Marchés : demande historique pour une adjudication d'obligations japonaises à 20 ans
Une demande près de six fois supérieure à l'offre !
Le Japon est bien de retour sur le marché obligataire mondial. Dernier exemple en date, l'adjudication d'obligations d'État nippones à 20 ans, qui s'est tenue ce mardi, a suscité une demande record, signe que les rendements élevés commencent à attirer à nouveau les investisseurs nationaux sur le marché. Le ratio de couverture s'est établi à 5,84, contre 4,01 lors de la précédente adjudication et une moyenne de 3,73 sur les 12 derniers mois. En réaction, le rendement de cette échéance a reculé de 6 points de base pour atteindre 3,710%, tandis que le rendement des obligations à 30 ans a baissé de 5 points de base.
Les rendements des obligations d'État japonaises à très long terme ont récemment atteint des niveaux inédits depuis plusieurs décennies. Ce mouvement s'inscrit dans un contexte de vente massive d'obligations à l'échelle mondiale, alimentée par les tensions croissantes au Moyen-Orient et la hausse des cours du pétrole, qui ont exacerbé les craintes liées à l'inflation et à la situation budgétaire. Plus tôt ce mois-ci, le rendement des obligations nippones à 20 ans a grimpé à des niveaux qui n'avaient pas été observés depuis le milieu des années 1990, tandis que le rendement des obligations à 30 ans a atteint un sommet historique.
"Les obligations d'État japonaises redeviennent un investissement attractif", explique à 'Bloomberg' Masahiko Loo, stratège senior spécialisé dans les titres à revenu fixe chez State Street Investment Management. "L'état d'esprit évolue progressivement : on passe de la prudence extrême, éviter d'acheter un actif en pleine chute, à une logique consistant à "être rémunéré pour patienter" ; une tendance de plus en plus visible sur les marchés obligataires mondiaux", ajoute-t-il.
La hausse des rendements reflète des inquiétudes persistantes concernant la situation budgétaire du Japon. Les investisseurs s'interrogent en effet sur la manière dont la Première ministre Sanae Takaichi compte financer la réduction de la taxe sur la consommation, qu'elle a prévue pour les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées, sans alourdir davantage les finances publiques. Mme Takaichi a tenté d'apaiser les craintes des marchés, affirmant que son administration vise à bâtir une économie solide et à assurer la viabilité des finances publiques, tout en s'engageant à gérer avec prudence les émissions d'obligations d'État japonaises (JGB) dans le budget du prochain exercice fiscal.
Dans ce contexte, les investisseurs cherchent à savoir si le niveau élevé des rendements attirera les acheteurs institutionnels nationaux, relate l'agence. La compagnie d'assurance-vie Fukoku Mutual Life Insurance, la première du secteur à dévoiler ses intentions pour le second semestre de l'exercice fiscal, a indiqué qu'elle envisageait de réorienter une partie de ses investissements, en délaissant les obligations étrangères au profit des obligations libellées en yens, compte tenu d'une hausse des rendements supérieure aux attentes.
"Le succès de l'adjudication d'obligations d'État japonaises (JGB) à 20 ans témoigne d'un regain de demande de la part des investisseurs nationaux, stimulé par des taux d'intérêt élevés et une atténuation des inquiétudes budgétaires", souligne Ryutaro Kimura, stratégiste obligataire senior chez BNP Paribas Asset Management. Depuis juin, les assureurs-vie ont de nouveau intensifié leurs achats nets d'obligations à très longue échéance, confirmant ainsi ce redressement de la demande. Plus de 83% des offres proviennent d'acheteurs non identifiés. Cette proportion élevée suggère une demande émanant d'investisseurs de grande envergure, notamment les "méga-banques" et le fonds public de pension (Government Pension Investment Fund, ou GPIF), ajoute R.Kimura.
La réunion de politique monétaire de la Banque du Japon, la semaine prochaine, constituera un test majeur pour les obligations japonaises. Si les marchés s'attendent largement à ce que la Banque centrale maintienne ses taux inchangés, les opérateurs guetteront, lors de la conférence de presse du gouverneur Kazuo Ueda, des signaux concernant le rythme et l'ampleur d'un futur resserrement monétaire.
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