Wall Street : Trump envisage la fin des déficits, une croissance de 15% et un emploi "vraiment bon"
Cent dollars et un Mars
Wall Street persiste dans le vert avant bourse ce mercredi. S&P 500 et Dow Jones sont attendus en hausse de 0,1%, contre une stabilité du Nasdaq. Les opérateurs suivront aujourd'hui le rapport sur l'emploi américain de janvier, alors que pendant ce temps, les publications trimestrielles se poursuivent avec notamment Ford, Robinhood ou Gilead. Cisco annoncera après bourse ce soir. Sur le Nymex, le baril de brut WTI prend 1,5% à 64,9$. L'once d'or fin gagne 0,7% à 5.063$. L'indice dollar régresse de 0,3% face à un panier de devises. Le bitcoin fléchit sous les 67.000$, toujours très incertain après la récente purge.
Le rapport gouvernemental sur l'emploi américain de janvier 2026, qui avait été reporté du fait du bref 'shutdown' récent, sera dévoilé ce mercredi (14h30, consensus FactSet 75.000 créations de postes pour 4,4% de chômage). Le président du Conseil économique national des États-Unis, Kevin Hassett, a précisé que la baisse des chiffres de l'emploi ne devrait pas provoquer la panique. Le conseiller commercial principal de Trump, Peter Navarro, a lui aussi évoqué le sujet hier sur Fox Business, mettant l'accent sur la question de l'immigration. "Nous devons revoir à la baisse nos prévisions concernant les créations d'emplois mensuelles", a affirmé le responsable, suggérant que 50.000 créations d'emplois suffiraient à suivre la croissance démographique. "Wall Street devra tenir compte du fait que nous expulsons des millions d'immigrants sans papiers du marché du travail", a-t-il ajouté... Donald Trump a quant à lui sa vision des choses, puisqu'il a affirmé hier que les chiffres américains de l'emploi restaient "vraiment bons".
Rappelons que la dernière étude de la firme Challenger, Gray & Christmas sur les annonces de licenciements aux États-Unis pour le mois de janvier 2026, publiée il y a quelques jours, est ressortie plus que préoccupante. Les employeurs américains ont annoncé 108.435 suppressions d'emplois en janvier, soit une hausse de 118% par rapport aux 49.795 suppressions annoncées en janvier de l'année précédente, d'après Challenger. Ces chiffres marquent une augmentation de 205% par rapport aux 35.553 suppressions d'emplois annoncées en décembre, selon un rapport publié ce jeudi par le cabinet international de reclassement et de coaching de dirigeants.
Le total de janvier est le plus élevé pour ce mois depuis 2009, année où 241.749 suppressions d'emplois avaient été annoncées. Il s'agit également du total mensuel le plus élevé depuis octobre 2025, où 153.074 suppressions d'emplois avaient été enregistrées. "Généralement, nous constatons un nombre élevé de suppressions d'emplois au premier trimestre, mais le total enregistré pour le mois de janvier est particulièrement élevé. Cela signifie que la plupart de ces plans ont été établis à la fin de 2025, ce qui indique que les employeurs sont peu optimistes quant aux perspectives pour 2026", a déclaré Andy Challenger, expert en milieu de travail et directeur des revenus chez Challenger, Gray & Christmas.
Le rapport JOLTS du Département américain au Travail concernant les ouvertures de postes aux États-Unis pour le mois de décembre 2025, publié lui aussi tout récemment, a fait ressortir 6,542 millions d'ouvertures, ce qui ressortait très inférieur au consensus de place, voisin quant à lui de 7,25 millions.
Enfin, selon le dernier rapport d'ADP sur la question, les créations de postes dans le privé aux États-Unis pour le mois de janvier 2026 se sont établies au nombre de 22.000, contre un consensus de place de 45.000 et une lecture révisée à 37.000 pour le mois antérieur. Dans un contexte de faible activité d'embauche en 2025, le secteur de la santé s'est distingué en créant 74.000 emplois. Le ralentissement a été principalement dû au secteur manufacturier, qui a perdu des emplois chaque mois depuis mars 2024, aux services professionnels et aux entreprises, ainsi qu'aux grandes entreprises. "La création d'emplois a reculé en 2025, le secteur privé ayant créé 398.000 emplois, contre 771.000 en 2024. Malgré un ralentissement continu et marqué de la création d'emplois ces trois dernières années, la croissance des salaires est restée stable", ajoute Nela Richardson, cheffe économiste d'ADP.
