BCE : qu'en pensent les spécialistes ?
Nouveau cycle ou pas ?
Les spécialistes sont nombreux à réagir au durcissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Felix Feather, économiste chez Aberdeen Investments, estime que le message envoyé par la BCE est plus accommodant qu'il n'y paraît et continue d'anticiper l'absence de nouvelles hausses de taux cette année : "les anticipations de taux à court terme du marché ont légèrement augmenté après la décision de la BCE de relever son taux de dépôt de 2,0% à 2,25%. Les révisions à la hausse des prévisions d'inflation expliquent probablement cette réaction. Toutefois, nous interprétons la communication de la BCE comme relativement accommodante. L'accent mis dans le communiqué sur la préservation de sa flexibilité ("optionality") va à l'encontre des anticipations de marché qui tablent sur deux nouvelles hausses de taux d'ici la fin de l'année. En qualifiant par ailleurs son orientation monétaire de "bien positionnée", la BCE pourrait laisser entendre qu'elle ne prépare pas de nouveau resserrement monétaire à ce stade.... Mais rien dans ce communiqué ne remet en cause notre conviction initiale : nous continuons de penser que cette hausse de taux sera unique et ne sera pas suivie d'autres relèvements. Le risque de nouvelles hausses demeure toutefois réel, notamment en cas de nouvelle escalade du conflit avec l'Iran.
Pour, Christian Hantel, Head of Global Corporate Bonds chez Vontobel, "la hausse des taux directeurs de la BCE s'inscrit dans un contexte de stagflation. Cette décision vise également à éviter le risque de 'prendre du retard sur la courbe'. Compte tenu de l'ampleur du choc énergétique actuel, il n'était pas possible de simplement l'ignorer. Sans hausse des taux, la montée des anticipations d'inflation à court terme aurait pu commencer à influencer les anticipations à plus long terme. En fin de compte, la BCE est restée fidèle à son approche fondée sur les données en se concentrant exclusivement sur les données d'inflation. Les taux directeurs sont désormais proches du niveau neutre, ce qui laisse une certaine marge pour de nouvelles hausses avant qu'ils ne deviennent restrictifs. En fonction de la durée de la fermeture du détroit d'Ormuz et de l'ampleur de l'impact du choc énergétique et des perturbations de la chaîne d'approvisionnement sur l'Europe, une nouvelle hausse pourrait intervenir en septembre. Toutefois, la faiblesse de la dynamique de croissance économique en Europe rend peu probable un cycle de hausse prolongé".
Salman Ahmed, responsable mondial de la macroéconomie et de l'allocation d'actifs stratégique chez Fidelity International, estime en revanche probable une nouvelle hausse de taux de l'Institution europénne : "comme prévu, la Banque centrale européenne a relevé ses taux aujourd'hui, privilégiant une approche prudente face au choc énergétique actuel. L'élément particulièrement marquant a été la révision à la hausse des prévisions d'inflation sous-jacente : les prévisions pour 2026 sont désormais supérieures aux prévisions initiales, ce qui illustre clairement la nature inflationniste de ce choc et justifie la décision de la BCE de relever ses taux lors de cette réunion. À l'avenir, nous anticipons une nouvelle hausse des taux de la BCE, la réunion de juillet étant désormais ouverte, dans un contexte probable de prix de l'énergie durablement élevés. En effet, nous n'envisageons pas de solution définitive au conflit irano-américain, et les matières premières devraient se négocier avec une prime. Le risque d'une nouvelle flambée des prix persiste tant que le détroit d'Ormuz restera fermé et que le risque d'une escalade du conflit demeure".
Enfin, Madison Faller, stratégiste en investissement chez JP Morgan Private Bank, explique : "appelez cela un tournant, plutôt qu'une trajectoire toute tracée. Après une année de statu quo, la hausse des taux de la BCE envoie un signal clair : les risques inflationnistes liés à l'énergie sont de nouveau au premier plan et l'orientation de la politique monétaire devient plus 'hawkish'". Pour autant, une hausse de taux ne constitue pas à elle seule une feuille de route. Un véritable cycle de resserrement nécessiterait une remontée marquée des anticipations d'inflation. Dans le même temps, l'environnement économique devient plus complexe : le choc énergétique pèse sur le pouvoir d'achat et la confiance, tandis qu'une politique monétaire plus restrictive pourrait accentuer ces tensions. La BCE doit donc trouver le juste équilibre".
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