BCE : une nouvelle hausse des taux de 25 pb jeudi, mais une trajectoire future plus incertaine
Quid de la suite ?
Principal rendez-vous de la semaine sur les marchés financiers, européens du moins, la réunion de politique monétaire de la BCE ne devrait pas réserver de grosse surprise. Il est en effet déjà acquis que l'Institution relèvera demain ses taux d'un quart de point. La suite des évènements est en revanche beaucoup plus incertaine et les avis sont assez partagés chez les spécialistes.
David Zahn, responsable de la gestion obligataire européenne chez Franklin Templeton, commente : "nous nous attendons à ce que la BCE relève ses taux de 25 points de base, à 2,50%, jeudi, mais cette hausse pourrait marquer la fin du cycle, à moins que les prix de l'énergie ne continuent d'augmenter. La BCE a commencé à resserrer sa politique monétaire relativement tôt, et la combinaison de rendements obligataires plus élevés et de coûts de l'énergie élevés devrait peser sur la croissance européenne à court terme, donnant ainsi aux responsables de la politique monétaire une marge de manoeuvre pour maintenir les taux inchangés. Les marchés obligataires ont déjà entraîné un resserrement significatif des conditions financières dans l'économie. Il sera donc intéressant d'entendre les commentaires de la BCE sur cette évolution. Après jeudi, le prochain mouvement de taux de la BCE pourrait être une baisse fin 2027. Par conséquent, si le rendement du Bund atteint 3,5%, cela pourrait constituer une opportunité d'accroître la duration des portefeuilles en anticipation d'une baisse des rendements en 2027, même si la volatilité pourrait rester élevée à court terme. Les enjeux politiques devraient également occuper une place croissante en 2027, notamment à l'approche de l'élection présidentielle française. L'incertitude qui en découlera pourrait peser sur l'investissement à mesure que l'échéance électorale se rapprochera".
"Sur le plan de la communication, nous pensons que le discours officiel restera globalement inchangé. Le Conseil des gouverneurs devrait réaffirmer que cette décision lui permet de rester " bien positionné pour faire face à l'incertitude provoquée par le conflit " et qu'il continuera à adopter une approche " dépendante des données et réunion par réunion ". Lors de la conférence de presse, Christine Lagarde devrait conserver un ton résolument ferme, notamment au regard des récentes évolutions sur les marchés de l'énergie. Plus les prix du pétrole et du gaz resteront élevés, plus le risque d'effets de second tour sur l'inflation augmentera. Néanmoins, alors que le taux directeur se situe désormais dans la partie haute de la fourchette estimée comme neutre par les équipes de la BCE (2,5%), Christine Lagarde pourrait souligner que toute nouvelle hausse des taux fera l'objet d'une évaluation attentive de la part du Conseil des gouverneurs. Un tel message constituerait un signal plus accommodant. Les risques entourant notre scénario de taux penchent vers une troisième hausse en décembre. Plus les perturbations dans le détroit d'Ormuz maintiendront les prix de l'énergie à des niveaux élevés, plus la probabilité d'un relèvement supplémentaire de 25 points de base en décembre 2026 augmentera. Toutefois, ce scénario ne constitue pas, à ce stade, notre hypothèse centrale", indique de son côté Nadia Gharbi, Senior économiste chez Pictet Wealth Management.
Thomas Brulat-Aulan, directeur de la gestion taux chez Sienna IM, explique pour sa part que "la BCE fait face à un arbitrage délicat. Le choc inflationniste est essentiellement exogène et le resserrement monétaire n'a évidemment aucun impact direct sur les prix du pétrole. Son objectif est donc d'éviter la diffusion à l'inflation sous-jacente, aux salaires et surtout aux anticipations d'inflation. Plus le choc énergétique perdure, plus le risque d'effets de second tour augmente. Dans ce contexte, la résilience de l'activité en zone euro offre à la BCE une fenêtre pour agir. Une hausse de 25 pb apparaît ainsi comme une mesure d'assurance destinée à préserver l'ancrage des anticipations et la crédibilité de l'objectif de 2%. Pour les marchés obligataires, l'enjeu sera surtout le discours accompagnant la décision. Une hausse de 25 pb est désormais largement intégrée dans les valorisations. La réaction de la courbe dépendra donc davantage des indications données sur la suite du cycle. Nous anticipons que la BCE conservera un discours prudent et dépendant des données, sans pré-engagement sur une nouvelle hausse. L'évolution des prix de l'énergie et de l'inflation sous-jacente restera déterminante pour la trajectoire des taux européens au cours des prochains mois".
