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Le 21 avril 2002 de Lionel Jospin, la défaite d'une vie face à Le Pen

| AFP | 117 | Aucun vote sur cette news
Lionel Jospin quitte son QG de campagne, le 21 avril 2002 à Paris
Lionel Jospin quitte son QG de campagne, le 21 avril 2002 à Paris ( Philippe DESMAZES / AFP/Archives )

Dimanche 21 avril 2002. Lionel Jospin, livide, s'exprime devant une France tout aussi hébétée que lui. Tout juste éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen, il se retire de la vie politique et devient le visage de la désillusion de la gauche.

Depuis des semaines, les sondages testent son futur duel avec le président de droite sortant Jacques Chirac. Le Premier ministre socialiste parviendra-t-il à le déloger de l'Elysée?

Cette question n'est pas tranchée, mais sa présence au second tour est acquise aux yeux de tous.

Quelques jours avant le 21 avril, Lionel Jospin est questionné par un journaliste de télévision qui lui demande, juste comme ça, d'imaginer "une minute" qu'il ne passe pas au deuxième tour: pour qui voterait-il alors?

Le socialiste est pris d'un grand éclat de rire. "J'ai une imagination normale, mais tempérée par la raison quand même", dit-il, "ça me paraît assez peu vraisemblable hein, donc on peut passer à la question suivante".

Les dernières enquêtes d'opinion indiquent certes une montée de Jean-Marie Le Pen, le patron du Front national. Des médias soulignent que l'outsider commence à rêver du second tour, fort de la "banalisation" de l'extrême droite.

Mais la marche paraît très haute. Depuis 1969, la gauche participe toujours au second tour de l'élection présidentielle.

A moins d'une heure de l'annonce des résultats, de premières estimations donnent le Front national deuxième. A la télévision, des présentateurs fébriles conseillent aux téléspectateurs de se préparer à une "surprise".

Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen sur le plateau de TF1, à Paris, après le premier tour des élections cantonales, le 10 mars 1985
Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen sur le plateau de TF1, à Paris, après le premier tour des élections cantonales, le 10 mars 1985 ( JOEL ROBINE / AFP/Archives )

A 20H00, l'annonce des résultats sonne la France. Jacques Chirac affrontera Jean-Marie Le Pen.

"une certaine sérénité"

L'épicentre du séisme se situe au QG de campagne de Lionel Jospin.

Des militants éclatent en sanglots, certains poussent des cris déchirants. Quelques-uns s'enlacent pour tenter de se réconforter. D'autres encore, comme le fils de Lionel Jospin, restent tétanisés.

Jean-Marie Le Pen, dont le visage apparaît à l'écran, est hué par les troupes socialistes: "Cochon, collabo", entend-on.

Il faut attendre 22H30 pour que le candidat malheureux prenne la parole. Assommé, le visage fermé, il est applaudi par ses troupes.

"Le résultat du premier tour de l'élection présidentielle, qui vient de tomber, est comme un coup de tonnerre", dit Lionel Jospin, estimant que l'extrême droite au second tour "est un signe très inquiétant pour la France et pour notre démocratie".

"Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche, qui ont rendu possible cette situation, j'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique", annonce le candidat, visiblement ému.

"Non!", lancent certains dans la foule.

Son discours met fin à trente ans d'une carrière tournée toute entière vers le pouvoir. Mais le séisme du 21 avril le dépasse largement.

L'extrême droite au second tour est désormais une réelle possibilité, une leçon formatrice pour le Front national, qui deviendra plus tard Rassemblement national.

Lionel Jospin, Premier ministre démissionnaire, salue le président Jacques Chirac sur le perron de l'Elysée, le 6 mai 2002
Lionel Jospin, Premier ministre démissionnaire, salue le président Jacques Chirac sur le perron de l'Elysée, le 6 mai 2002 ( PATRICK KOVARIK / AFP/Archives )

Tandis que des milliers de manifestants convergent pour exprimer leur "dégoût" face au résultat, la gauche se prépare à glisser, à contre-coeur, un bulletin Chirac au second tour.

Laurent Fabius, alors ministre socialiste, évoque un "coup de massue", le futur président François Hollande une "défaite lourde, injuste et cruelle".

Jean-Luc Mélenchon, futur leader de La France insoumise, est encore au Parti socialiste. Le choc est tel que ce grand fumeur arrête soudainement la cigarette, et plonge dans une déprime.

Ce soir d'avril colle à Lionel Jospin pour le reste de sa vie.

En 2025, invité sur le plateau de C L'Hebdo sur France 5, il laisse paraître une pointe d'agacement quand il est (encore) questionné sur sa grande défaite.

"Je m'en suis remis, progressivement, assez vite. J'ai regretté ce que nous n'avons pas pu faire", dit-il. Tout en assurant, plus de 20 ans après, avoir trouvé "une certaine sérénité".

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