Marchés : les stratèges très confiants sur les actions européennes pour la fin d'année
Trop confiants ?
L'optimisme est de rigueur chez les stratégistes. Selon l'enquête mensuelle de 'Bloomberg' menée auprès de 16 experts de marchés, le Stoxx Europe 600 devrait terminer l'année à 670 points, soit en progression de 5% par rapport à la clôture de mercredi. Il s'agit de la perspective la plus optimiste enregistrée dans le cadre de cette enquête depuis 2018, précise l'agence.
Ce sondage témoigne de la conviction des analystes que la forte croissance des bénéfices et la vague de dépenses publiques neutraliseront les effets néfastes de la flambée des prix du pétrole, laquelle avait récemment provoqué un recul des actions européennes. Panmure Liberum conserve sa position d'acteur le plus optimiste du panel, prédisant une hausse de 10% de l'indice de référence d'ici la fin de l'année. Deka Bank a relevé son objectif à 671 points, tandis qu'aucune révision à la baisse n'a été enregistrée. Société Générale reste la plus prudente avec une prévision maintenue à 600 pts.
"Un retour à la baisse des prix de l'énergie apporterait un soulagement bienvenu au marché boursier européen, mais il existe d'autres catalyseurs potentiellement positifs", explique à l'agence Duncan Toms, stratégiste multi-actifs chez HSBC Holdings. Il évoque l'amélioration des données macroéconomiques et les retombées positives qui en découlent. "La poursuite de cette tendance, conjuguée à une nouvelle saison de résultats solide au troisième trimestre, pourrait permettre à la région d'afficher à nouveau de bonnes performances d'ici la fin de l'année", ajoute-t-il. Le stratégiste maintient un objectif de 670 points depuis janvier.
Les actions européennes ont subi des pressions au cours du mois dernier en raison de la forte hausse des prix du pétrole et du gaz, liée au conflit non résolu impliquant l'Iran. L'indice Stoxx 600 a reculé de 2,7% par rapport à son pic d'août. Le détroit d'Ormuz reste concrètement fermé, et une nouvelle intensification du conflit a pesé sur le moral des investisseurs. Le cours du pétrole brut Brent se maintient au-dessus de 100 dollars le baril, alimentant les craintes inflationnistes et renforçant la probabilité de hausses de taux de la part des banques centrales. La Banque centrale européenne a adopté une position plus ferme après avoir relevé ses taux ce mois-ci, et le marché des swaps anticipe trois nouvelles hausses d'ici juin. Quant à la Banque d'Angleterre, le marché a quasiment intégré quatre hausses de taux d'ici juillet prochain, alors que l'institution a maintenu ses taux inchangés jeudi.
"Parmi les autres risques figurent le débouclage des positions très concentrées sur le secteur de l'IA, les élections de mi-mandat aux États-Unis, le regain de tensions douanières et la situation du gaz en Europe, dont les stocks sont faibles", affirme Roland Kaloyan, stratégiste chez Société Générale. "L'ensemble de ces facteurs pourrait entraîner une nouvelle hausse de la prime de risque sur les actions".
Dans l'ensemble, bien que le mois de septembre ait été marqué par une volatilité accrue, sous l'effet conjugué de la hausse des prix du pétrole, d'une politique monétaire plus restrictive des Banques centrales et d'une saisonnalité défavorable, l'optimisme à l'égard de la région demeure. Plus important encore, les perspectives de croissance des bénéfices sont prometteuses. Le contexte macroéconomique reste solide, tant au niveau régional que mondial, porté par des surprises économiques positives et une expansion de l'activité manufacturière. Les mesures de relance budgétaire, notamment en Allemagne, commencent également à produire leurs effets, souligne 'Bloomberg'. Les analystes continuent ainsi de relever leurs prévisions de bénéfices ; l'indicateur de Citigroup mesurant les révisions de bénéfices pour la région se maintient en territoire positif depuis 20 semaines consécutives, soit la plus longue série observée en cinq ans. Selon les données compilées par 'Bloomberg Intelligence', les profits des entreprises de l'indice Stoxx 600 devraient bondir de 15% en 2026, une progression inédite depuis quatre ans, suivis d'une nouvelle hausse de 9,7% en 2027.
"Nous conservons une vision constructive sur les actions européennes jusqu'à la mi-2027, soutenue par une solide croissance du bénéfice par action (BPA), tout en reconnaissant les risques croissants liés à la géopolitique et aux taux d'intérêt qui pèsent sur l'amélioration cyclique récente des tendances macroéconomiques et des résultats des entreprises", souligne Beata Manthey, responsable de la stratégie actions européennes chez Citi.
A noter que cette vision positive vient légèrement contredire le moindre optimisme des gestionnaires d'actifs pour la région. Selon l'enquête mensuelle de Bank of America publiée plus tôt cette semaine, un solde net de 39% des gestionnaires de fonds européens anticipe une hausse des actions sur le Vieux continent dans les mois à venir, contre 53% en août.
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