Défenseur des droits: émoi autour de la possible nomination de François-Noël Buffet
Sénateur et ancien ministre accusé d'appartenir à la "droite dure", aux positions "très peu compatibles" avec l'institution: le profil de François-Noël Buffet, pressenti pour devenir le prochain Défenseur des droits, inquiète certains agents de cette autorité indépendante et des associations de la société civile.
La Défenseure des droits Claire Hédon quitte ses fonctions en juillet après un mandat de six ans, non renouvelable.
"L'institution n'a pas vocation à commenter la nomination de la personne qui (lui) succédera", fait valoir à l'AFP une porte-parole du "DDD", autorité administrative créée en 2011, qui veille au respect des droits et libertés.
Mais la piste François-Noël Buffet, 62 ans, ancien ministre auprès de Bruno Retailleau à l'Intérieur et brièvement ministre chargé des Outre-mer, suscite une levée de boucliers.
Une pétition, signée mercredi par près de 12.000 personnes, exhorte le président Emmanuel Macron à "une nomination à la hauteur des responsabilités immenses confiées à cette autorité administrative". Sans jamais mentionner son nom.
"A chaque nomination, il y a toujours comme ça un moment de flottement", rappelle Marie Chaumard, membre du bureau CGT au sein du Défenseur des droits. Mais cette fois, "l'inquiétude est plus palpable", affirme-t-elle, évoquant les "positionnements politiques" de François-Noël Buffet.
Sur "les enjeux migratoires, les contrôles d'identité, les questions LGBT", "l'IVG" ou "le mariage pour tous", le sénateur LR a eu "ces dernières années des positions opposées à celles de l'institution", abonde Paul (prénom modifié), agent du DDD.
Ce sénateur, qui se réclame d'un "gaullisme social", avait manifesté contre la loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe en 2013 et voté contre l'extension de la Procréation médicalement assistée (PMA) en 2020 et 2021.
Il s'est aussi prononcé pour diminuer ou réformer l'Aide médicale d'Etat pour les sans-papiers.
Sollicités par l'AFP, M. Buffet et son entourage n'ont pas souhaité faire de commentaires.
"Tout le monde n'est pas Toubon"
"On peut être de droite ou de gauche et partager" les engagements du Défenseur des droits, ajoute Marie Chaumard, de la CGT, pointant toutefois une "trajectoire de M. Buffet" qui laisse penser que, "potentiellement", il "ne partage pas" certaines de ces "valeurs".
En 2025, l'institution a enregistré un nombre record (165.011) de réclamations, informations et orientations. Le droit des étrangers est le premier motif de saisine.
Le profil de François-Noël Buffet inquiète également la société civile.
Alexandre Schon, coprésident de l'Inter-LGBT, fait part de son "incompréhension totale". "Le Défenseur des droits, c'est un contre-pouvoir essentiel au moment où les discours réactionnaires gagnent du terrain à échelle nationale, européenne et internationale", défend-il.
Vincent Tiberj, professeur à Sciences Po Bordeaux, relève qu'il est "toujours dur de faire un procès a priori sur une personnalité". Mais "tout le monde n'est pas Jacques Toubon", Défenseur des droits entre 2014 et 2020, insiste le sociologue en évoquant "une transformation" de cet ancien ministre de droite. Avant de prendre la tête du DDD, M. Toubon présidait le musée de l'Histoire de l'immigration.
Caroline (prénom modifié), autre employée du Défenseur des droits, s'inquiète de la nomination - M. Buffet ou un autre - "d'une personne qui serait trop proche du pouvoir politique", ce qui "pourrait remettre en cause l'indépendance de l'institution".
"C'est quelqu'un de très affable, de très courtois, de très agréable", glisse à l'AFP une sénatrice de gauche à propos de M. Buffet, "mais surtout quelqu'un d'extrêmement conservateur".
Son association à Bruno Retailleau, incarnation de la droite conservatrice, a aussi fait tiquer bien que de nombreux sénateurs de droite et du centre affirment qu'il ne partage pas entièrement la ligne dure de son chef de parti.
Le président du Sénat Gérard Larcher a défendu, sur TF1, François-Noël Buffet, "un homme très attaché à l'Etat de droit", qui "a toutes les qualités pour exercer cette fonction".
Lors de la nomination d'Emmanuel Moulin à la Banque de France, l'hypothèse d'un supposé accord entre le Sénat et l'Elysée en échange de l'arrivée de François-Noël Buffet au Défenseur des droits avait eu un certain écho dans les rangs de la droite. Mais l'entourage de Gérard Larcher a réfuté toute entente de ce type.
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