La Banque de Norvège première en Europe à relever son taux depuis la guerre au Moyen-Orient
La Banque de Norvège a annoncé jeudi une hausse de 0,25 point de son taux directeur, porté à 4,25%, devenant la première banque centrale en Europe à resserrer sa politique monétaire depuis le début de la guerre au Moyen-Orient qui risque, selon elle, d'alimenter une inflation déjà trop élevée.
Les frappes israélo-américaines déclenchées le 28 février contre l'Iran ont conduit Téhéran à bloquer l'important détroit d'Ormuz, provoquant une flambée du cours des hydrocarbures et rendant, par ricochet, les banques centrales nerveuses face aux risques de poussées inflationnistes.
"La hausse des prix est trop élevée et se situe au-dessus de l'objectif depuis plusieurs années", a noté la gouverneure de la banque centrale norvégienne, Ida Wolden Bache, lors d'une conférence de presse.
Dans une Norvège prospère, notamment grâce à sa manne pétrolière, l'inflation reste obstinément élevée: en mars, l'inflation sous-jacente, indicateur préféré de la banque centrale, s'élevait à 3,0%, au-dessus de l'objectif officiel de politique monétaire qui est d'environ 2%.
A cela s'ajoute désormais le risque de contagion que l'envolée du cours du pétrole provoquée par la guerre au Moyen-Orient pourrait avoir sur le prix des produits importés, a souligné la banque centrale.
Environ un cinquième des hydrocarbures mondiales transitent en temps de paix par le détroit d'Ormuz, dont le blocage impacte aussi le prix d'autres matières premières comme les engrais et l'aluminium.
"La hausse des prix de l'énergie et d'autres matières premières peut se répercuter sur les prix d'autres produits ici et contribuer à maintenir l'inflation à un niveau élevé", a fait valoir Mme Wolden Bache.
Les espoirs d'un retour à la paix ont fait refluer les cours -le baril de Brent est repassé sous les 100 dollars jeudi-, mais la situation reste fragile.
Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran se poursuit.
Banques centrales sur leurs gardes
Cette situation précaire conduit les banques centrales à être sur leurs gardes, prêtes à dégainer de nouvelles hausses des taux en cas de signes de poussées inflationnistes, alors que la tendance était jusqu'alors au relâchement monétaire.
Fin avril, la Banque centrale européenne (BCE), qui lutte elle aussi contre une inflation trop élevée, a dit vouloir se donner "six semaines" pour mieux jauger l'impact du conflit sur les prix et la croissance, suggérant ainsi qu'une hausse de ses taux est envisageable en juin.
En Australie, la banque centrale a relevé son taux mardi, invoquant la "forte hausse des prix du carburant" qui alimente l'inflation.
"Si nous estimons nécessaire de relever les taux d'intérêt, ce n'est pas seulement à cause de la guerre au Moyen-Orient et de la hausse des prix du pétrole et d'autres matières premières", a précisé Mme Wolden Bache jeudi, en citant les importantes augmentations salariales de ces dernières années parmi les autres facteurs.
La Banque de Norvège laisse la porte ouverte à un resserrement monétaire dans les mois à venir: la trajectoire de ses taux estimés place le taux directeur à un niveau compris entre 4,25 et 4,50% à la fin de l'année.
En Suède voisine, la banque centrale a de son côté laissé son taux directeur inchangé jeudi, à 1,75%, estimant que ce niveau lui laissait "une bonne marge de manoeuvre", notamment si la guerre au Moyen-Orient devait continuer.
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