Le rapport hebdomadaire du Département américain à l'Energie sur les stocks pétroliers domestiques sera communiqué à 16h30 ce jour. Jeffrey Schmid, Michelle Bowman et Beth Hammack de la Fed, prendront la parole dans la journée.
Donald Trump a affirmé sur Fox Business que les États-Unis devraient avoir "les taux d'intérêt les plus bas du monde". Le président a affirmé à Larry Kudlow que l'actuel patron de la Fed Jerome Powell était "tellement mauvais" et que les taux devraient être réduits de deux points de pourcentage ! Rappelons que Trump a officialisé la désignation de l'ancien gouverneur Kevin Warsh, qui prendra la succession de Powell. Trump a lié les taux d'intérêt aux dépenses d'intérêts du gouvernement, affirmant que des variations de quelques points pouvaient avoir un impact considérable sur les finances fédérales. "Chaque point représente 600 milliards de dollars", a déclaré Trump. "Il suffirait d'une baisse de deux points pour que le déficit disparaisse", a-t-il affirmé...
Mieux encore, Trump soutient qu'avec Warsh, l'économie américaine pourrait progresser au rythme de 15% ! "Si Warsh fait le travail dont il est capable, alors nous pouvons atteindre une croissance de 15%, voire plus", a donc lancé Trump à Larry Kudlow, ancien conseiller principal de sa première administration, sur Fox Business. "Je pense qu'il sera excellent, c'est une personne de grande qualité". Bloomberg rappelle quant même que l'économie américaine, dont la croissance est estimée à 2,4% cette année, a progressé à un taux annuel moyen de 2,8% au cours des cinquante dernières années. La croissance du PIB n'a dépassé les 15% qu'à de rares occasions depuis les années 1950, notamment au troisième trimestre 2020, lors de la réouverture post-pandémique, note l'agence. Bloomberg rappelle que lors de la recherche d'un nouveau président de la Fed, Trump avait indiqué souhaiter un candidat favorable à une baisse des taux. Le président américain parie donc sur la capacité de Warsh, si sa nomination est confirmée, à dynamiser l'économie avant les élections de mi-mandat. La confirmation de Warsh par le Sénat pourrait cependant être retardée. Bloomberg indique que le sénateur Thom Tillis s'est engagé à bloquer toute nomination à la tête de la Fed tant que l'administration Trump poursuivra l'enquête visant Powell et la rénovation du bâtiment de la Fed.
Demain, les investisseurs suivront les inscriptions hebdomadaires au chômage et les reventes de logements existants. Enfin, vendredi, ils prendront connaissance de l'indice des prix à la consommation de janvier (consensus +0,3% d'un mois sur l'autre et +2,5% sur un an, +0,3% et +2,5% également hors alimentation et énergie).
Dans l'actualité des entreprises à Wall Street cette semaine, les publications trimestrielles se poursuivent. Gilead Sciences, Robinhood, Cloudflare et Ford Motor publiaient hier soir. Cisco, McDonald's, T-Mobile US, Shopify, Southern Copper, Applovin, Williams Companies, Equinix, Hilton Worldwide, Kraft Heinz, Humana, GlobalFoundries et Motorola Solutions, dévoilent leurs chiffres ce mercredi. Applied Materials, Arista Networks, Anheuser-Busch Inbev, Vertex, Airbnb, Zoetis, Coinbase, Ingersoll Rand, Expedia ou PG&E, publient jeudi. Moderna annonce vendredi.
Les valeurs
Gilead Sciences, géant américain des biotechnologies, a publié hier soir pour son 4e trimestre fiscal un bénéfice de 2,18 milliards de dollars et un bénéfice ajusté par action de 1,86$, supérieur au consensus, pour des revenus de 7,93 milliards de dollars (+5%) également au-dessus des attentes. Sur le 4e trimestre, le groupe a généré 3,3 milliards de dollars de cash flow opérationnel. Sur l'exercice, les revenus ont augmenté de 2% à 29,4 milliards de dollars, pour un bpa ajusté de 8,15$. Le concepteur de traitements HIV et de l'hépatite C table, pour l'exercice entamé, sur un bénéfice ajusté par action allant de 8,45 à 8,85$, des ventes produits allant de 29,6 à 30 milliards de dollars et des ventes de 600 millions de dollars liées au traitement du covid-19 Veklury.
