Wall Street : TSMC en renfort
Suffisant ou pas ?
Wall Street s'affiche en légère hausse en première tendance avant bourse ce jeudi avec TSMC, malgré l'incertitude géopolitique persistante. Le S&P 500 reprend 0,1% et le Nasdaq gagne 0,2%, tandis que le Dow Jones se stabilise un peu plus péniblement. Hier, la cote américaine a connu une faiblesse assez significative avec ses valeurs technologiques et financières, alors que la saison des publications d'entreprises vient de débuter. Ce jeudi, les bons comptes du colosse taïwanais Taiwan Semi semblent pour l'instant rassurer. D'autres publications marquantes seront à suivre avant l'ouverture, avec notamment Morgan Stanley, Goldman Sachs, BlackRock (...).
Les dernières attaques visant le président de la Fed, Jerome Powell, ont suscité l'émoi parmi ses pairs. Ainsi, plusieurs anciens dirigeants de la Réserve fédérale, secrétaires au Trésor et économistes ont réagi, suite aux menaces de poursuites pénales proférées par le ministère de la Justice. L'enquête pénale annoncée visant le président de la Fed constitue "une tentative sans précédent d'instrumentaliser les poursuites judiciaires pour saper l'indépendance de la banque centrale", selon un communiqué signé par les anciens présidents de la Fed, Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan, ainsi que par quatre anciens secrétaires au Trésor ayant servi sous des présidents républicains aussi bien que démocrates. Le directeur général de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, a lui aussi exprimé ses préoccupations. "Tout le monde que nous connaissons croit à l'indépendance de la Fed", a-t-il expliqué mardi, après la publication des résultats trimestriels de la banque, jugeant que "tout ce qui affaiblit ce principe n'est probablement pas une bonne idée". Il a également prévenu que cela pourrait "faire remonter les anticipations d'inflation et, à terme, pousser les taux d'intérêt à la hausse".
Powell a révélé dimanche que le ministère américain de la Justice avait notifié à la banque centrale des citations à comparaître devant un grand jury, menaçant de poursuites pénales en lien avec son témoignage devant le Sénat américain à propos des rénovations du siège de la banque centrale. Powell a laissé entendre que cette action était moins liée à son témoignage qu'à un désaccord sur les taux d'intérêt. Dans une déclaration, il a souligné qu'il s'agissait d'une action sans précédent qui devait être replacée dans le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par l'administration.
"La menace de poursuites pénales est une conséquence directe du fait que la Fed fixe les taux d'intérêt en se basant sur sa meilleure évaluation de ce qui est le mieux servi par le public, plutôt que de suivre les préférences du Président", selon Powell. "Il s'agit de savoir si la Fed sera en mesure de continuer à fixer les taux d'intérêt en fonction des données probantes et de la conjoncture économique, ou si, au contraire, la politique monétaire sera dictée par des pressions politiques ou des intimidations", a ajouté le dirigeant, sortant ainsi de sa réserve habituelle. Le président de la Fed a défendu par ailleurs son bilan, soulignant qu'il avait travaillé à la Fed sous des administrations démocrates et républicaines et qu'il avait toujours fondé ses décisions exclusivement sur le double objectif de la banque centrale, à savoir le plein emploi et la stabilité des prix. "Cette nouvelle menace ne concerne pas mon audition en juin dernier, ni les rénovations des bâtiments de la Réserve fédérale", a indiqué Powell, jugeant qu'il s'agissait là de prétextes... Selon plusieurs sources de médias anglo-saxons, l'entourage du président américain se serait tout de même inquiété de l'impact que pourrait avoir sur les marchés une enquête sur Powell.
Trump a de nouveau pris pour cible mardi le président de la Fed. "Cet abruti sera bientôt parti", a-t-il affirmé lors d'un déplacement dans le Michigan, devant le Detroit Economic Club. Ces déclarations faisaient suite à d'autres critiques formulées plus tôt dans la journée à Washington. Interrogé devant la Maison Blanche sur l'impact d'une enquête visant Powell, Trump a accusé ce dernier d'être soit "incompétent", soit "corrompu". Le président républicain faisait référence aux dépassements de coûts liés à rénovation du siège de la Fed, un chantier de plusieurs milliards au coeur de la procédure menée par le département de Justice. "Il dépasse le budget de plusieurs milliards de dollars", a déclaré le locataire de la Maison Blanche, avant d'ajouter : "Je ne sais pas ce qu'il est, mais il ne fait certainement pas du très bon travail". Le président reproche également à la Fed de maintenir des taux d'intérêt trop élevés, freinant selon lui la croissance économique.
