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De TotalEnergies à Shell, les compagnies européennes raflent la mise

| AFP | 100 | Aucun vote sur cette news
Une raffinerie TotalEnergies à Gonfreville-L’Orcher, près du Havre en Normandie, le 23 avril 2026
Une raffinerie TotalEnergies à Gonfreville-L’Orcher, près du Havre en Normandie, le 23 avril 2026 ( Lou BENOIST / AFP/Archives )

Les compagnies pétrogazières européennes ont dégagé d'énormes profits au 1er trimestre, profitant de la volatilité des cours provoquée par la guerre au Moyen-Orient, ce qui a relancé de Londres à Paris les appels à taxer ces bénéfices exceptionnels.

Shell a fermé jeudi la saison des résultats des +majors+ en annonçant un bénéfice net de près de 5,7 milliards de dollars (environ 4,8 milliards d'euros), en augmentation de 19% par rapport au premier trimestre 2025.

Le groupe explique avoir bénéficié de prix plus élevés et de "marges de raffinage accrues", ainsi que d'"une contribution plus élevée des activités de négoce".

Dans des conditions similaires, sa concurrente britannique BP a présenté fin avril un bénéfice en forte hausse, à 3,84 milliards de dollars (3,28 milliards d'euros) tandis que les profits de TotalEnergies ont bondi de 51% à 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros).

A l'inverse, les compagnies américaines ExxonMobil et Chevron ont vu leurs bénéfices reculer, pénalisées par des effets de calendrier défavorables --un décalage entre la vente des produits et leur livraison, dans le cadre des marchés des dérivés.

La guerre contre l'Iran lancée fin février par les Etats-Unis et Israël a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, provoquant une chute brutale de l'approvisionnement et une flambée des prix.

Le baril de Brent, référence mondiale, valait en moyenne près de 100 dollars en mars, contre 70 avant les hostilités, avec des pointes à 120 dollars.

Une configuration particulièrement favorable aux européennes BP, Shell et TotalEnergies, dotées de puissantes activités de négoce (ou trading) --contrairement à leurs concurrentes américaines ExxonMobil et Chevron, plus dépendantes de leur activité de production.

"Profits monstrueux"-

Shell a annoncé un bénéfice net de près de 5,7 milliards de dollars
Shell a annoncé un bénéfice net de près de 5,7 milliards de dollars ( Ben STANSALL / AFP )

"BP, Shell et Total ont profité à la fois de la hausse des prix et de la turbulence elle-même", a indiqué à l'AFP Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management.

De Londres à Paris, ces résultats ont ravivé les appels à taxer les superprofits pétroliers, comme après la guerre en Ukraine en 2022.

"Une fois de plus, les géants des combustibles fossiles empochent des profits monstrueux", a déploré dans un communiqué Danny Gross, de l'ONG Friends of the Earth, appelant à "renforcer la taxe exceptionnelle sur ces profits".

Au Royaume-Uni, les compagnies pétrolières opérant en mer du Nord restent soumises à "l'Energy profits levy" (prélèvement sur les bénéfices énergétiques), une taxe exceptionnelle introduite en 2022, plusieurs fois reconduite et augmentée.

Elle est aujourd'hui fixée à 38% des bénéfices jusqu'en 2030 et s'ajoute aux 40% de taxes déjà en vigueur sur le secteur --mais elle ne concerne que les bénéfices tirés de la production pétro-gazière au Royaume-Uni.

L'envolée des bénéfices de Shell et BP a relancé les appels à augmenter ces prélèvements, le ministre de l'Energie Ed Miliband fustigeant des "profits excessifs".

De son côté, le président français Emmanuel Macron plaide pour une réponse européenne en cas de bénéfices exceptionnels excessifs des compagnies énergétiques ou de "comportements spéculatifs".

- Nouveaux projets

Selon les analystes interrogés par l'AFP, les compagnies devraient encore enregistrer de solides profits au 2e trimestre.

Même si "les tensions se détendent" avec l'hypothèse d'une réouverture du détroit d'Ormuz, "les marchés ne reviennent pas à la normale du jour au lendemain", estime Stephen Innes.

"Je ne pense pas que ce conflit se résoudra aussi facilement, ce qui soutiendra les prix", déclare à l'AFP Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’université d’Oxford.

De quoi stimuler de nouveaux projets de pétrole et le gaz, comme l'envisage TotalEnergies, pour des champs de petite envergure, capables de produire rapidement.

Pour Stephen Innes, les entreprises préféreront se tourner vers des projets à bas coût plutôt que de se ruer "aveuglément" dans l'expansion massive.

BP et Shell ont, ces dernières années, revu en baisse plusieurs de leur objectifs climatiques, au profit du pétrole et du gaz. Plus récemment, TotalEnergies a annoncé qu'il ne pouvait plus s'engager sur son objectif de neutralité carbone en 2050 en soulignant que le monde n'était pas encore prêt à se passer de pétrole.

Mais le conflit a remis en lumière le rôle des énergies renouvelables dans la sécurité énergétique: "cela n’a échappé à aucune capitale dans le monde", souligne Adi Imsirovic.

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