Clôture Wall Street : les marchés décrochent dans le sillage du Nasdaq
Les bons chiffres de l'emploi plaident pour un durcissement monétaire...
Séance difficile à Wall Street, ce vendredi, pour l'ensemble des marchés de la place. Les bons chiffres de l'emploi américain pour le mois de mai font remonter les anticipations d'un durcissement monétaire alors que les investisseurs affichent ouvertement une certaine défiance envers le segment technologique.
Dans une 3e séance consécutive de repli, le Nasdaq plonge de -4,18% à 25.709 pts (-5,09% sur la semaine). Le S&P 500 abandonne -2,64% à 7.383 pts (-2,85% sur la semaine glissante). Dans ce contexte très morose, le Dow Jones se montre plutôt résistant, cédant seulement -1,35% pour revenir à 50.866 pts. Les valeurs industrielles américaines cèdent simplement -0,42% sur la semaine.
Les commentaires des géants de l'IA interpellent. Sam Altman, patron d'OpenAI, a précisé cette semaine que les entreprises se préoccupaient de plus en plus des budgets d'IA. Dario Amodei, leader d'Anthropic, en a appelé pour sa part à un ralentissement du rythme des développements dans l'IA, alors que les systèmes s'amélioreraient si rapidement qu'ils pourraient bientôt opérer sans intervention humaine.
Les investisseurs sont donc désormais plus prudents concernant le segment technologique, qui avait notablement surperformé avec en particulier une série haussière historique du compartiment des semi-conducteurs... Broadcom, qui avait décroché de -12,59% jeudi, sur des comptes pourtant solides -une baisse historique pour une grande capitalisation puisque le dossier a effacé un record de 280 Mds$ de valorisation- recule encore de -7,92% ce vendredi, pour revenir à 385,73$. Le titre est accompagné dans sa chute par par AMD (-10,38% à 466,38$), Nvidia (-6,2% à 205,1$) ou encore Micron (-13,25% à 864,01$).
Les marchés surveillent par ailleurs les derniers développements autour de l'introduction en bourse attendue record de SpaceX, qui doit débarquer sur le Nasdaq le 12 juin. L'opération doit se traduire par une levée de fonds de 75 Mds$ sur une valorisation de 1.800 Mds$. Bank of America, JP Morgan ou Morgan Stanley organisent des événements exclusifs pour faire la promotion de cette IPO historique. Goldman Sachs et Morgan Stanley viennent en outre de livrer des estimations de revenus et résultats très optimistes sur le dossier pour le moyen terme. Ombre au tableau, S&P Global a indiqué qu'il n'entendait pas modifier ses règles d'admission dans ses principaux indices, ce qui exclurait une entrée rapide de SpaceX au S&P 500.
Morgan Stanley prévoit que les revenus de SpaceX pourraient s'envoler à 3.400 Mds$ d'ici 2040... pour un Ebitda ajusté de plus de 2.700 Mds$. Cette prévision est largement motivée par une croissance explosive dans le secteur de l'IA. SpaceX a généré 18,7 Mds$ de revenus en 2025. Goldman Sachs prévoit pour sa part que les revenus de SpaceX issus de l'IA seront multipliés par 100 d'ici 2030.
Du côté de la macroéconomie, le rapport sur l'emploi américain du mois de mai 2026 a positivement surpris ce vendredi, d'un strict point de vue économique, mais il ravive les craintes de remontée des taux outre-Atlantique... Les créations d'emplois non agricoles pour le mois sont ressorties au nombre de 172.000, contre 85.000 de consensus FactSet. Le taux de chômage s'est établi conforme aux attentes à 4,3%. Des créations d'emplois ont été observées dans les secteurs des loisirs et de l'hôtellerie, des collectivités locales et de la santé. L'emploi dans les activités financières a diminué. Les créations d'emplois dans le privé se sont affichées à 120.000 en mai, au-dessus des attentes mais de manière moins prononcée que les créations globales. Le taux de participation à la force de travail a été de 61,8%. Le salaire horaire moyen a augmenté de +0,3% d'un mois sur l'autre et de +3,4% sur un an.
La variation de l'emploi total non agricole pour le mois de mars a été révisée à la hausse de 29.000, passant de +185.000 à +214.000, et celle d'avril de 64.000, passant de +115.000 à +179.000. Suite à ces révisions, l'emploi cumulé en mars et avril est supérieur de 93.000 aux chiffres précédemment publiés.
