Wall Street poursuit sa consolidation après les records
Incertitude géopolitique et monétaire
Wall Street consolide un peu plus avant bourse, en première tendance ce mercredi, avec l'incertitude géopolitique et les pressions sur Jerome Powell. Le S&P 500 régresse de 0,2%. Nasdaq et Dow Jones affichent des déclins comparables. Le S&P a échoué hier à l'approche des 7.000 pts, alors que les investisseurs semblent temporiser après les records et que la saison des publications d'entreprises vient de débuter. Hier, les marchés prenaient connaissance des comptes diversement appréciés de JPMorgan et de Bank of New York, ainsi que de chiffres réconfortants de l'inflation.
L'indice américain des prix à la consommation du mois de décembre 2025 n'a pas surpris hier. L'IPC s'affiche ainsi en hausse de 0,3% d'un mois sur l'autre et de 2,7% sur un an, en ligne ou presque avec le consensus des économistes de la place. Hors alimentation et énergie, c'est encore mieux, puisque l'indice des prix n'augmente que de 0,2% d'un mois sur l'autre et 2,6% sur un an, contre respectivement +0,3% et +2,7% de consensus.
Les dernières attaques visant le président de la Fed, Jerome Powell, ont suscité l'émoi parmi ses pairs. Ainsi, plusieurs anciens dirigeants de la Réserve fédérale, secrétaires au Trésor et économistes ont réagi, suite aux menaces de poursuites pénales proférées par le ministère de la Justice. L'enquête pénale annoncée visant le président de la Fed constitue "une tentative sans précédent d'instrumentaliser les poursuites judiciaires pour saper l'indépendance de la banque centrale", selon un communiqué signé par les anciens présidents de la Fed, Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan, ainsi que par quatre anciens secrétaires au Trésor ayant servi sous des présidents républicains aussi bien que démocrates. "Voilà comment la politique monétaire est élaborée dans les pays émergents aux institutions fragiles, avec des conséquences très négatives sur l'inflation et, plus largement, sur le fonctionnement de leurs économies", selon ce même communiqué. "Cela n'a pas sa place aux États-Unis, dont la plus grande force réside dans l'État de droit, fondement de notre réussite économique", ont ajouté les signataires. Janet Yellen a déclaré à CNBC que l'enquête compromettait l'indépendance de la banque centrale et que, selon elle, les marchés financiers devraient être davantage préoccupés par une situation qu'elle a qualifiée d'extrêmement inquiétante.
Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a révélé dimanche que le ministère américain de la Justice avait notifié à la banque centrale des citations à comparaître devant un grand jury, menaçant de poursuites pénales en lien avec son témoignage devant le Sénat américain à propos des rénovations du siège de la banque centrale. Powell a laissé entendre que cette action était moins liée à son témoignage qu'à un désaccord sur les taux d'intérêt. Dans une déclaration, il a souligné qu'il s'agissait d'une action sans précédent qui devait être replacée dans le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par l'administration.
"La menace de poursuites pénales est une conséquence directe du fait que la Fed fixe les taux d'intérêt en se basant sur sa meilleure évaluation de ce qui est le mieux servi par le public, plutôt que de suivre les préférences du Président", selon Powell. "Il s'agit de savoir si la Fed sera en mesure de continuer à fixer les taux d'intérêt en fonction des données probantes et de la conjoncture économique, ou si, au contraire, la politique monétaire sera dictée par des pressions politiques ou des intimidations", a ajouté le dirigeant, sortant ainsi de sa réserve habituelle. Le président de la Fed a défendu par ailleurs son bilan, soulignant qu'il avait travaillé à la Fed sous des administrations démocrates et républicaines et qu'il avait toujours fondé ses décisions exclusivement sur le double objectif de la banque centrale, à savoir le plein emploi et la stabilité des prix. "Cette nouvelle menace ne concerne pas mon audition en juin dernier, ni les rénovations des bâtiments de la Réserve fédérale", a indiqué Powell, jugeant qu'il s'agissait là de prétextes... Trump a déclaré à NBC qu'il n'était pas au courant des agissements du ministère de la Justice, mais a renouvelé ses attaques contre Jerome Powell et sa politique monétaire jugée trop dure. Selon plusieurs sources de médias anglo-saxons, l'entourage du président américain se serait tout de même inquiété de l'impact que pourrait avoir sur les marchés une enquête sur Powell.
Trump a de nouveau pris pour cible mardi le président de la Fed. "Cet abruti sera bientôt parti", a-t-il affirmé lors d'un déplacement dans le Michigan, devant le Detroit Economic Club. Ces déclarations faisaient suite à d'autres critiques formulées plus tôt dans la journée à Washington. Interrogé devant la Maison Blanche sur l'impact d'une enquête visant Powell, Trump a accusé ce dernier d'être soit "incompétent", soit "corrompu". Le président républicain faisait référence aux dépassements de coûts liés à rénovation du siège de la Fed, un chantier de plusieurs milliards au coeur de la procédure menée par le département de Justice. "Il dépasse le budget de plusieurs milliards de dollars", a déclaré le locataire de la Maison Blanche, avant d'ajouter : "Je ne sais pas ce qu'il est, mais il ne fait certainement pas du très bon travail". Le président reproche également à la Fed de maintenir des taux d'intérêt trop élevés, freinant selon lui la croissance économique.
