Wall Street corrige lourdement, avant une nouvelle série de résultats
Prudence de rigueur, en attendant Alphabet, Amazon et les chiffres de l'emploi
Wall Street s'affiche en forte baisse avant bourse ce lundi, le Dow Jones cédant 0,5%, le S&P 500 0,7% et le Nasdaq 1,1%, alors que les opérateurs redoublent de prudence suite à la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed, et alors qu'est attendue cette semaine une nouvelle série de publications financières trimestrielles comprenant notamment AMD, Alphabet ou Amazon. La correction se poursuit pour l'once d'or fin, en forte baisse sur les 4.600$, ainsi que l'argent qui revient sur les 78$, sur une décision de l'opérateur CME Group de relever les exigences de marge sur les contrats à terme. Le bitcoin, qui craint l'austérité potentielle de Warsh, fléchit sous les 77.000$.
Les investisseurs ne semblent pas convaincus par le choix de Trump, qui a officialisé vendredi la nomination de l'ancien gouverneur de la banque centrale, Kevin Warsh, à la tête de la Fed. Ce dernier prendra ses fonctions à l'expiration du mandat de Jerome Powell... "Je connais Kevin depuis longtemps et je suis convaincu qu'il restera dans les annales comme l'un des plus grands présidents de la Fed, peut-être même le meilleur. Par-dessus tout, il a toutes les qualités requises et il ne vous décevra jamais", a lancé Trump sur son réseau Truth Social. Warsh, en tant qu'ancien gouverneur, maîtrise les rouages de la Fed. Il avait été nommé gouverneur de la banque centrale par George W. Bush et avait exercé ses fonctions de 2006 à 2011. Durant la crise financière de 2008, il était l'interlocuteur privilégié de Ben Bernanke, alors patron de la Fed, auprès de Wall Street. Avant de rejoindre la Fed, Warsh était conseiller spécial de Bush pour la politique économique et secrétaire exécutif au Conseil économique national. Il a également travaillé dans le domaine des fusions-acquisitions chez Morgan Stanley.
Warsh avait déjà rencontré Trump pour le poste de président de la Fed il y a huit ans, mais l'actuel locataire de la Maison Blanche avait finalement opté pour Jerome Powell - choix qu'il semble avoir depuis regretté si l'on considère les attaques récurrentes visant "Too Late" Powell et sa politique monétaire jugée trop dure et inadaptée. Sur la liste des quatre candidats qui avaient été présélectionnés cette fois, il est probable que le gouverneur Christopher Waller, le responsable des investissements fixed income de BlackRock, Rick Rieder, ou bien encore le directeur du Conseil économique national Kevin Hassett, auraient proposé des politiques monétaires plus... généreuses. Le choix très conventionnel de Trump surprend donc quelque peu, alors qu'il n'a pas caché sa volonté de voir les taux baisser très significativement.
Kevin Warsh s'est montré critique l'an dernier vis-à-vis de la Fed et de ses craintes de stagflation, jugeant que la banque centrale sous-estimait le rôle de l'intelligence artificielle dans la stimulation de la productivité et la réduction de l'inflation. Ainsi, le futur nouveau patron de la banque centrale entend bien baisser les taux d'intérêt comme attendu, mais peut-être pas autant que les marchés ou Trump ne l'espèrent. De plus, il a prôné par le passé une certaine rigueur concernant la gestion du bilan de la Fed, ce qui ne milite pas pour des mesures monétaires "de style QE" (assouplissements monétaires quantitatifs). Warsh avait aussi directement critiqué Powell pour ses choix malavisés et notamment son incapacité à anticiper la persistance de l'inflation post-pandémique - la fameuse "inflation transitoire"... Warsh réfute néanmoins l'idée que l'inflation soit causée par une croissance économique trop rapide et des salaires trop élevés. Il soutient plutôt qu'elle découle de dépenses publiques excessives et d'une création monétaire trop importante. Le futur dirigeant de la Fed apparaît donc mesuré dans ses positions, et rien n'indique qu'il pourrait plaider pour une baisse agressive des taux comme Trump le juge nécessaire.
Warsh a également déclaré que la Fed devrait considérer les droits de douane comme des variations de prix ponctuelles, un avis partagé par l'administration Trump et certains membres de la Fed. Il juge que la politique de la Fed pourrait freiner l'économie et qu'une récession immobilière est actuellement en cours. Il considère que les taux d'intérêt devraient être plus bas, mais aussi que le bilan de la Fed devrait être réduit.
Selon l'outil CME FedWatch, la probabilité d'un nouveau statu quo monétaire le 18 mars à l'issue de la prochaine réunion FOMC de la Fed se situe à 85,2%. Le même outil montre toujours l'anticipation d'environ deux baisses de taux d'un quart de point cette année.
Sur le front économique, les opérateurs suivront ce lundi l'indice PMI manufacturier final américain de janvier (15h45, consensus FactSet de 49,5), ainsi que l'ISM manufacturier de janvier (16h, consensus 48,9).
Le rapport JOLTS sur les ouvertures de postes aux États-Unis pour le mois de décembre sera communiqué à 16 heures demain (consensus 7,2 millions). Mercredi, les investisseurs suivront le rapport d'ADP sur l'emploi privé de janvier (consensus 45.000 créations de postes), l'indice PMI composite final (consensus Bloomberg 52,8 avec un indice des services attendu à 52,5), ainsi que l'ISM des services de janvier (consensus FactSet 53,8). La semaine se terminera en beauté, vendredi, avec le rapport gouvernemental mensuel sur la situation de l'emploi de janvier (consensus FactSet 80.000 créations de postes non-agricoles, 4,4% de chômage, 75.000 créations dans le privé), ainsi que l'indice préliminaire du sentiment des consommateurs américains de l'Université du Michigan pour février (consensus 54,2).
Les interventions de responsables de la Fed seront relativement nombreuses cette semaine, avec dès aujourd'hui Raphael Bostic, puis demain Thomas Barkin. Lisa Cook prendra la parole mercredi, Raphael Bostic jeudi et Philip Jefferson vendredi.
Dans l'actualité des entreprises à Wall Street, Tyson Foods et Idexx publient leurs comptes avant bourse ce lundi, tandis que Palantir, Teradyne et NXP Semiconductors annoncent après la clôture. Archer-Daniels, PayPal, PepsiCo, WW. Grainger, Marathon Petroleum, Illinois Tool Works, Transdigm, Eaton, Pfizer ou Merck, dévoilent leurs derniers chiffres avant bourse demain, tandis que Prudential Financial, Take-Two Interactive, Electronic Arts, Chipotle Mexican Grill, Suncor, Mondelez, Emerson Electric, Chubb, Amgen ou AMD, publient après bourse.
Du côté des "Magnificent Seven", Alphabet et Amazon seront en vedette respectivement mercredi et jeudi soir. Eli Lilly, AbbVie, Uber, Qualcomm, Boston Scientific, Arm Holdings, CME Group et McKesson, annoncent également mercredi, tandis que ConocoPhillips, Bristol-Myers Squibb, KKR, Intercontinental Exchange, Barrick Mining, Cummins, Cigna, Roblox, Cardinal Health, Reddit ou Thomson Reuters, publient jeudi. Philip Morris International et Biogen annonceront enfin vendredi.
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