Alphabet (Google) et Meta (Facebook) risqueraient un sort similaire à celui des géants du tabac après un procès concernant l'addiction aux réseaux sociaux, prévient Bloomberg. Un verdict historique d'un jury déclarant Meta et Google responsables d'avoir nui à un jeune utilisateur avec des produits conçus pour créer une dépendance menace ainsi de placer ces entreprises de réseaux sociaux dans la même catégorie que les géants du tabac et les fabricants d'opioïdes, faille potentielle dans leur protection contre la responsabilité juridique quant à ce qui se passe sur leurs plateformes, détaille Bloomberg. L'agence note que bien que les 6 millions de dollars de dommages et intérêts accordés par un jury de Los Angeles à la plaignante de 20 ans ne se refléteront que très légèrement dans les bilans des deux groupes, "l'impact du verdict sera probablement bien plus dommageable et difficile à quantifier".
Super Micro. Des actionnaires de l'ex-vedette des serveurs d'IA, Super Micro Computer, ont porté plainte contre le groupe, accusé de fraude boursière pour avoir dissimulé sa dépendance aux ventes à la Chine en violation des lois américaines sur l'exportation, rapporte Reuters. Cette dissimulation a entraîné des poursuites pour contrebande de puces Nvidia contre un cofondateur et deux autres personnes liées à l'entreprise. Dans une action collective déposée devant le tribunal fédéral de San Francisco, les actionnaires affirment que Super Micro a surévalué ses perspectives commerciales et gonflé le cours de son action en omettant sciemment de révéler qu'une part importante de ses ventes de serveurs était destinée à des entreprises chinoises.
Boeing. Korean Air prévoit d'acheter 103 appareils entre 2026 et 2039, dont 20 B.777-9, 25 B.787-10, 50 B.737-10 et 8 B.777-8F. La compagnie aérienne sud-coréenne précise, dans un dépôt réglementaire, que l'accord atteint 36,2 milliards de dollars au prix catalogue. Les transporteurs obtiennent néanmoins généralement d'importants rabais lors de la signature de ce type d'accord.
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