Ces développements marquent une escalade significative dans le bras de fer qui oppose depuis un an l'administration et la Fed de Powell. Selon l'outil CME FedWatch, la probabilité d'un statu quo monétaire lors de la prochaine réunion de la Fed le 28 janvier se situe à 97,2%. La 'proba' la plus élevée pour la fin de l'année 2026 (32,4%) se situe dans une fourchette de 3 à 3,25% sur les taux, ce qui traduirait une baisse de taux d'un demi-point.
Le nom du successeur de Jerome Powell à la tête de la Fed pourrait bien être dévoilé dans les prochains jours par Donald Trump, malgré les tensions actuelles. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, qui s'exprimait la semaine dernière devant l'Economic Club du Minnesota, a laissé entendre que Trump devrait annoncer sa décision d'ici quelques jours - en tout état de cause en janvier - concernant la succession de Powell. Ainsi, la décision serait révélée avant ou après le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, programmé du 19 au 23 janvier. "Nous en sommes toujours à quatre candidats", a déclaré le secrétaire au Trésor. Les candidats retenus sont, rappelons-le, le président du Conseil économique national américain Kevin Hassett, l'ancien membre du conseil des gouverneurs Kevin Warsh, le directeur des investissements 'fixed income' de BlackRock, Rick Rieder, et le gouverneur Christopher Waller. Le mandat de Powell prend fin en mai 2026. Son successeur sera à n'en pas douter partisan d'une politique monétaire nettement plus souple. Selon Fox Business Network, Trump doit s'entretenir avec Rick Rieder de BlackRock demain à propos du poste de patron de la Fed.
Ce mercredi, les marchés suivront l'indice des prix à la production de décembre (14h30, consensus +0,3% d'un mois sur l'autre et +2,7% sur un an), la balance des comptes courants pour le 3e trimestre (14h30 également, consensus Bloomberg de 235 milliards de déficit), les reventes de logements existants de décembre (16h, consensus 4,23 millions), les stocks des entreprises, le rapport hebdomadaire sur les stocks pétroliers domestiques pour la semaine close le 9 janvier, ainsi que le Livre Beige économique de la Fed (20 heures). Anna Paulson, Stephen Miran, Raphael Bostic, Neel Kashkari et John Williams de la Fed, interviendront dans la journée.
Demain, les opérateurs surveilleront les inscriptions hebdomadaires au chômage, les ventes de détail, l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie, celui de la Fed de New York, mais aussi les prix à l'import et à l'export. Thomas Barkin, Michael Barr et Raphael Bostic de la Fed seront de la partie. Enfin, vendredi, les chiffres de la production industrielle et l'indice du marché immobilier seront connus, tandis que Michelle Bowman et Philip Jefferson de la Fed donneront leurs avis.
Sur le front géopolitique, outre le Venezuela et le Groenland, c'est donc l'Iran qui préoccupe désormais. Trump a déclaré que les États-Unis étudiaient différentes options, alors que les manifestations nationales se poursuivent depuis trois semaines. Alors que la "révolution iranienne" semble affaiblir le pouvoir en place, le président américain a déclaré avant-hier sur son réseau Truth Social que tout pays commerçant avec Téhéran se verrait appliquer des droits de douane de 25% sur ses échanges avec les États-Unis. "Patriotes iraniens, continuez de protester - reprenez le contrôle de vos institutions ! N'oubliez pas de mentionner les noms des assassins et des bourreaux. Ils paieront cher. J'ai annulé toutes mes rencontres avec les responsables iraniens jusqu'à ce que les massacres insensés de manifestants cessent. L'aide est en route. MIGA !", a aussi asséné Trump hier sur Truth Social.
Dans l'actualité commerciale, la Cour suprême a conclu vendredi ses annonces d'avis sans rendre de verdict sur la légalité des droits de douane du président Trump. Les rumeurs enflaient d'un éventuel rejet d'une bonne partie des droits de douane de l'administration en place, mais la décision est donc remise à plus tard. La Cour pourrait rendre d'autres avis dans les deux prochaines semaines.
Dans l'actualité des entreprises à Wall Street, Bank of America, Wells Fargo et Citigroup annoncent leurs résultats avant bourse ce mercredi. TSMC, Morgan Stanley, Goldman Sachs, BlackRock, Infosys, J.B. Hunt et First Horizon, seront de la fête demain. PNC Financial Services, State Street, M&T Bank, Wipro ou Regions Financial, publieront vendredi.
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