Entretien avec Christopher Franquet, PDG d'Entech
À horizon 2026, plusieurs leviers doivent soutenir l'atteinte de notre objectif de marge d'EBITDA de 8 à 10%
Boursier.com : Avec un niveau record de commandes à environ 200 MEUR en 2025 et un backlog de 150 MEUR au 31 décembre, comment Entech se prépare-t-elle opérationnellement pour absorber cette montée en charge ?
C.F. : Cette montée en charge se prépare avant tout par l'anticipation. Le niveau de prises de commandes atteint en 2025 nous offre une visibilité nettement supérieure à celle dont nous disposions par le passé, ce qui nous permet de planifier plus efficacement nos ressources humaines, nos approvisionnements et nos capacités d'exécution. Dans cette perspective, nous avons renforcé nos équipes sur les fonctions clés, structuré davantage nos processus de gestion de projets et poursuivi la montée en puissance de notre organisation opérationnelle ainsi que de nos bureaux d'études. Nous nous appuyons également sur des partenariats solides, notamment avec de grands acteurs comme Eiffage Énergie Systèmes, qui nous permettent d'aborder des projets de plus grande envergure dans de bonnes conditions d'exécution. Enfin, nous accordons une attention particulière à la sécurisation de notre supply chain, à la standardisation de certaines briques techniques et à la maîtrise du besoin en fonds de roulement. L'enjeu n'est pas simplement d'absorber davantage de volume, mais de le faire en maintenant le même niveau d'exigence en matière de qualité, de délais et de rentabilité.
Boursier.com : La marge brute est passée de 36,3% à 30,5% entre 2024 et 2025, sous l'effet du poids croissant d'Entech Construction dans le mix d'activités. À horizon 2026, avec un objectif de marge d'EBITDA de 8 à 10%, quels sont les principaux leviers d'amélioration de la rentabilité que vous entendez actionner ?
C.F. : La baisse de la marge brute entre 2024 et 2025 n'est pas un signal négatif en soi, puisqu'en parallèle notre EBITDA progresse grâce à une structure de coûts qui devient plus efficace avec la croissance du groupe. Nos coûts de main-d'oeuvre et nos frais fixes augmentent moins vite que l'activité, ce qui nous permet d'améliorer notre rentabilité finale malgré une marge brute plus faible, notamment sous l'effet du poids croissant d'Entech Construction dans le mix. À horizon 2026, plusieurs leviers doivent soutenir l'atteinte de notre objectif de marge d'EBITDA de 8 à 10%. Le premier est l'effet volume, avec une meilleure absorption des coûts fixes à mesure que le chiffre d'affaires progresse, en particulier sur des projets de plus grande taille qui rendent notre structure plus efficiente. Le deuxième levier repose sur une plus grande sélectivité commerciale : nous voulons privilégier les projets sur lesquels nous apportons une forte valeur ajoutée, notamment ceux intégrant du stockage, du pilotage énergétique et notre intelligence logicielle. Enfin, nous poursuivons un travail continu d'excellence opérationnelle à travers l'amélioration de la gestion de projet, des approvisionnements, du dimensionnement technique et du retour d'expérience chantier. L'objectif 2026 repose donc sur une combinaison de croissance maîtrisée, de discipline commerciale et d'efficacité opérationnelle.
Boursier.com : Entech Energy & Services est encore en phase d'amorçage avec seulement 220 kEUR de revenus en 2025. Quelles sont les étapes clés et le calendrier précis pour que cette filiale devienne un contributeur significatif au chiffre d'affaires et à la rentabilité du groupe, conformément au plan 2029 ?
C.F. : 2025 correspond à une phase de lancement, donc il n'est pas surprenant que la contribution au chiffre d'affaires soit encore limitée. La priorité, dans un premier temps, consiste à sécuriser le portefeuille de projets, finaliser les développements, structurer les SPV et obtenir les conditions de financement permettant le passage en construction. Ensuite, à partir de 2026 et surtout 2027, l'enjeu sera la mise en service progressive des premiers actifs, qui marquera le véritable début de la contribution récurrente au groupe. Notre trajectoire est donc très claire : 2025 et 2026 sont des années de constitution et de structuration du portefeuille ; 2027 doit être l'année des premières contributions significatives ; puis 2028 et 2029 doivent permettre un changement d'échelle, avec un parc en exploitation ou en construction de plus de 350 MW. C'est une activité plus longue à faire émerger que l'EPC, mais aussi beaucoup plus contributive en EBITDA une fois les actifs en service.
Boursier.com : Les partenariats avec Eiffage Énergie Systèmes, EDF, TotalEnergies ou encore Primeo Energie témoignent d'une stratégie active de co-développement. Ces alliances traduisent-elles une volonté de rester un acteur de niche spécialisé dans le stockage et le pilotage, ou ambitionne-t-on à terme de monter davantage dans la chaîne de valeur de la production d'énergie renouvelable ?
C.F. : Notre positionnement reste très clair : nous voulons capitaliser sur nos savoir-faire différenciants, en particulier dans le stockage, le pilotage et l'optimisation des systèmes énergétiques. C'est là que se situe aujourd'hui notre avantage compétitif, et c'est ce qui explique que de grands acteurs nous choisissent comme partenaire. Nous n'avons pas vocation à devenir un acteur généraliste de la production renouvelable. En revanche, nous avons l'ambition de remonter de manière sélective dans la chaîne de valeur lorsque cela a du sens, notamment via la détention d'actifs et le co-développement. Autrement dit, nous voulons rester spécialisés, mais avec davantage de profondeur dans notre modèle. Cela signifie être capables non seulement de concevoir et construire, mais aussi de co-développer, investir et exploiter certains actifs lorsque les conditions de création de valeur sont réunies. Cette montée dans la chaîne de valeur se fera donc de façon ciblée, disciplinée et toujours en cohérence avec notre ADN technologique.
Boursier.com : Le plan 2029 prévoit un chiffre d'affaires supérieur à 300 MEUR et un parc propre de plus de 350 MW d'actifs. Compte tenu de l'émission obligataire de 15 MEUR réalisée en 2025 et de la hausse de l'endettement financier, comment Entech envisage-t-elle de financer cette trajectoire ambitieuse sans diluer excessivement ses actionnaires ?
C.F. : Il faut distinguer les besoins de financement de nos activités EPC de ceux liés au développement d'actifs détenus en propre. Sur les activités EPC, nous avons aujourd'hui une structure de financement qui nous donne de la visibilité, avec une très bonne maîtrise du BFR. S'agissant des actifs propres, le modèle de financement est différent : il repose naturellement sur des SPV, un recours important à la dette de projet et des logiques de co-investissement. Notre objectif est justement de mobiliser au maximum ces leviers pour limiter l'appel au capital au niveau du groupe. Nous resterons donc très attentifs à la création de valeur par action et à la discipline de financement. Si des ouvertures de capital devaient intervenir, elles auraient vocation à se faire prioritairement au niveau des projets ou de la filiale concernée, Entech Energy & Services, de manière ciblée, afin d'éviter toute dilution des actionnaires d'Entech.
Les informations et conseils rédigés par la rédaction de Boursier.com sont réalisés à partir des meilleures sources, même si la société Boursier.com ne peut en garantir l'exhaustivité ni la fiabilité. Ces contenus n'ont aucune valeur contractuelle et ne constituent en aucun cas une offre de vente ou une sollicitation d'achat de valeurs mobilières ou d'instruments financiers. La responsabilité de la société Boursier.com et/ou de ses dirigeants et salariés ne saurait être engagée en cas d'erreur, d'omission ou d'investissement inopportun.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote