Mayane, d'Un p'tit truc en plus à influenceuse @trisomiquemaispasque
Sur TikTok, Mayane est @trisomiquemaispasque. C'est son mantra, sur les réseaux sociaux, comme dans la vie. "Je fais plein d'autres choses": du cinéma, Danse avec les stars, des tutos maquillage ou cuisine. Et elle ne s'interdit rien.
Révélée dans Un p'tit truc en plus d'Artus et ses 10 millions d'entrées, elle a ensuite enchaîné avec des rôles dans des séries comme HPI ou Jusqu'ici tout va bien. Et son compte TikTok a commencé à exploser.
Elle y parle un peu de sa trisomie 21, qui est pour elle "une différence, pas une maladie" et "ne doit pas faire peur". Elle y réclame aussi plus d'AESH, ces accompagnants des élèves en situation de handicap, un métier longtemps exercé par sa mère. Et finit ses vidéos par: "l'inclusion, c'est maintenant".
Mais l'essentiel de ses publications est consacré à la danse, à des tutos maquillage, des essayages ou des recettes de cuisine comme les nems, sa préférée.
Une influenceuse lambda en somme, ouverte aux collaborations commerciales, suivie par près de 355.000 abonnés et engrangeant plus de 8 millions de likes.
Pourtant, quand elle est née, les médecins ont dit à ses parents: "elle ne marchera pas avant six ans", "ne sera pas propre avant sept", "ne sera jamais autonome", raconte sa mère Sandrine Thevenon dans "Mayane, de l'ombre à la lumière", paru il y a un an aux éditions HarperCollins.
A 21 mois, elle marche. A quatre ans, elle commence la danse classique. Et quand on la regardait avec insistance dans la rue, sa mère lui disait: "c'est parce que tu as une belle robe" ou "parce que tu es belle". Son enfance est aussi marquée par le décès prématuré de son père.
Aujourd'hui , Mayane-Sarah El Baze a 22 ans, est titulaire de deux CAP en vannerie et en couture décoration. Elle vit toujours dans l'appartement familial à Villeurbanne, n'est pas totalement autonome mais réussit depuis peu à faire un plat seule de A à Z - les pâtes à la sauce - et enchaîne les plateaux où elle s'efforce de briser sa timidité naturelle.
"ouvrir des portes"
Les commentaires sont ultrapositifs dans leur majorité: "c'est de la bienveillance. Je donne beaucoup de joie aux gens et je les inspire", glisse-t-elle à l'AFP dans sa chambre, où un gros coeur sur sa couette côtoie des peluches bleues de Stitch et les souvenirs photos de ses tournages.
Le ton sur TikTok est toutefois monté d'un cran lorsqu'elle est arrivée en demi-finale de Danse avec les stars en binôme avec Christophe Licata, devenu pour elle un "grand frère".
"Un jour, il y en a une qui l'a traitée de trisomique de luxe, ça l'a faite rire. Elle s'en fout quand il y a des trucs négatifs", raconte sa mère qui a arrêté de travailler pour l'accompagner.
Si tout semble facile, comme quand elle grimpe avec adresse le redoutable flipper de Fort Boyard, il y a toujours les rendez-vous hebdomadaires chez l'orthophoniste. Et elle-même reconnaît que les personnes trisomiques sont parfois "plus lentes" et qu'"il faut nous booster, très souvent".
"Sa démarche correspond à tous les jeunes d'aujourd'hui, elle est complètement dans les standards: elle s'exprime comme les autres sur ses sentiments, ses passions, ses obstacles et ça permet en même temps de sensibiliser à certaines problématiques", analyse Sonia Ahehehinnou, présidente adjointe de l'Unapei, l'union des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis.
Si beaucoup de personnes porteuses de handicap moteur partagent leur quotidien sur les réseaux sociaux, c'est plus rare pour le handicap mental. "On les entend moins, ils sont plus invisibles et invisibilisés", ajoute Sonia Ahehehinnou, qui suit aussi sur TikTok Valentin Delêtre, qui parle de son autisme, lutte contre les stéréotypes de genre mais surtout danse et chante très joyeusement.
Mayane, elle, rêve désormais de faire du mannequinat et passer le code de la route. Dernièrement, elle a tourné dans Joséphine, ange gardien avec Mimie Mathy et attend la sortie d'un court-métrage avec Rufus.
Sa mère, aimerait qu'on lui propose des rôles sans trisomie, tout en ajoutant: "moi je veux l'emmener nulle part, son rôle c'est d'ouvrir des portes pour les autres".
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