Ford Motor n'a pas vraiment enthousiasmé hier soir, à Wall Street. Le constructeur automobile du Michigan a annoncé un bénéfice ajusté par action de 13 cents, inférieur au consensus de marché, pour des revenus automobiles de 42,4 milliards de dollars, en ligne mais sans plus avec les estimations des brokers. Les revenus totaux du trimestre ont atteint 45,9 milliards de dollars, portant le chiffre d'affaires annuel à 187,3 milliards de dollars - un niveau record. Il s'agit pour Ford de la cinquième année consécutive de croissance des ventes. Du côté de la rentabilité, les choses sont plus compliquées. Le groupe déplore une perte nette de 11,1 milliards de dollars sur le 4e trimestre et de 8,2 milliards de dollars sur l'exercice, avec de lourds éléments exceptionnels. L'Ebit ajusté ressort à 1 milliard de dollars sur le trimestre et 6,8 milliards de dollars pour l'exercice.
Le cash flow opérationnel annuel a tout de même été de 21,3 milliards de dollars, tandis que le free cash flow ajusté a représenté 3,5 milliards. Les prévisions 2026 font ressortir un Ebit ajusté attendu entre 8 et 10 milliards de dollars, un FCF ajusté prévu entre 5 et 6 milliards, ainsi que des dépenses de capitaux allant de 9,5 à 10,5 milliards de dollars. "Ford a réalisé une excellente année 2025 dans un contexte dynamique et souvent volatil", a relativisé Jim Farley, directeur général du groupe. "À l'avenir, nous continuerons de bâtir sur ces solides fondations pour atteindre notre objectif de marge d'Ebit ajustée de 8% d'ici 2029".
Robinhood, la plateforme américaine de courtage, a publié pour son 4e trimestre un bénéfice ajusté par action de 66 cents et des revenus inférieurs aux attentes, à 1,28 milliard de dollars (+27%). Les revenus de transactions ont augmenté de 15% à 776 millions de dollars, mais les revenus sur le segment cryptomonnaies ont chuté de 38% à 221 millions de dollars. Le revenu net d'intérêt a progressé de 39% à 411 millions. Le bénéfice net a atteint 605 millions de dollars, contre 916 millions sur la période correspondante de l'an dernier. L'Ebitda ajusté a progressé de 24% à 761 millions de dollars. Les dépôts nets ont été de 15,9 milliards de dollars. Le nombre des abonnés "Gold" a grimpé de 58% à 4,2 millions. Sur l'ensemble de l'exercice, les revenus se sont appréciés de 52% à 4,5 milliards, pour un bénéfice net de 1,9 milliard. L'Ebitda ajusté annuel s'est amélioré de 76% à 2,5 milliards. Vlad Tenev, PDG de Robinhood, explique que la vision du groupe n'a pas changé, avec l'intention de bâtir "la SuperApp financière".
Welltower, le groupe américain de placement immobilier qui investit dans les infrastructures de soins de santé et logements pour personnes âgées, a annoncé pour son 4e trimestre des revenus en vive augmentation de 41% à 3,18 milliards de dollars, au-dessus des anticipations de marché, pour un niveau de FFO (fonds provenant des opérations) de 1,03 milliard de dollars ou 1,45$ par action, également supérieur aux attentes. Le bénéfice net a représenté 96 millions de dollars ou 14 cents par action. Sur l'exercice, les revenus ont atteint 10,84 milliards de dollars pour un FFO de 3,6 milliards de dollars. Le FFO annuel par action est attendu entre 6,09 et 6,25$. Le groupe envisage également 3,5 milliards de dollars de cessions cette année.
Cloudflare, leader dans le domaine du cloud de connectivité, bondit avant bourse à Wall Street. Le groupe a affiché un 4e trimestre solide, réalisant sur la période des revenus de 614,5 millions de dollars, en croissance de 34%. Le bénéfice ajusté par action est ressorti à 28 cents, au-dessus des anticipations d'analystes. La perte nette s'est réduite à 12 millions de dollars. Le groupe a annoncé des revenus annuels de 2,17 milliards de dollars (+30%) pour une perte nette de 102 millions. Sur le 1er trimestre fiscal juste entamé, les revenus sont attendus entre 620 et 621 millions de dollars, pour un bpa ajusté de 23 cents. Sur l'exercice 2026, les revenus sont anticipés entre 2,79 et 2,80 milliards de dollars, pour un bpa ajusté allant de 1,11 à 1,12$. Les services cloud du groupe profitent en effet de la forte demande provenant de l'intelligence artificielle.
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