8 201.78 PTS
+0.63 %
8 200.0
+0.59 %
SBF 120 PTS
6 222.02
+0.54 %
DAX PTS
24 890.45
+0.38 %
Dow Jones PTS
50 687.07
-1.21 %
30 571.24
-0.29 %
1.163
+0.27 %

Orania, l'enclave afrikaner passéiste séduit une certaine jeunesse

| AFP | 59 | Aucun vote sur cette news
Des étudiants, Belly Sharpe (C), 18, et Eben Mans (D), 20, rient avec un ami à l'entrée de leur dortoir Vaalbos dans l'enclave afrikaner d'Orania en Afrique du Sud, le 28 janvier 2026.
Des étudiants, Belly Sharpe (C), 18, et Eben Mans (D), 20, rient avec un ami à l'entrée de leur dortoir Vaalbos dans l'enclave afrikaner d'Orania en Afrique du Sud, le 28 janvier 2026. ( CAMILLA RICHETTI / AFP )

En marge de la nation arc-en-ciel, une génération entière a grandi dans l'entre-soi d'Orania, enclave afrikaner monochrome de plus de 3.000 habitants qui a fêté ses 35 ans ce week-end.

A voir le public dépassant rarement 30 ans dans un bar baissant rideau à minuit, ce microcosme perdu à l'entrée du semi-désert du Karoo aimante une certaine jeunesse, intégralement blanche et descendant des premiers colons européens.

Baignés d'une lumière bleue et bercés de country afrikaans, des fils et filles d'Orania se mêlent dans la fumée de tabac du Stokkies à des étudiants suivant des formations en électricité, plomberie ou encore ingénierie civile. Inaugurées il y a quelques années, elles sont en pleine expansion.

Un spectateur grille de la viande sur un braai (barbecue) devant une course de voiture sur l'ovale de terre de l'enclave afrikane en Afrique du Sud, le 30 mai 2026.
Un spectateur grille de la viande sur un braai (barbecue) devant une course de voiture sur l'ovale de terre de l'enclave afrikane en Afrique du Sud, le 30 mai 2026. ( MARCO LONGARI / AFP )

Patron de ce pub où figure une table de bras de fer "pour régler les histoires", Thomas de Villiers, 31 ans, a un profil fréquent à Orania, celui du revenant.

Parti adulte vers la métropole cosmopolite du Cap après avoir posé ses cartons à 8 ans avec ses parents dans l'enclave, ce membre d'une confrérie de motards a fini par revenir au bercail, poussé par les trajectoires contradictoires du coût exorbitant de la vie là-bas et de ses revenus s'effilochant.

Comme lui, Charlotte van Niekerk, 22 ans, a choisi de revenir s'installer à Orania, au moment de quitter le foyer familial. Elle y avait vécu avec ses parents de ses 4 à 14 ans, avant qu'ils ne déménagent dans des fermes isolées.

"Beaucoup de jeunes avaient hâte d'avoir 18 ans pour enfin partir d'ici", raconte à l'AFP cette marketeuse aux airs de Taylor Swift. "Mais c'est drôle, parce que souvent, ils reviennent après quelques années, quand ils se rendent compte que ce n'est pas si génial dehors."

Si le cinéma lui manque le plus, l'arrivée d'étudiants a rajeuni la bourgade. "Ca a élargi les horizons", estime-t-elle. "Car il y avait beaucoup moins de jeunes avant."

Réinvention du phalanstère en version identitaire afrikaner, Orania a créé en 2019 un établissement de formation supérieure technique.

Une croix de lumière rouge orne la façade de la maison d'habitants de l'enclave afrikaner d'Orania en Afrique du Sud, le 28 janvier 2026.
Une croix de lumière rouge orne la façade de la maison d'habitants de l'enclave afrikaner d'Orania en Afrique du Sud, le 28 janvier 2026. ( CAMILLA RICHETTI / AFP )

Presque tous originaires du reste du pays, ses 250 étudiants sont cooptés, comme toute cette communauté fermée, sur des critères ethnique et religieux, le goût du travail, et leurs antécédents judiciaires sont validés.

Orania vise 800 étudiants dans quatre ans, explique à l'AFP son porte-parole Joost Strydom en montrant des dortoirs en construction.

Peu ont vocation à rester. Le marché du travail demeure étriqué dans ce coin isolé: la première grande ville aux alentours, Hopetown, 10.000 habitants, pointe à 40 km. En attendant, ils dépensent à la station de carburant, à la supérette ou au Stokkies.

Pêche et motocross

Les rues pavillonnaires d'Orania tracées dans des plaines arides ne frappent pas comme la destination rêvée d'étudiants.