Gregor Kapferer, responsable de la dette des marchés développés chez Vontobel, indique : "les marchés anticipent une nouvelle hausse des taux au plus tard au premier trimestre 2027, une opinion que nous ne partageons pas. La surchauffe inflationniste est presque entièrement imputable à l'énergie. Selon les propres analyses de la BCE, environ 90% de l'impulsion inflationniste de cette année provient de l'approvisionnement énergétique, et rien n'indique encore qu'elle se diffuse plus largement à l'économie. Étant donné que 2,50% est généralement considéré comme la limite supérieure d'une fourchette de neutralité comprise entre 1,75 % et 2,50 %, une nouvelle hausse reviendrait à adopter une politique délibérément restrictive pour lutter contre un choc d'offre sur lequel la politique monétaire a peu d'influence. Notre scénario principal est donc qu'il n'y aura pas de nouveau resserrement monétaire, à moins d'une nouvelle accélération de l'inflation sous-jacente ou des salaires.
Nous réviserions cette opinion si, jeudi, la projection d'inflation sous-jacente pour 2027 était sensiblement revue à la hausse, ou si les prochaines publications faisaient apparaître un rebond de l'inflation sous-jacente et des salaires négociés. L'objectif premier de la BCE est la stabilité des prix. Par conséquent, les données d'inflation, et plus particulièrement leurs composantes sous-jacentes, joueront un rôle déterminant dans la décision. Le Conseil des gouverneurs accordera notamment une attention particulière à la persistance des pressions inflationnistes alimentées par l'énergie, à tout signe d'effets de second tour ainsi qu'à l'évolution des anticipations d'inflation. Nous nous attendons à ce que la BCE présente des projections actualisées faisant état d'une croissance à court terme plus robuste ainsi que d'une inflation globale plus élevée. La situation au Moyen-Orient, et plus particulièrement son impact sur les prix de l'énergie, demeure un facteur clé expliquant ces perspectives inflationnistes. Nous pensons donc que la BCE insistera tout particulièrement sur la nature essentiellement liée à l'offre de la hausse de l'inflation, tout en surveillant étroitement sa persistance ainsi que le risque d'effets de second tour".
Pour Mabrouk Chetouane, directeur stratégie marchés internationaux chez Natixis IM, "la teneur du discours de C.Lagarde ainsi que les projections trimestrielles devraient affirmer un rééquilibrage de la balance des risques sur le scénario d'inflation de moyen-terme. Le marché anticipe quant à lui encore deux hausses de taux supplémentaires, une en décembre et une d'ici la fin du premier semestre 2027. Nous considérons que les risques asymétriques à la hausse sur l'inflation et à la baisse en matière d'activité seront réajustés sur la base d'une absence de diffusion du choc énergétique sur l'inflation sous-jacente (biens manufacturés et services) et d'un cycle des affaires toujours résilient. La BCE serait donc en bonne position pour naviguer dans l'incertitude actuelle. La Zone Euro fait face à un choc d'inflation modéré qui ne montre pour le moment pas de signes de persistance spécifique. Sur la période inter-réunion depuis la dernière conférence de presse de juillet les taux européens à 10 ans se sont appréciés de 14 bps, entièrement attribuable à la partie réelle et non à la composante inflation. Ce degré de restriction (+70bps sur l'OIS EUR 10 ans depuis fin février) n'est pas justifié au regard de l'amplitude du choc inflationniste et de sa faible diffusion. L'institution Francfortoise devrait signifier une pause prolongée de son cycle de resserrement sur le reste de l'année afin de contenir les anticipations d'un durcissement additionnel de la part du marché".
Enfin, Felix Feather, économiste chez Aberdeen, indique qu'"une hausse de 25 points de base des taux d'intérêt de la BCE, à 2,5%, jeudi semble désormais quasiment acquise. Pour les marchés, la question la plus importante sera de savoir si cette décision est présentée comme une nouvelle étape dans un cycle prolongé de resserrement monétaire ou si la BCE choisit de préserver une totale flexibilité pour la suite. Le ton devrait rester restrictif. L'économie de la zone euro s'est montrée plus résiliente que ne l'anticipait la BCE, tandis que le niveau élevé des prix de l'énergie, le renforcement des indicateurs avancés sur les salaires et des anticipations d'inflation de marché toujours relativement élevées devraient maintenir l'attention des responsables de la BCE sur les risques haussiers. La BCE devrait également revoir à la hausse ses prévisions de croissance, les conséquences économiques du conflit en Iran s'étant révélées moins importantes que ce qui avait été anticipé dans ses projections de juin.
Toutefois, la possibilité d'une pause prolongée, avec des taux maintenus à 2,5% après cette réunion, demeure. Les mesures de l'inflation sous-jacente ont continué de ralentir, les pressions salariales restent relativement contenues et les signes d'effets de second tour généralisés liés au choc énergétique demeurent limités. Un tel scénario nécessiterait toutefois probablement une désescalade des tensions entre les États-Unis et l'Iran au Moyen-Orient, afin de réduire les tensions sur les marchés de l'énergie, ce qui ne semble pas imminent à ce stade".
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