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Au procès des réseaux sociaux, le patron d'Instagram se défend de nourrir l'addiction des jeunes

| AFP | 96 | Aucun vote sur cette news
Le patron d'Instagram Adam Mosseri quitte le tribunal civil de Los Angeles où il vient de témoigner, le 11 février 2026
Le patron d'Instagram Adam Mosseri quitte le tribunal civil de Los Angeles où il vient de témoigner, le 11 février 2026 ( Apu GOMES / AFP )

Le patron d'Instagram Adam Mosseri, premier dirigeant de la Silicon Valley à témoigner au procès de Google et Meta, a rejeté mercredi la notion d'addiction aux réseaux sociaux, préférant parler d'"utilisation problématique", le vocable maison.

"C'est important de différencier l'addiction clinique et un usage problématique", a soutenu le quadragénaire, en réponse à une question de l'avocat de la plaignante, Mark Lanier, au 3e jour des débats.

Son interrogatoire, qui a duré une journée entière, n'a pas produit de révélations mais a servi de répétition grandeur nature avant le témoignage de son patron, Mark Zuckerberg, attendu le 18 février.

Les débats, prévus jusqu'au 20 mars, doivent aider les 12 jurés d'un tribunal civil de Los Angeles à déterminer si les responsables de Google et Meta, via leurs filiales respectives YouTube et Instagram, ont sciemment conçu leurs plateformes pour favoriser une consommation irraisonnée des jeunes internautes, au détriment de leur santé mentale.

Le dossier se concentre sur le cas de Kaley G.M, Californienne aujourd'hui âgée de 20 ans, qui a débuté une utilisation façon intensive de YouTube à 6 ans, avant Instagram, puis TikTok et Snapchat.

Son dossier a été choisi pour tester la résolution de milliers de plaintes similaires accusant les réseaux sociaux d'être responsable d'une épidémie de dépression, anxiété, anorexie, voire de suicides chez les jeunes.

"Je suis sûr que j'ai dû dire que j'étais accro à une série Netflix que j'ai regardée jusque tard", a élaboré Adam Mosseri, "mais je ne pense pas que ce soit la même chose qu'une addiction clinique".

En contrepoint, Mark Lanier lui a fait reconnaître qu'il n'avait pas de diplôme de médecine ou psychologie pour se prononcer.

La veille, l'accusation avait fait témoigner la psychiatre Anne Lembke pour expliquer au jury comment les réseaux sociaux pouvaient constituer la "drogue d'entrée" des jeunes, programmant leur cortex préfrontal encore immature vers des comportements addictifs.

"Je n'ai jamais prétendu pouvoir diagnostiquer une addiction clinique", a rétorqué Adam Mosseri, admettant qu'il avait, par le passé, "utilisé le terme de façon trop désinvolte", notamment dans un podcast en 2020.

Sur le banc du public, des mères d'adolescents qui se sont suicidés retenaient visiblement leur colère, après avoir campé toute la nuit sous la pluie devant le tribunal pour s'assurer d'avoir une place.

Profits et protection

"L'Instagram sur lequel Kayle s'est inscrite", à 11 ans, "était très différent et présentait beaucoup moins de risques à l'époque car c'était une application plus petite", centrée sur les photos et avec beaucoup moins d'options", a avancé Adam Mosseri, à la tête de l'application depuis 2018.

Interrogé sur l'éventuel dilemme entre le bien-être des utilisateurs et les profits, dont dépend la majeure partie de sa rémunération, il a estimé que "la protection des mineurs (avait) aussi un effet positif sur l'activité et les bénéfices".

"Nous gagnons moins d'argent avec les adolescents", car il clique peu sur les publicités, a encore argué le dirigeant

En face, l'avocat de Kaley a tenté, en vain, de lui faire admettre qu'il y avait peut-être une intention de fidéliser les jeunes le plus tôt possible.

"J'essaie toujours de voir à long terme", a répété le New-Yorkais d'origine, assurant veiller "à maximiser les avantages et à minimiser les inconvénients".

Sa rémunération, a-t-il reconnu, est plus corrélée aux revenus de la plateforme qu'à son salaire annuel de 900.000 euros par an, via des compensations en action pouvant atteindre 10 à 20 millions d'euros par an.

Confronté aux boucles de mails internes, Adam Mosseri a défendu la décision de Mark Zuckerberg, en 2020, d'autoriser les filtres de chirurgie esthétique dans Instagram, en dépit de la vive opposition d'autres dirigeants, alertant sur leurs effets dévastateurs sur les jeunes filles.

Le logo d'Instagram est montré sur un écran à Austin, Etats-Unis, le 18 septembre 2024
Le logo d'Instagram est montré sur un écran à Austin, Etats-Unis, le 18 septembre 2024 ( Brandon Bell / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP )

A l'inverse, d'autres cadres mettaient en avant la nécessité de les rétablir pour ne pas perdre de parts de marché, en pleine compétition naissante avec TikTok.

Le cœur du procès ne porte pas sur le danger posé par les vidéos hébergées par les plateformes, dont la responsabilité sur les contenus est très restreinte aux yeux de la loi américaine.

Ce sont les algorithmes et les fonctions de personnalisation, accusés d'encourager le visionnage compulsif, qui valent ce procès à Meta ainsi qu'à YouTube, dont le patron Neal Mohan doit témoigner le 19 février.

TikTok et Snapchat, également poursuivis, ont préféré signer un accord confidentiel avant le procès.

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