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En crise, l'industrie allemande tire la sonnette d’alarme avec la guerre au Moyen-Orient

| AFP | 127 | 4 par 2 internautes
Une usine du groupe allemand Evonik à Wesseling (ouest)
Une usine du groupe allemand Evonik à Wesseling (ouest) ( PAU BARRENA / AFP )

L'industrie allemande est passée en "mode de crise absolu", alerte le secteur chimique, confronté, comme d'autres filières, aux effets dévastateurs de la guerre au Moyen-Orient, entre flambée des coûts et chaos des chaînes d'approvisionnement.

De la chimie à l'acier en passant par les engrais et le ciment, la première économie européenne reste un grand producteur de biens avides de matières premières, dont une grande partie est importée.

La surchauffe des prix d'énergie, du fait du conflit et de la fermeture du détroit d'Ormuz, voie de transit majeure pour les hydrocarbures, porte un nouveau coup à des industriels déjà fragilisés.

Mais le pétrole et le gaz ne sont pas le seul problème. D'autres intrants venant du Moyen-Orient – ammoniac, phosphate, hélium, soufre, etc. – sont également essentiels aux usines allemandes.

Production réduite

"Nos entreprises fonctionnent actuellement en mode de crise absolu", a déclaré jeudi soir à Francfort Wolfgang Große Entrup, directeur de la fédération allemande de la chimie (VCI), qui signales de "premiers indices de pénuries extrêmes et de ruptures de chaînes d'approvisionnement".

Et une hausse durable des prix de l'énergie entraînerait "des coûts supplémentaires importants", avertit le chimiste de spécialité Covestro, contacté par l'AFP.

Son concurrent Evonik estime que certaines hausses de coûts seront répercutées aux clients "mais certainement pas dans tous les secteurs", selon son patron Christian Kullmann.

La situation est particulièrement sensible dans l'agrochimie, où les fabricants d'engrais dépendent fortement du gaz naturel.

Carsten Franzke, patron de l'entreprise SKW Stickstoffwerke Piesteritz GmbH, en Saxe-Anhalt (est) explique à l'AFP comment le conflit armé produit une hausse de la demande et une baisse de l'offre, ce qui pourrait à terme entraîner une stagflation, c'est à dire une stagnation de la croissance mais une hausse des prix.

"En raison du blocage du détroit d'Ormuz, nous recevons davantage de demandes pour la vente d'engrais. Mais nous avons dû temporairement réduire notre production en raison de la forte hausse des prix du gaz naturel, faute de pouvoir répercuter ces augmentations sur les prix des engrais", dit-il.

Le conflit affecte également l'approvisionnement en aluminium, avec environ 10 % de l'aluminium primaire importé par l’Allemagne provenant du Moyen-Orient.

Avec des stocks de bauxite "épuisés en trois semaines, les fonderies locales risquent de réduire ou suspendre leur production, un retour à pleine capacité pouvant prendre 6 à 12 mois", dit à l'AFP Angelika El‑Noshokaty, directrice de la fédération du secteur (AD).

Dans l'industrie lourde, l'inquiétude concerne surtout l'énergie.

Un ouvrier chez Thyssenkrupp
Un ouvrier chez Thyssenkrupp ( Ina FASSBENDER / AFP/Archives )

Chez l'aciériste Thyssenkrupp Steel Europe, une hausse durable des prix du gaz naturel pourrait peser sur les coûts de production, car il "est utilisé à de nombreuses étapes, par exemple pour chauffer les fours".

Effet de loupe

Dans la logistique, l'impact est immédiat, comme chez le transporteur allemand Seifert Logistics GmbH, à Ulm (sud), où l'augmentation de près de 50 % du prix du diesel va "absorber complètement notre marge si rien n'est fait".

Ces hausses sont généralement répercutées sur les clients, mais le processus peut prendre plusieurs mois.

"Ces derniers jours, nous avons appelé les clients quasiment 24 heures sur 24 afin d'ajuster nos prix plus rapidement", déclare M. Frey.

Néanmoins, certaines entreprises, comme Siemens, affirment être plus résilientes après avoir réduit d'environ 40 % leur consommation d'énergies fossiles depuis 2022 grâce à leur stratégie de décarbonation.

Reste qu'après deux semaines de conflit, la guerre avec l'Iran provoque un effet de loupe amplifiant les problèmes structurels préexistants de l'industrie allemande, peu compétitive et déjà plombée par les couts de l'énergie et la crise du commerce internationale due aux taxes douanières américaines.

Le ministère allemand de l'Économie souligne que le gouvernement s'efforce de mettre en oeuvre des mesures pour protéger l'industrie des prix élevés de l'énergie.

Insuffisant pour plusieurs instituts qui ont abaissé leurs prévisions de croissance du PIB allemand pour 2026, comme l'Ifo de Munich, qui l'a révisée jeudi de 1 % à 0,8 %, voire 0,6 % si le conflit au Moyen-Orient se prolonge.

Son président, Clemens Fuest, s'exprimant à la télé allemande, veut toutefois espérer qu'il ne s'agira que d'un "coup de frein temporaire".

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