Entre l'IA et les émergents, Mandarine décrypte les moteurs de 2026
Après une année 2025 jugée "extrêmement positive" sur la majorité des classes d'actifs, Adrien Dumas, directeur des investissements, et Philippe Tranchet, directeur de la gestion obligataire chez Mandarine Gestion, ont livré leur lecture des marchés et leurs perspectives pour 2026.
Le constat est sans appel : l'économie américaine continue de faire preuve d'une résilience qui surprend nombre d'analystes. Depuis le point bas du "Liberation Day", la dynamique structurelle de la croissance s'est clairement mise en place, tandis que l'inflation sous-jacente reflue.
Les marchés ont notamment été dopés par l'intelligence artificielle, une thématique qui ne se limite plus au secteur technologique. L'IA s'étend désormais à l'ensemble de l'économie, avec le développement de l'IA dite "physique" dans l'industrie lourde, comme l'ont illustré de nombreuses entreprises lors du dernier CES de Las Vegas.
Selon Mandarine Gestion, entre 65% et 70% des résultats des entreprises américaines seraient aujourd'hui directement ou indirectement influencés par la dynamique de l'IA. Une situation qui complique fortement la diversification pour l'investisseur.
Une dynamique économique toujours insolente aux Etats-Unis
Si l'instauration de nouveaux tarifs douaniers avait ravivé les craintes inflationnistes, leur impact s'est finalement révélé plus limité que prévu. "Il n'y a pas de raison d'avoir des inquiétudes fortes sur les prix, même si le sujet reste évidemment à surveiller", souligne Mandarine.
Dans ce contexte, les gérants anticipent une croissance américaine en 2026 supérieure à celle de 2025, un scénario "qui n'était clairement pas dans les pronostics il y a encore 12 à 18 mois", note Adrien Dumas. "Une croissance économique orientée à la hausse et une inflation plutôt en baisse, c'est très favorable aux actifs risqués", ajoute-t-il.
Quant à la dégradation du marché de l'emploi aux Etats-Unis, Mandarine appelle à la prudence. Selon la société de gestion, il est difficile de distinguer la part liée à la politique migratoire de Donald Trump de celle attribuable aux gains de productivité induits par l'IA. "Pour l'instant, nous ne tirons pas la sonnette d'alarme même si les marchés restent très souvent très réactifs sur ce type de données."
Quoi qu'il en soit, la Réserve fédérale dispose encore de confortables marges de manoeuvre. "Nous anticipons deux baisses de taux de la Fed en 2026, et cela nous paraît faisable", indique Philippe Tranchet. À ce sujet, les pressions que Donald Trump exerce sur la Fed laissent circonspects : "Tenter de forcer une banque centrale à baisser ses taux est un exercice risqué. Une Fed affaiblie ferait douter de sa capacité à maîtriser l'inflation", rappellent les gérants.
À l'approche des élections de mi-mandat, Mandarine estime à 80% la probabilité d'un revers électoral pour Donald Trump. Dans cette optique, le président américain pourrait être tenté de soutenir le pouvoir d'achat, de plafonner certains taux de crédit et de renforcer la pression sur la Fed, des éléments étroitement surveillés par les marchés.
Chez Mandarine, les gérants anticipent une hausse des BPA aux Etats-Unis de l'ordre de 12 à 13% l'an prochain, contre 8 à 10% en Europe - des projections qui restent toutefois sensibles à la volatilité des devises.
Une Europe en perte de compétitivité
Malgré des performances boursières honorables, notamment portées par les banques et la défense, l'Europe souffre de faiblesses structurelles. Le plan de relance allemand de 500 milliards d'euros, bien qu'ambitieux, serait, selon Mandarine, trop orienté vers les dépenses sociales et militaires, au détriment de l'investissement productif.
Sur le front monétaire, la BCE maintient pour l'instant une politique stable, avec des taux directeurs anticipés autour de 2% jusqu'à la fin de l'année. Philippe Tranchet rappelle toutefois que l'institution poursuit son resserrement quantitatif afin de réduire la taille de son bilan.
Mandarine estime d'ailleurs que l'inflation en zone euro pourrait passer temporairement sous la cible des 2%. "Nous envisageons un épisode légèrement déflationniste dans les prochains mois, ce qui n'est pas aujourd'hui intégré par le consensus du marché", indique Philippe Tranchet, imaginant que la BCE pourrait alors ajuster sa politique et baisser davantage ses taux.
Adrien Dumas se montre particulièrement pessimiste sur la compétitivité européenne : "Nous sommes probablement au point le plus bas des 25 dernières années face aux autres grands blocs économiques." Entre dépendance énergétique et retard en R&D face aux Etats-Unis et à la Chine, Mandarine recommande de sortir du biais domestique et de "rechercher la croissance ailleurs".
Les marchés émergents, nouveau relais de croissance ?
Dans cette optique, les marchés émergents retiennent toute l'attention des gérants. Ils offrent, selon Mandarine, des fondamentaux attractifs avec un profil plus équilibré, combinant baisse des taux directeurs, normalisation de l'inflation, valorisations encore modérées et perspectives de croissance des résultats attractives. De plus, la faiblesse du dollar allège le poids des dettes libellées dans la monnaie américaine.
Mandarine observe avec intérêt l'émergence d'un nouvel ordre mondial dans lequel les pays du "Sud global" - Chine, Inde, Brésil, Iran, Afrique du Sud - ne se contentent plus d'un rôle de satellites des Etats-Unis, mais constituent un bloc économique de plus en plus cohérent.
Ainsi, comme un pied de nez à la Maison Blanche, la Chine est parvenue à enregistrer un excédent commercial record de 1200 milliards de dollars en 2025, l'année même de l'instauration des droits de douane US.
Dans ce contexte de défiance, la dédollarisation poursuit son cours : la part du billet vert dans les réserves mondiales est désormais passée sous les 59%. La Chine a ainsi doublé ses réserves d'or en deux ans, de 4% à 8%, afin de réduire sa dépendance au billet vert et aux sanctions américaines.
Par Antoine MARIAUX
source : AOF
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