Kevin Hassett, le dirigeant du Conseil économique national américain, assure pourtant ce jour que la Fed ne devrait pas relever ses taux mais au contraire assouplir sa politique... Beth Hammack, patronne de la Fed de Cleveland, n'est pas vraiment de cet avis ce vendredi, jugeant que les taux devraient être maintenus pour l'instant et qu'il pourrait ensuite être approprié d'agir contre l'inflation si les tendances récentes se prolongent.
Selon l'outil CME FedWatch, la probabilité dominante d'ici la fin de l'année (43% environ) est celle d'une hausse des taux de la Fed d'un quart de point qui porterait le taux des 'fed funds' entre 3,75% et 4%.
Le contexte géopolitique demeure tendu. Les Etats-Unis ont démenti les informations selon lesquelles l'Iran aurait attaqué ou tiré sur des navires de guerre américains... La Chambre des représentants a voté la fin des hostilités entre USA et Iran. "Lors d'un vote dénué de sens, la Chambre, avec quatre Républicains et tous les Démocrates, a voté pour limiter mes pouvoirs de guerre, en plein milieu de mes négociations finales pour mettre fin à la guerre avec la République islamique d'Iran. Qui peut commettre un acte aussi antipatriotique ? Ils savent où en sont les négociations. Les Démocrates sont atteints du syndrome de Trump. Ils préféreraient voir notre pays échouer plutôt que de me laisser remporter une nouvelle victoire, parmi tant d'autres. Quant aux quatre Républicains, c'est une autre histoire : ce sont des opportunistes !", a lancé Trump ce jour sur Truth Social.
La situation reste incertaine et le cessez-le-feu fragile, les négociations ne semblant pas pour l'heure porter leurs fruits. Donald Trump affirme pourtant que ces discussions en seraient à leur stade final... L'Iran a affirmé qu'aucun progrès n'avait été réalisé dans les pourparlers avec les Etats-Unis concernant un accord de paix intérimaire, tandis que les combats se poursuivaient au Liban malgré la déclaration de cessez-le-feu par Washington entre Israël et le pays. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré ainsi avant-hier qu'aucun progrès tangible n'avait été constaté dans le processus de négociation.
Les Etats-Unis et l'Iran peinent à finaliser les détails d'un accord qui devrait permettre aux deux parties de prolonger leur trêve de deux mois et à l'Iran de rouvrir le détroit d'Ormuz à la navigation commerciale. Le rejet par le Hezbollah d'un cessez-le-feu entre Israël et le Liban a encore assombri le tableau. Téhéran, allié au Hezbollah, a fait de la cessation des combats au Liban une condition essentielle des négociations de paix avec Washington. Le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, a qualifié d'absurde, humiliant et insultant l'accord négocié par les États-Unis entre Israël et le Liban...
Du côté des pétroles, le baril de WTI redonne -2,83% à 90,3$. Il s'agit d'une nouvelle semaine de repli pour la référence pétrolière américaine, puisque le baril recule de -2,23% (-0,88% la semaine dernière). Le baril de Brent de mer du Nord baisse de -2,44% à 93,03$. Il recule également de -2,44% sur la semaine glissante (-1,41% la semaine précédente).
Le marché des devises est ferme. Le billet vert s'échange 0,868$ contre 1 euro, et reprend +0,99% sur la semaine.
L'once d'or termine la semaine à 4.330$. Elle fond de -3,94% en glissement hebdomadaire. L'once d'argent termine ce vendredi à 67,88$ l'once et dévisse de -11,81% cette semaine.
Le Bitcoin redonne -2,49% ce vendredi, terminant la semaine à 61.655$.
Les valeurs
* CooperCompanies (+8,58% à 67,34$). Le leader des dispositifs médicaux a annoncé ses résultats financiers pour le 2e trimestre fiscal clos fin avril 2026. Le chiffre d'affaires s'élève à 1,082 Md$, en hausse de +8%. Le bénéfice par action dilué GAAP s'est établi à -0,40$ en raison d'une charge liée à un litige visant à régler les réclamations en cours suite au rappel volontaire de produits effectué en décembre 2023 par CooperSurgical. Le bpa ajusté est ressorti à 1,21$, en croissance de +26%.
* Planet Labs PBC (-25,98% à 32,22$). Le fabricant américain de nano-satellites, a publié pour son 1er trimestre une perte ajustée par action de 3 cents, conforme aux attentes, pour des revenus de 94 M$ à comparer aux 66 M$ de l'an dernier. Le groupe relève ses estimations de ventes annuelles entre 425 et 441 M$, évoquant une demande particulièrement forte des clients de la défense et de l'intelligence artificielle. Le backlog a atteint 906 M$, en croissance de +72% en glissement annuel.