Des étudiants, dont Divan van Westhuizen avec une béquille, sur le balcon du dortoir Steenbok dans l'enclave afrikaner d'Orania en Afrique du Sud, le 29 janvier 2026.
Des étudiants, dont Divan van Westhuizen avec une béquille, sur le balcon du dortoir Steenbok dans l'enclave afrikaner d'Orania en Afrique du Sud, le 29 janvier 2026. ( CAMILLA RICHETTI / AFP )

"Ca dépend de chacun", concède David Loock, 21 ans. "La vie sociale est assez différente de Pretoria, Johannesburg et du Cap." Sa candidature n'a pas été retenue dans la ville étudiante de Stellenbosch, voisine du Cap où il vivait.

"La pêche, c'est notre truc, ce qu'on fait pendant notre temps libre", décrit-il. Photo à l'appui, une amie vante l'énorme poisson-chat tiré du fleuve Orange en contrebas. La canne à pêche est, avec la motocross, le principal passe-temps.

Venu aussi d'une grande ville, Johannesburg, Divan van der Westhuizen, 19 ans, apprécie l'atmosphère.

"Ca a été un grand changement pour moi qui venais d'un endroit où on est mélangés avec beaucoup de monde", explique ce moustachu en short et chemisette typiques des Boers. "Ca m'a fait du bien de retrouver les miens, les Afrikaners."

"On est la majorité ici"

Une habitante d'Orania, Cara Tomlinson, hisse le drapeau de l'ancienne République sud-africaine au cimetière construit sur les lieux d'un camp de concentration de la guerre anglo-boer à Doornbult, près d'Orania, le 30 mai 2026.
Une habitante d'Orania, Cara Tomlinson, hisse le drapeau de l'ancienne République sud-africaine au cimetière construit sur les lieux d'un camp de concentration de la guerre anglo-boer à Doornbult, près d'Orania, le 30 mai 2026. ( MARCO LONGARI / AFP )

Faire d'Orania un phénomène représentatif serait un raccourci. Ses habitants ne représentent qu'une infime fraction des Afrikaners, estimés à environ 2,6 millions des 62 millions d'habitants de l'Afrique du Sud en 2022.

Voir ce modèle séduire des jeunes n'est cependant pas si étonnant. La droite MAGA trumpiste aux Etats-Unis comme les partis d'extrême droite européens ont enregistré des percées dans cet électorat dernièrement en attisant ou répondant à la peur du "grand remplacement".

Le fait minoritaire est une réalité depuis toujours pour les Afrikaners. Sauf que le pays a longtemps été régi par des dirigeants issus de cette frange de la population, en particulier sous le régime raciste et ségrégationniste de l'apartheid.

Doret Le Cornu, 23 ans et ayant emménagé il y a trois ans à Orania pose devant une croix dans cette enclave afrikaner de la province du Cap septentrional en Afrique du Sud, le 29 janvier 2026.
Doret Le Cornu, 23 ans et ayant emménagé il y a trois ans à Orania pose devant une croix dans cette enclave afrikaner de la province du Cap septentrional en Afrique du Sud, le 29 janvier 2026. ( CAMILLA RICHETTI / AFP )

C'est au moment de son démantèlement progressif au croisement des années 1980 et 1990 qu'Orania a été fondé, en 1991.

"A partir de ce moment, c'est devenu comme une grande nation arc-en-ciel. Dans nos têtes, on savait que ça ne devait pas se passer comme ça", explique Doret Le Cornu, 23 ans dont trois passés à Orania. "On est la majorité ici, sans crainte d'une population plus importante autour de nous."

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
Actions les plus vues

Classement des actions les plus vues, pour la période du jeudi 28 mai 2026 au mercredi 03 juin 2026, des marchés Euronext Paris, Bruxelles, Amsterdam, Growth Paris, NASDAQ et NYSE sur le site et l'application Bourse Direct.

SUR LE MÊME SUJET
Publié le 29/05/2026

( Hector RETAMAL / AFP )Le rappeur américain Kanye West, dont les concerts ont été interdits dans plusieurs salles européennes en raison de propos antisémites controversés, pourrait se…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 04/06/2026

La Bourse de Paris a terminé la séance en repli, dans un contexte toujours marqué par les incertitudes entourant la situation au Moyen-Orient. Si les investisseurs continuent d'espérer une issue…

Publié le 04/06/2026

La Bourse de New York a terminé dans le rouge mercredi, reprenant son souffle après plusieurs records consécutifs et subissant à nouveau l’effet de l’impasse géopolitique persistante au…

Publié le 04/06/2026

La Commission européenne a adopté une proposition visant à neutraliser l'impact des dernières mesures de Bâle sur les fonds propres jusqu'en 2030...

Publié le 04/06/2026

(Zonebourse.com) - Le groupe hôtelier souhaite poursuivre son expansion en Inde avec un projet de 350 chambres dans l'un des principaux pôles d'affaires de la capitale financière du pays.IHG Hotels…

Publié le 04/06/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l’analyse d’Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l’actualité.

L'ouverture de votre compte Bourse Direct est gratuite et s'effectue en ligne en quelques minutes.

Dans le cas d'un transfert de compte, Bourse Direct prend en charge 100% de vos frais, à hauteur de 200 € par compte.