Le nouveau patron de la Fed, Kevin Warsh, s'engage à maîtriser l'inflation et ouvrir un "nouveau chapitre"
Pour sa première intervention semestrielle devant le Congrès
Kevin Warsh, successeur de Jerome Powell à la tête de la Fed, affirme aux parlementaires américains ce jour qu'avec la politique monétaire adéquate, la banque centrale américaine sera en mesure de reléguer au rang de souvenir l'inflation des dernières années. Les deux auditions de Warsh, aujourd'hui et demain au Congrès, correspondent à sa première intervention 'semi-annuelle' de politique monétaire - d'abord devant le Comité des services financiers de la Chambre ce jour puis devant le Comité du Sénat pour la Banque, l'Immobilier et les Affaires Urbaines mercredi. Warsh affirme que les membres de la Federal Reserve n'ont pas de tolérance pour une inflation durable.
Selon le texte de son intervention, l'objectif primordial de la Réserve fédérale est de mener une politique monétaire adéquate, ou de s'en rapprocher autant que possible. "C'est notre but clair et constant, l'étoile qui guide notre action. Et si nous parvenons à mener une politique juste - ce que nous ferons -, la poussée inflationniste de ces cinq dernières années appartiendra au passé. Il y a un mois, j'ai présidé ma première réunion FOMC. Mes collègues et moi reconnaissons que l'inflation élevée a fait peser un fardeau excessif sur les ménages et les entreprises américains. Si les fluctuations mensuelles des prix sont inévitables - surtout dans un monde instable -, l'inflation sous-jacente, sur des horizons temporels plus longs, dépend en grande partie de la politique monétaire. Les membres de notre Comité ne tolèrent pas une inflation durablement élevée".
"Nous partageons une volonté résolue de rétablir la stabilité des prix. C'était au coeur de notre réunion de juin, lors de laquelle nous avons décidé de maintenir la fourchette cible du taux des fonds fédéraux entre 3,5 et 3,75%", indique Warsh.
"Naturellement, notre travail à la Fed exige une évaluation juste de la conjoncture économique. Comme l'indique notre rapport sur la politique monétaire, l'activité économique progresse à un rythme solide, faisant preuve de résilience face aux évolutions récentes. La croissance de la consommation des ménages est modérée. La production manufacturière a augmenté de manière constante cette année. Le secteur du logement, en revanche, présente un tableau différent et continue de marquer le pas", détaille le dirigeant.
"L'aspect le plus marquant de l'économie actuelle est l'investissement des entreprises. Ce rythme rapide - qui semble s'accélérer - reflète en grande partie la construction de centres de données et l'immense demande pour les équipements et logiciels liés à l'IA qui les garnissent. L'investissement global en équipements a augmenté d'environ 8% sur l'année s'achevant au premier trimestre. Au sein de cette catégorie, les dépenses technologiques ont enregistré une croissance particulièrement impressionnante de près de 25 % sur quatre trimestres. Nous ignorons dans quelle mesure l'économie bénéficiera du déploiement de l'IA. Toutefois, il semble inévitable que ce que l'on appelle aujourd'hui " investissement dans l'IA " soit bientôt qualifié simplement d'" investissement ". Pour autant, ces nouvelles opportunités économiques s'accompagnent de nouveaux défis pour les décideurs. À la Fed, nous surveillons attentivement les implications pour l'inflation et le marché du travail", déclare Warsh.
"Cela m'amène à l'offre, où la croissance de la productivité est soutenue, une tendance qui précédait déjà les gains liés à l'adoption de l'IA. Le marché du travail américain semble, dans l'ensemble, stable. La création d'emplois a suivi le rythme de l'évolution de la population active. Le taux de chômage est faible et a peu varié au cours de l'année écoulée. On observe relativement peu de licenciements, une variation minime du taux de postes vacants et une croissance solide des salaires nominaux", analyse le nouveau timonier de la Fed.
