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Vénissieux, bastion communiste dans le viseur de LFI

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Michèle Picard, l'actuelle maire sortante de Vénissieux, le 9 mars 2015, à Vénissieux, dans le Rhône
Michèle Picard, l'actuelle maire sortante de Vénissieux, le 9 mars 2015, à Vénissieux, dans le Rhône ( JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP/Archives )

À Vénissieux, entre le chantier de la nouvelle ligne de tramway et les immeubles flambants neufs, seule une cheminée d'usine en briques se détache dans le ciel voilé, vestige du passé ouvrier d'une ville où l'on a "toujours voté communiste".

Dernier bastion rouge de la banlieue de Lyon, tenu par le parti depuis la Seconde guerre mondiale, Vénissieux est dirigée depuis 2009 par Michèle Picard, qui brigue un nouveau mandat dimanche aux élections municipales.

Au premier tour, elle n'est arrivée qu'avec 269 voix d'avance sur son rival insoumis - et ancien adjoint - Idir Boumertit, avec 28,32% des suffrages contre 25,95% au député.

Depuis, elle s'est alliée avec un autre candidat de gauche, Mokrane Kessi, qui a recueilli 6,05% des voix - et espère faire mentir la tendance nationale à l'effritement du communisme municipal.

Longtemps, à Vénissieux, le bulletin rouge, "c'était la tradition", explique Jeannine, 76 ans, qui a toujours habité la commune, avant d'en déménager il y a deux mois. "On ne se posait même pas la question".

Attablée dans un salon de thé de la ville, elle évoque les "14 bars" qui jalonnaient les rues du centre dans les années 1970 et les ouvriers spécialisés qui partaient le matin travailler chez Renault.

Aujourd'hui, elle ne "reconnaît plus" son quartier d'enfance de la rue Jules-Ferry, avec ses petites maisons détruites pour "mettre des immeubles" avec des logements "qu'on ne peut même pas se payer...".

- "Du changement" -

Un employé vérifie un poster de campagne électorale de Fabien Roussel, alors candidat du PCF à l'élection présidentielle, le 21 janvier 2022 à Vénissieux, dans le Rhône
Un employé vérifie un poster de campagne électorale de Fabien Roussel, alors candidat du PCF à l'élection présidentielle, le 21 janvier 2022 à Vénissieux, dans le Rhône ( JEFF PACHOUD / AFP/Archives )

"La population communiste a vieilli", avance Mohammed, 60 ans, à la table voisine.

Avec les nouvelles barres d'immeubles, ce Vénissian observe "un changement de population" parmi les 66.701 habitants de la commune, tout en notant la "popularité" dans les quartiers de M. Boumertit, enfant des Minguettes où il a parfois dépassé les 40% des suffrages.

Député depuis 2022, ce professeur de taekwondo suit Jean-Luc Mélenchon au Parti de gauche en 2008 puis à la France insoumise à la création du mouvement.

Les résultats du premier tour "sont bons", se félicite-t-il mardi auprès de l'AFP. "Il y a une demande populaire pour une nouvelle gouvernance à Vénissieux", selon lui. Le scrutin a pourtant été massivement boudé par les habitants, avec seulement 37,06% de participation, 20 points de moins qu'au niveau national.

Devant l'école Le Charréard, Marie, une mère de famille de 31 ans, a voté LFI car elle "veut du changement", déplorant les "logements insalubres" du bailleur social de la ville.

Au détour des rues Auguste Blanqui, Maurice Thorez et Salvador Allende, l'héritage communiste est partout. S'il parle à Manon, 36 ans, pour sa dimension "historique", elle n'est plus convaincue par ce que le parti "représente dans le paysage politique aujourd'hui". Elle aussi a donné sa voix à LFI.

- "Vote Mélenchon" -

La démolition de l’immeuble d’habitation Monmousseau de l'ICF Habitat dans le quartier populaire des Minguettes à Vénissieux, près de Lyon, dans le Rhône, le 2 avril 2021
La démolition de l’immeuble d’habitation Monmousseau de l'ICF Habitat dans le quartier populaire des Minguettes à Vénissieux, près de Lyon, dans le Rhône, le 2 avril 2021 ( PHILIPPE DESMAZES / AFP/Archives )

Le parti communiste français (PCF) est menacé depuis plusieurs années dans ses fiefs historiques. Dans la banlieue de Lyon, il a déjà perdu Vaulx-en-Velin, Pierre-Bénite, Grigny et Givors, passés aux mains du PS, de la droite ou des écologistes.

Ici, comme dans la banlieue parisienne ou dans ses fiefs du Nord, la menace vient désormais de la France insoumise.

À Vénissieux, Michèle Picard estime auprès de l'AFP avoir "bien résisté malgré un contexte national où ils (LFI) ont le vent dans le dos", grâce à son bilan, d'une ville "bien gérée".

Son allié Mokrane Kessi, ancien marcheur de 1983 contre le racisme, estime de son côté que "les gens ont voté Mélenchon, pas Boumertit".

"J'ai grandi et je vis à Vénissieux", s'insurge M. Boumertit. "Je ne suis pas un parachuté". "LFI a des candidats là où il y a une demande populaire sur le territoire", argue-t-il, se défendant de toute ligne "anticommuniste ou antisocialiste".

Dimanche, les habitants de l'agglomération lyonnaise ont glissé deux bulletins dans les urnes: un pour leur maire, et un pour les conseillers à la Métropole de Lyon, véritable siège du pouvoir local.

Et sur ce scrutin, Idir Boumertit a devancé Michèle Picard de près de 4 points.

Pendant 30 heures, LFI et les écologistes à la tête de la Métropole ont négocié un accord pour fusionner les listes dans toute l'agglomération, mais ont buté notamment sur la situation à Vénissieux.

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