Procès libyen en appel: les réquisitions contre Sarkozy et ses coprévenus démarrent
Près de deux mois après l'ouverture du procès en appel des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007, la parole est donnée à partir de lundi après-midi au parquet général pour ses réquisitions.
Pendant deux jours et demi, les trois avocats généraux, Damien Brunet, Rodolphe Juy-Birmann et Sophie Meynard, dérouleront la démonstration de l'accusation, avant de requérir mercredi des peines pour chacun des dix prévenus rejugés depuis le 16 mars dans ce dossier politico-financier explosif.
En première instance, le ministère public avait réclamé que l'ex-président de la République, aujourd'hui âgé de 71 ans, soit reconnu coupable de corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Il avait requis une peine "dissuasive" de sept ans de prison à son encontre, ainsi que 300.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité.
Le prévenu le plus célèbre de France avait finalement été condamné à cinq ans d'emprisonnement ferme, uniquement pour association de malfaiteurs, mais avec un mandat de dépôt assorti d'une exécution provisoire, ce qui lui avait valu de passer 20 jours derrière les barreaux avant d'être libéré sous contrôle judiciaire dans l'attente du procès en appel.
Lors de ce nouveau round judiciaire, celui qui est devenu le premier ex-président de la République (2007-2012) à être incarcéré dans l'Histoire de la République joue sa liberté et son honneur.
Reste à voir si l'accusation, qui s'est montrée moins incisive durant les débats qu'au premier procès, demandera de nouveau de le condamner pour tous les chefs d'accusation pour lesquels il comparaît ou si elle infléchira sa ligne.
Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy est accusé d'avoir, avec ses collaborateurs Brice Hortefeux et Claude Guéant, noué un "pacte de corruption" avec le régime de Mouammar Kadhafi: des fonds occultes pour financer sa campagne, en utilisant les comptes du défunt intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, en échange de contreparties.
Parmi celles-ci, l'examen de la situation pénale du dignitaire Abdallah Senoussi, réclamé par la justice française après sa condamnation par défaut à la perpétuité pour avoir commandité l'attentat du DC-10 d'UTA qui a fait 170 morts en 1989, dont 54 Français.
Depuis le début de sa mise en cause dans ce dossier, M. Sarkozy, qui a été condamné définitivement dans deux autres affaires, clame son innocence. Aussi bien en première instance qu'en appel, il n'a eu de cesse de dire, sur tous les tons, que "pas un centime" d'argent libyen n'avait été retrouvé dans sa campagne électorale.
Défense lézardée
Mais alors qu'au premier procès la défense des prévenus avait présenté un front uni, celle-ci s'est lézardée en appel.
La raison? À la barre, M. Sarkozy a à plusieurs reprises mis en cause la probité de Claude Guéant, empêché d'assister au procès en raison de sérieux problèmes de santé.
Piqué au vif, l'ancien secrétaire général de l'Elysée, aujourd'hui âgé de 81 ans et condamné en première instance à six ans d'emprisonnement, a riposté par procuration en adressant à la cour d'appel deux courriers.
Il y contredit l'ancien chef de l'Etat et évoque en particulier une scène lors d'un dîner à Tripoli en juillet 2007: Nicolas Sarkozy l'aurait fait venir pour que Mouammar Kadhafi lui répète "la préoccupation qu'il venait de lui exprimer concernant Senoussi". "Claude, voyez cela", aurait intimé le président.
Une anecdote inédite qui fragilise la défense de ce dernier, même si Claude Guéant a affirmé que rien n'avait été effectivement entrepris pour gracier ou amnistier Abdallah Senoussi.
A quelques jours de la clôture des débats, l'ex-chef de l'État a abattu ses dernières cartes pour tenter de pilonner l'accusation.
Après avoir exploité une clé USB remise par l'ancienne épouse de Ziad Takieddine, les avocats de Nicolas Sarkozy ont produit des éléments comptables qui attestent selon eux d'un système de rétrocommissions entre l'intermédiaire franco-libanais et la famille Senoussi. "La voilà, la solution de l'énigme!", a lancé l'ex-président devant la cour.
Pas de quoi convaincre les parties civiles. Lors de leurs plaidoiries, les avocats des proches des victimes de l'attentat du DC-10 et d'associations anticorruption ont tour à tour décoché leurs flèches, appelant à "laver la pourriture" de la corruption laissée par les prévenus, fustigeant une "défense de voyous", l'indécence de la mise en scène de son incarcération par Nicolas Sarkozy, ainsi que son livre sur ses 20 jours à la prison de la Santé.
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