"J'ai pris mes nouvelles fonctions en étant attaché aux meilleures traditions de la Réserve fédérale. La performance de la banque centrale de notre pays repose sur un engagement envers l'excellence, le professionnalisme et l'intégrité. L'humilité quant à l'étendue de nos connaissances - ainsi que le courage de remettre en question nos positions antérieures - sont également des caractéristiques d'une grande institution telle que la nôtre. Toutes ces normes définissent la culture de la Fed, et il m'incombe de les faire perdurer", explique Warsh.
"Nous avons le devoir de tourner l'institution vers l'avenir et d'examiner sous un angle nouveau nos pratiques actuelles, afin de nous assurer qu'elles servent bien nos objectifs. Nous procédons de manière méthodique. J'ai constitué un groupe de travail pour chacun des cinq domaines essentiels à la conduite globale de la politique monétaire. Nous avons fait appel à certains des meilleurs esprits, issus ou non du monde de la recherche économique. Ils sont épaulés par des spécialistes parmi les experts de la Fed. Ces groupes de travail ont reçu une mission claire : repartir des principes fondamentaux, poser des questions difficiles, examiner les pratiques actuelles, envisager des alternatives et, enfin, proposer des pistes d'action aux décideurs. L'objectif est de doter la Fed des moyens de prendre de meilleures décisions en matière de politique monétaire et de laisser derrière nous cette période de forte inflation", déclare le responsable.
Le premier groupe de travail évaluera la forme et la fonction de la communication de la Fed. Il se penchera sur les questions suivantes : quelle est l'efficacité - et quels sont les risques - des méthodes actuelles de délibération et de communication concernant nos choix de politique monétaire ?
Le deuxième groupe de travail examinera les politiques de la Fed relatives à son bilan, "notamment le régime de réserves abondantes et la composition de son portefeuille d'actifs". Il analysera les avantages et les inconvénients de ce régime ainsi que les alternatives possibles.
"Le troisième groupe de travail évaluera de nouvelles sources de données et envisagera des évolutions méthodologiques afin d'améliorer la qualité des informations sur lesquelles nous nous appuyons. Il cherchera à répondre à la question suivante : comment garantir que les décideurs disposent de données précises, pertinentes, actualisées et exploitables sur l'état de notre économie ?", explique-t-il encore.
"Notre groupe de travail sur la productivité et l'emploi examinera le rythme, l'ampleur et l'impact des nouvelles technologies à portée générale. Nous avons connu des progrès technologiques tout au long de notre vie. Toutefois, compte tenu de l'ampleur des investissements ainsi que des changements potentiels dans les méthodes et la vitesse de l'innovation, nous pourrions assister à des mutations d'une tout autre nature. Ce groupe de travail analysera la situation et cherchera à répondre aux questions suivantes : quelles sont les conséquences de ces changements pour la capacité de production de l'Amérique et pour les travailleurs américains ? Quelles sont les implications pour la Réserve fédérale dans la poursuite de ses objectifs en matière d'emploi et d'inflation ?"
"Enfin, le groupe de travail sur les cadres de gestion de l'inflation étudiera les déterminants de l'inflation et évaluera diverses pistes pour garantir la stabilité des prix. Ce groupe se demandera : nos modèles et nos analyses offrent-ils une vision empiriquement solide de l'évolution des prix et de la production au sein de notre économie dynamique ? Pouvons-nous faire mieux ?"
"Nous ouvrons un nouveau chapitre à la Fed, à un moment décisif pour notre pays", affirme Warsh. "Je peux vous assurer que nous entendons être parfaitement adaptés à notre mission et résolument tournés vers l'avenir. Nous sommes la Réserve fédérale, et nous sommes plus déterminés que jamais à accomplir la mission que le Congrès nous a confiée".
Selon l'outil CME FedWatch, il y a environ 12,3% de probabilité que la Fed remonte ses taux d'un quart de point le 29 juillet, à l'issue de la prochaine réunion monétaire, et 87,7% de 'proba' que les taux restent inchangés entre 3,50 et 3,75%. La publication il y a quelques instants des prix à la consommation de juin a fait retomber les anticipations de hausse des taux, qui dépassaient les 40% avant la divulgation de cette statistique. Le même outil montre néanmoins toujours que la banque centrale américaine pourrait relever ses taux d'un quart ou d'un demi-point d'ici la fin de l'année.
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