Crise bancaire au Paraguay : le président destitué Santiago Peña placé en détention préventive
Le président destitué du Paraguay Santiago Peña a été placé samedi en détention préventive, dans la foulée de son inculpation en lien avec la débâcle de l'Ueno Bank qui a lésé des millions d'épargnants.
Santiago Peña "est soumis à la détention provisoire. C'est son statut tant (...) que le tribunal estime qu'il s'agit de la mesure appropriée", a déclaré à la presse à Asuncion le juge Hernan Otazu.
L'ex-président, a ajouté le juge, sera détenu pour le moment dans une installation militaire de la garde présidentielle, où il avait été transféré vendredi soir pour raisons de sécurité, après avoir été initialement assigné à résidence après sa destitution.
Auparavant samedi, il avait été inculpé d'"abus de confiance" et de "gestion à des fins personnelles", de même que l'ex-président de la Banque centrale Carlos Carvallo.
"Prison pour Peña!"
"On veut voir en prison le responsable de ce malheur. Prison pour Peña !", lançait à l'AFP Macarena Chilavert, une avocate de 33 ans, aux abords du siège du parquet où Santiago Peña était entendu.
Selon des extraits de l'acte d'accusation auquel l'AFP a eu accès, il est reproché à M. Peña, qui jusqu'à 2025 détenait des actions dans une holding propriétaire de la banque, d'avoir présidé à "une augmentation et une concentration importantes de fonds publics et de fonds de pension" dans Ueno Bank, pour l'équivalent de plus de 800 millions de dollars.
Président conservateur du Paraguay depuis 2023, proche allié de Washington, M. Peña, 47 ans, dont le mandat s'achevait en principe en 2028, a été reconnu coupable à l'unanimité par le Sénat de "mauvais exercice de ses fonctions" et destitué.
La crise bancaire, qui a rapidement viré à la crise politique, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle pour insolvabilité par la Banque centrale (BCP) d'Ueno Bank, une banque en ligne florissante ces dernières années.
L'intervention de la BCP a gelé les dépôts de près de trois millions de personnes, le nombre de clients que revendiquait Ueno, soit près de la moitié de la population du pays. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont aussi été affectés.
Investi dans la foulée de la destitution de M. Peña, son vice-président jusqu'alors, Pedro Alliana, 52 ans, a affirmé devant le Sénat que "les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne le laisserons pas seuls"
Samedi, la Banque centrale a annoncé que près de 1,2 million de petits épargnants floués avaient récupéré leur argent grâce à des versements du Fonds de garantie de la BCP sur des comptes ouverts dans d'autres banques.
Restitutions en cours
Ces décaissements totalisent à ce jour environ un milliard de guaranis (160.000 dollars), a indiqué sur X M. Alliana.
Ces dédommagements se poursuivent par étapes, à commencer par les petits comptes détenus chez Ueno. Les agences de plusieurs banques paraguayennes sont restées exceptionnellement ouvertes ce week-end, a annoncé la BCP.
Vendredi soir, plusieurs centaines de personnes rassemblées à l'extérieur du Parlement avaient accueilli la destitution de M. Peña par des cris de joie, des chants.
"Enfin, Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue !", s'est réjouie auprès de l'AFP Jessica Aquino, employée de 32 ans. "Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison !".
Lors du procès en destitution, des sénateurs ont accusé l'ex-président d'avoir "permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel". Autrement dit, d'"avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés", selon le sénateur Adrián Vaesken.
Dès jeudi, 48 heures après l'éclatement du scandale, M. Peña avait présenté lui-même sa démission. Mais le Parlement l'avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution. S'il l'avait acceptée, M. Peña serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d'une immunité parlementaire.
La crise bancaire au Paraguay a eu des ondes de choc multiples : en Argentine, un millier d'employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu'Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire.
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