Selon l'outil CME FedWatch, la probabilité d'un statu quo monétaire lors de la prochaine réunion de la Fed le 28 janvier se situe à 95%. La 'proba' la plus élevée pour la fin de l'année 2026 (32,6%) se situe dans une fourchette de 3 à 3,25% sur les taux, ce qui traduirait une baisse de taux d'un demi-point. Le nom du successeur de Jerome Powell à la tête de la Fed pourrait bien être dévoilé dans les prochains jours par Donald Trump, malgré les tensions actuelles. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, qui s'exprimait la semaine dernière devant l'Economic Club du Minnesota, a laissé entendre que Trump devrait annoncer sa décision d'ici quelques jours - en tout état de cause en janvier - concernant la succession de Powell. Ainsi, la décision serait révélée avant ou après le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, programmé du 19 au 23 janvier. "Nous en sommes toujours à quatre candidats", a déclaré le secrétaire au Trésor. Les candidats retenus sont, rappelons-le, le président du Conseil économique national américain Kevin Hassett, l'ancien membre du conseil des gouverneurs Kevin Warsh, le directeur des investissements 'fixed income' de BlackRock, Rick Rieder, et le gouverneur Christopher Waller. Le mandat de Powell prend fin en mai 2026.
Anna Paulson, Stephen Miran, Raphael Bostic, Neel Kashkari et John Williams de la Fed, intervenaient hier. La présidente de la Fed de Philadelphie, Anna Paulson, a réaffirmé qu'elle entrevoyait une marge de manoeuvre pour de nouvelles baisses de taux d'intérêt plus tard cette année, après que les dernières données sur l'inflation ont confirmé son optimisme prudent. Le gouverneur Miran, nommé par Trump, a indiqué pour sa part que si les banques centrales ne tenaient pas compte de l'impact de la déréglementation, leurs politiques seraient trop rigides, ce qui freinerait inutilement la croissance. La dérégulation constitue selon lui un choc positif sur l'offre et la productivité, ce qui accroît la capacité de l'économie et apaiserait également les pressions sur les prix... Bostic, président de la Fed d'Atlanta, a estimé que la réaction de Powell à l'enquête était très franche. Il a indiqué que la Fed était encore assez loin de l'objectif d'inflation et qu'une posture restrictive sur les taux était donc encore nécessaire. Kashkari, président de la Réserve fédérale de Minneapolis, a défendu l'indépendance de la banque centrale et a déclaré que la personne que Trump choisirait pour occuper le poste de prochain président de la banque centrale devrait présenter ses meilleurs arguments en faveur des taux d'intérêt pour persuader les autres décideurs politiques. Il a aussi noté les signes de faiblesse du marché du travail et l'inflation trop élevée, mais qui tendrait vers la bonne direction.
Ce jeudi, les opérateurs surveilleront les inscriptions hebdomadaires au chômage, les ventes de détail, l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie, celui de la Fed de New York, mais aussi les prix à l'import et à l'export. Thomas Barkin, Michael Barr et Raphael Bostic de la Fed interviendront. Enfin, demain, les chiffres de la production industrielle et l'indice du marché immobilier seront connus, tandis que Michelle Bowman et Philip Jefferson de la Fed donneront leurs avis.
Sur le front géopolitique, outre le Venezuela et le Groenland, c'est donc l'Iran qui préoccupe désormais. Trump a déclaré hier que la figure de l'opposition iranienne Reza Pahlavi lui semblait très sympathique, tout en exprimant des doutes quant sa capacité à rassembler pour prendre le pouvoir. Dans une interview accordée à Reuters dans le Bureau ovale, le président américain s'est exprimé sur l'Iran, le conflit ukrainien et l'enquête visant Powell. Concernant l'Iran, il a estimé qu'il existait une possibilité de voir le régime s'effondrer. Trump a menacé plusieurs fois d'intervenir pour soutenir les manifestants, suite à la récente répression sanglante, mais il s'est donc montré réticent hier à soutenir Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran renversé en 1979 qui essaie de s'imposer en leader de la contestation... Trump a aussi déclaré hier qu'il ne prévoyait pas de limoger Jerome Powell, ajoutant qu'il serait trop tôt pour dire ce qu'il ferait.
Hier soir, les opérateurs ont aussi pris connaissance du Livre Beige économique de la Fed, résumé des conditions régionales récentes, qui a montré une croissance légère à modérée de l'économie américaine malgré les tarifs douaniers.
Dans l'actualité des entreprises à Wall Street, TSMC, Morgan Stanley, Goldman Sachs, BlackRock, Infosys, J.B. Hunt et First Horizon, publient aujourd'hui leurs derniers comptes. PNC, State Street, M&T Bank, Wipro ou Regions Financial, annonceront demain.
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