"L'or a perdu de sa superbe" : pourquoi le métal jaune décroche (DNCA Investments)
(Zonebourse.com) - "L'or a perdu de sa superbe cette année, se retrouvant en queue de peloton des performances à grande classe d'actifs à environ 4000 dollars l'once", observe Pierre Pincemaille, secrétaire général de la gestion chez DNCA Investments, société de gestion d'actifs française.
Une rupture historique face aux taux réels
Pour comprendre la dynamique actuelle, Pierre Pincemaille livre une analyse sur l'évolution de la relation entre le métal jaune et les taux d'intérêt.
"Alors que le métal ductile avait au cours des années précédentes échappé aux évolutions des taux réels, cette corrélation est revenue en force depuis l'arrivée de Kevin Warsh en tant que président de la Réserve fédérale américaine. Mais les relations entre l'or et les banques centrales ne se limitent pas à l'impact des décisions de politique monétaire. En effet, après une période d'accalmie, ces institutions ont recommencé à accumuler de l'or dans leurs bilans, ce qui devrait inciter les investisseurs à s'interroger quant à leurs motivations profondes", explique l'expert.
L'analyse de la période 2022-2025 a de quoi dérouter plus d'un investisseur si on se réfère à la relation de très long terme entre taux réel et cours de l'or : le coût d'opportunité de détenir de l'or, qui ne détache pas de coupon, a tendance à monter avec la hausse des taux réels. Mais depuis le début du conflit entre l'Ukraine et la Russie, et le gel concomitant d'une partie des avoirs en dollars de la banque centrale russe, cette relation s'est étiolée.
Le rôle moteur des banques centrales dans la nouvelle donne géopolitique
Cette déconnexion s'explique en fait par les décisions stratégiques des grandes banques centrales.
"C'est du côté des grands argentiers qu'il faut se tourner pour trouver la réponse à ce changement de paradigme", souligne Pierre Pincemaille. "Ils se sont lancés dans une campagne de rééquilibrage de leurs avoirs pour prendre acte de la nouvelle donne géopolitique. Ainsi, les flux acheteurs des banques centrales ont tout simplement doublé, passant d'environ 500 tonnes/an sur la période 2011-2021, à plus de 1000 tonnes. Sans surprise, ce soudain déséquilibre du marché aurifère a relégué au second plan les corrélations macroéconomiques et provoqué un sentiment de FOMO auprès des investisseurs", détaille l'analyste.
Réveil macroéconomique et regain de volatilité
Mais les habitudes ont la vie dure et les opérateurs ont constaté, de manière contre-intuitive, un comportement plus "normal" de l'or vis-à-vis des taux depuis l'émergence du conflit au Moyen-Orient. Alors que la hausse du risque géopolitique aurait pu être favorable à cet actif de type safe haven* (actif refuge), le cours de l'or a retracé une partie de sa hausse passée au fur et à mesure de l'ajustement des anticipations des politiques monétaires.
"Et comme si cela ne suffisait pas, certaines banques centrales comme celles de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de la Turquie sont passées nettes vendeuses au mois de mars. La Turquie, qui avait été dans le top trois des plus gros acheteurs avec la Pologne et la Chine lors du cycle 2022-25, a dû se séparer d'une partie de son stock et en swapper (opération d'échange) une autre pour protéger sa devise", relève Pierre Pincemaille.
Une vision de long terme portée par la diversification
Les statistiques du 2e trimestre montrent une reprise significative des programmes d'achat avec 289 tonnes en cumulé, soit un rythme annualisé de 1155 tonnes (versus 860 tonnes en 2025). Plus récemment, les banques centrales auraient acheté 63 tonnes en septembre selon le Financial Times qui s'est procuré les données préliminaires du World Gold Council, un plus haut depuis novembre 2024. Et c'est la Chine qui fait la course en tête, profitant opportunément du mouvement de repli pour accélérer ses achats : la PBOC a acheté plus de 100 tonnes d'or cette année, à comparer à 40 tonnes pour tout 2025.
Par ailleurs, Pierre Pincemaille souligne que "le retracement du cours de l'or depuis son plus haut de fin janvier s'explique aisément par la hausse des taux réels américains et l'appréciation du dollar." Ces deux composantes majeures du système économique mondial ont réagi à la croissance insolente de l'économie américaine qui tire les bénéfices des dépenses d'IA et des effets de richesse. Mais le comportement des banquiers centraux à l'égard de l'or montre qu'ils ont tendance à regarder au-delà de ces phénomènes de court terme et s'attachent à diversifier leurs placements au moment où les trajectoires budgétaires des grandes économies sont hautement incertaines.
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source : AOF
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