ServiceNow se fait étriller suite à ses prévisions
(Zonebourse.com) - ServiceNow a publié des résultats trimestriels globalement supérieurs aux attentes, soutenus par la solidité de ses activités historiques et l'adoption croissante de ses solutions d'intelligence artificielle. Le groupe a également relevé ses ambitions annuelles dans l'IA. Mais des perspectives jugées prudentes pour le quatrième trimestre ont éclipsé cette bonne performance : le titre s'effondre de 25% et ferme la marche du S&P 500.
ServiceNow continue d'afficher une croissance robuste, sans parvenir à convaincre pleinement les investisseurs. Au troisième trimestre, le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 20,5% sur un an, à 4,106 milliards de dollars, contre 4,09 milliards attendus par le consensus. Les revenus issus des abonnements ont augmenté de 21%, à 3,988 milliards de dollars, tandis que la marge opérationnelle ajustée a atteint 32,6%, contre environ 31% anticipés. Quelques faiblesses ont néanmoins terni la publication, notamment un bénéfice par action ajusté de 1 dollar, inférieur aux 1,02 dollar attendus, et un flux de trésorerie disponible de 822 millions de dollars, contre près de 963 millions espérés.
Des perspectives qui éclipsent la bonne performance trimestrielle
Le principal point de friction concerne les obligations de performance restantes courantes (cRPO), un indicateur mesurant les revenus contractuels attendus au cours des douze prochains mois. Après une progression d'environ 21% à taux de change constants au troisième trimestre, supérieure aux attentes, ServiceNow anticipe une croissance de seulement 18,5% au quatrième trimestre, soit environ 120 points de base sous le consensus. Les revenus des abonnements sont attendus entre 4,245 et 4,255 milliards de dollars, une prévision globalement conforme aux estimations, mais qui traduit une amélioration limitée des perspectives annuelles.
La direction explique cette prudence par plusieurs facteurs techniques, notamment des renouvellements anticipés de contrats au troisième trimestre, certaines clauses contractuelles excluant des revenus du calcul des cRPO et une évolution de la comptabilisation des prestations liées au déploiement de l'IA. Ces dernières sont désormais partiellement intégrées aux services professionnels plutôt qu'aux abonnements, ce qui devrait pénaliser d'environ 50 points de base la croissance de ces revenus au quatrième trimestre.
Ces explications ne convainquent pas totalement les analystes. Bank of America souligne que, même en neutralisant ces effets comptables et contractuels, les prévisions restent inférieures aux attentes. La banque considère néanmoins ces fluctuations comme des difficultés de croissance liées à l'émergence d'une nouvelle activité dans l'intelligence artificielle, plutôt que comme le signe d'une dégradation structurelle de la demande. Citi se montre plus prudent et a abaissé ses prévisions de croissance des abonnements pour 2027, désormais attendue autour de 18%.
L'intelligence artificielle confirme son potentiel commercial
Au-delà de ces déceptions, l'intelligence artificielle constitue le principal motif de satisfaction. La valeur annualisée nette des nouveaux contrats liés à l'IA (net new ACV) a progressé de 65% sur un an, tandis que la consommation des fonctionnalités d'IA agentique en production a été multipliée par plus de treize en comparaison annuelle depuis le début de l'année. Fort de cette dynamique, ServiceNow a relevé son objectif de valeur annualisée des contrats d'intelligence artificielle pour 2026 à 1,7 milliard de dollars, contre 1,5 milliard précédemment.
Cette accélération repose sur une adoption de plus en plus large des outils d'automatisation dans les entreprises, notamment dans la cybersécurité, les ressources humaines et la relation client. Les performances commerciales témoignent de cette diversification : la valeur annualisée nette des nouveaux contrats dans la sécurité et la gestion des risques a été multipliée par 4,5 sur un an, tandis que celle des solutions Control Tower a été multipliée par six. Le groupe a également signé 19 contrats représentant chacun plus de 5 millions de dollars de valeur annualisée nette supplémentaire au troisième trimestre.
Pour Needham, l'un des développements les plus encourageants réside dans l'évolution du modèle économique. L'intégration de fonctionnalités d'IA dans les offres d'entrée de gamme permet d'élargir la base d'utilisateurs, tandis que la facturation liée à la consommation ouvre de nouvelles perspectives de monétisation. ServiceNow renforce également l'accompagnement de ses grands clients pour accélérer le déploiement de ces outils. Selon Needham, les entreprises bénéficiant de cette assistance progressent deux fois plus rapidement dans leur adoption au cours des cinq premières semaines, ce qui pourrait soutenir la consommation et les revenus futurs.
Une position stratégique dans l'écosystème de l'IA
ServiceNow entend par ailleurs devenir une plateforme centrale d'orchestration des agents d'intelligence artificielle au sein des entreprises, indépendamment des modèles utilisés. Cette ambition s'est notamment matérialisée par le lancement de la Control Tower Alliance, qui réunit plusieurs acteurs majeurs de l'écosystème technologique, parmi lesquels Anthropic, Amazon Web Services, Nvidia, Okta et OpenAI. L'objectif est de permettre aux entreprises de déployer, superviser et sécuriser leurs agents d'IA à travers une infrastructure commune.
Yorkville Ives estime ainsi que ServiceNow doit davantage être considéré comme un bénéficiaire de la généralisation des agents intelligents que comme une victime potentielle de l'automatisation des logiciels traditionnels. Cette lecture rejoint celle de plusieurs analystes qui voient dans le groupe un acteur bien positionné pour profiter de la complexification des environnements informatiques. La question n'est donc plus seulement de savoir si les entreprises adopteront l'intelligence artificielle, mais à quelle vitesse cette adoption se traduira par une augmentation mesurable de la consommation et des revenus.
Malgré les réserves suscitées par les perspectives, les analystes restent globalement confiants. Bank of America maintient sa recommandation à l'achat et son objectif de cours de 180 dollars. Citi conserve également son conseil à l'achat, mais abaisse sa cible à 157 dollars, estimant qu'il faudra probablement attendre 2027 pour observer une accélération plus tangible de la consommation liée à l'IA. Yorkville réduit de son côté son objectif de 160 à 150 dollars, tout en maintenant sa recommandation de surperformance. Pour ServiceNow, le potentiel commercial de l'intelligence artificielle semble donc de moins en moins contesté. C'est désormais le calendrier de sa concrétisation financière qui concentre les interrogations.
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source : AOF
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