* Guidewire (-10% à 136,06$). L'éditeur américain de logiciels et solutions cloud pour l'assurance IARD a publié pour son 3e trimestre fiscal des revenus de 372,5 M£, en augmentation de +27%, pour un bénéfice ajusté par action de 82 cents à comparer aux 55 cents de l'an dernier. Pour son 4e trimestre, le groupe envisage des revenus d'abonnements et de support allant de 259 à 265 M$, ainsi que des revenus totaux de 396 à 406 M$. Le bénéfice opérationnel ajusté est anticipé entre 86 et 96 M$ sur la période. Sur l'exercice, les revenus sont attendus entre 1,46 et 1,47 Md$, pour un bénéfice opérationnel ajusté de 314 à 324 M$. Le cash-flow opérationnel est anticipé entre 365 et 380 M$...
* Lululemon (-8,56% à 114.23$). Le groupe canadien coté à Wall Street, spécialisé dans la création et la commercialisation de vêtements de sport techniques pour hommes et femmes, a revu à la baisse ses prévisions financières, invoquant des difficultés conjoncturelles. Pour le 2e trimestre 2026, Lululemon anticipe un chiffre d'affaires compris entre 2,45 et 2,48 Mds$, alors que Wall Street tablait sur 2,6 Mds$. Le bénéfice ajusté devrait se situer entre 1,76 et 1,81$ (2,7$ de consensus). Pour l'exercice, Lululemon a revu à la baisse ses prévisions de chiffre d'affaires, et le bpa ajusté est maintenant attendu entre 10,95 et 11,15$.
* Docusign (-7,22% à 47,26$). Le géant californien de la signature électronique a publié des comptes supérieurs aux attentes mais une guidance jugée trop légère. Pour son 1er trimestre fiscal, le groupe a affiché un bénéfice ajusté par action de 1,09$ (0,9$ un an avant), tandis que ses revenus ont totalisé 830 M$ (764 M$ un an plus tôt). Pour l'exercice clos fin janvier 2027, les revenus sont attendus entre 3,49 et 3,502 Mds$, en croissance de +9% en milieu de fourchette. La marge opérationnelle ajustée est anticipée entre 30,5 et 31%. Les revenus sur le trimestre entamé sont attendus entre 865 et 869 M$.
* Tesla (-6,56% à 391$). Le groupe d'Elon Musk est sous pression avant l'IPO de SpaceX. JP Morgan a relevé sa recommandation de 'sous-pondérer' à 'neutre', indiquant, de source de marché, que la valeur serait de plus en plus liée à la conduite autonome, à la robotique, à l'IA et aux logiciels plutôt qu'aux résultats à court terme des VE. La banque a relevé son objectif de cours à 475$, citant l'excellente intégration matériel-logiciel de Tesla et son potentiel de croissance à long terme. Cependant, la firme a averti des risques réglementaires, de sécurité et d'exécution.
* Rubrik (-4,66% à 73,41$). Le spécialiste californien de la gestion et de la sécurité des données cloud a annoncé au titre de son 1er trimestre fiscal 2027 une croissance de 39% des revenus à 387 M$ et une augmentation de +41% des revenus d'abonnements. Le bénéfice ajusté par action a été de 16 cents, contre 15 cents de perte ajustée par action un an avant. Sur l'exercice, le groupe envisage désormais un ARR d'abonnements allant de 1,854 à 1,862 Md$, des revenus de 1,638 à 1,648 Md$, ainsi qu'un bénéfice ajusté par action entre 25 et 35 cents. Le free cash-flow de cet exercice 2027 est anticipé entre 293 et 303 M$.
* Samsara (-1,16% à 34,8$). L'acteur californien de l'IA, coté à Wall Street, a publié au titre de son 1er trimestre fiscal 2027 des revenus de 479 M$, en croissance de +31% en glissement annuel et de +29% à devises constantes, pour un bénéfice GAAP par action de 8 cents. Le groupe envisage des revenus de 482 à 484 M$ sur son 2e trimestre fiscal, ainsi que des revenus annuels logés entre 2,005 et 2,013 Mds$ (+24%). Le bénéfice ajusté par action est attendu entre 70 et 72 cents sur l'exercice.
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