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Alphabet égare 467 milliards de dollars dans le nuage

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Alphabet égare 467 milliards de dollars dans le nuage
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(Zonebourse.com) - Alphabet a publié des résultats contrastés au troisième trimestre, marqués par une croissance spectaculaire de Google Cloud, portée par l'essor de l'intelligence artificielle. Mais cette performance n'a pas suffi à rassurer les investisseurs, préoccupés par le ralentissement des revenus publicitaires, la pression sur les marges et l'envolée des investissements. Le titre a lourdement chuté après la publication, alors que les analystes s'interrogent sur la capacité du groupe à monétiser l'IA dans son activité historique de recherche.

La sanction boursière est particulièrement sévère. Alphabet perd près de 12% au début de la séance américaine, soit environ 467 milliards de dollars de capitalisation envolés. Si ce recul se confirme à la clôture, il constituerait la deuxième plus importante destruction de valeur boursière en une séance de l'histoire. Le record reste détenu par Nvidia, qui avait perdu 590 milliards de dollars de capitalisation le 27 janvier 2025, après une chute de 17%. À l'époque, l'émergence de l'intelligence artificielle chinoise DeepSeek, présentée comme moins gourmande en puissance de calcul que ses concurrentes américaines, avait provoqué une vague de ventes sur les valeurs technologiques. Alphabet dépasserait ainsi Microsoft, qui avait vu 355 milliards de dollars de capitalisation s'évaporer le 29 janvier 2026, après un repli de 10% suite à des performances décevantes de sa division Azure.

Cette réaction illustre le paradoxe auquel Alphabet est désormais confronté : le groupe profite pleinement de l'explosion de la demande en infrastructures d'intelligence artificielle, mais son activité historique, qui finance une grande partie de ces investissements, montre des signes de ralentissement.

Le moteur publicitaire commence à tousser

C'est principalement la performance du moteur de recherche Google qui a déçu les investisseurs. Ses revenus ont progressé de 12% sur un an, à 63,35 milliards de dollars, contre 64,96 milliards attendus. La croissance a nettement ralenti par rapport aux 16,8% enregistrés au deuxième trimestre, alimentant les interrogations sur les conséquences de l'intégration de l'intelligence artificielle dans les résultats de recherche.

Plusieurs facteurs conjoncturels expliquent cette décélération, notamment des effets de change défavorables, une base de comparaison exigeante et le ralentissement des dépenses publicitaires de certains distributeurs asiatiques. La normalisation des investissements publicitaires dans les médias et le divertissement, après la Coupe du monde au deuxième trimestre, a également pesé sur l'activité.

Mais les inquiétudes portent surtout sur un phénomène plus structurel : la monétisation des recherches effectuées à travers les nouvelles interfaces d'intelligence artificielle. Les requêtes sur AI Mode progressent rapidement, mais génèrent encore moins de revenus publicitaires que les recherches traditionnelles.

JPMorgan souligne ainsi que la croissance du nombre de requêtes a atteint son rythme le plus élevé depuis cinq ans, sans que cette dynamique se traduise proportionnellement dans les revenus. Selon la banque américaine, la montée en puissance d'AI Mode, dont la couverture publicitaire et le nombre d'annonces restent inférieurs à ceux du moteur traditionnel, pourrait entretenir cet écart de monétisation pendant plusieurs trimestres.

Cette transition représente un enjeu majeur pour Alphabet, dont la recherche demeure la principale source de revenus et de profits. Le groupe accélère donc le déploiement des annonces publicitaires dans AI Mode à l'international et développe de nouveaux formats aux Etats-Unis pour tenter de combler ce retard.

Bank of America estime toutefois que cette faiblesse pourrait être temporaire. La banque rappelle que Google a déjà traversé plusieurs transitions technologiques majeures, notamment le passage de l'ordinateur au mobile, sans compromettre durablement son modèle publicitaire. Elle considère que l'amélioration des outils d'IA et l'élargissement de leur monétisation pourraient permettre une reprise de la croissance, même si les comparaisons difficiles devraient continuer de peser sur les prochains trimestres.

Google Cloud confirme son changement de dimension

À l'inverse, Google Cloud a largement dépassé les attentes. Les revenus de la division ont plus que doublé sur un an, en hausse de 103%, pour atteindre 30,71 milliards de dollars, contre 29,57 milliards attendus selon LSEG. Le résultat opérationnel a plus que triplé, à 11,1 milliards de dollars, portant la marge opérationnelle à 36,2%.

Cette performance reflète l'accélération de la demande des entreprises pour les infrastructures d'entraînement et d'inférence des modèles d'intelligence artificielle, mais également la progression des activités cloud traditionnelles. Google bénéficie de l'adoption croissante de ses outils Gemini et de contrats pluriannuels conclus avec de grandes entreprises.

Le carnet de commandes de Google Cloud a progressé de 47 milliards de dollars sur le trimestre, pour atteindre 561 milliards. Plus de 55% de ce montant devrait être converti en revenus au cours des deux prochaines années, offrant une visibilité importante sur la trajectoire de croissance de la division.
Pour Needham, cette combinaison d'une croissance à trois chiffres, d'une amélioration des marges et d'un carnet de commandes particulièrement fourni devrait soutenir les bénéfices futurs et justifier une valorisation plus élevée de l'activité cloud.

L'autre élément marquant du trimestre concerne les processeurs TPU, développés en interne par Google. Initialement destinées à ses propres infrastructures, ces puces spécialisées dans les calculs d'intelligence artificielle sont désormais commercialisées auprès de clients externes, ouvrant une nouvelle source de revenus pour le groupe.

Selon les estimations de Bank of America, les ventes de TPU auraient représenté environ 3 milliards de dollars au troisième trimestre. La banque anticipe une accélération significative de cette activité en 2027, avec un potentiel de revenus de 75 milliards de dollars. Cette estimation reste toutefois entourée d'incertitudes, Alphabet ne communiquant pas encore de prévisions détaillées sur la contribution financière de ces équipements.

Needham considère cette commercialisation comme une évolution stratégique importante. En proposant des systèmes complets associant processeurs, logiciels et équipements de réseau, Google élargit son marché au-delà de ses propres centres de données. La vente de TPU à des clients comme Apple ou Anthropic pourrait également permettre au groupe de bénéficier de la croissance des infrastructures d'IA sans devoir financer lui-même l'intégralité des capacités supplémentaires.

Cette dynamique renforce la position de Google face à Amazon Web Services et Microsoft Azure. JPMorgan estime même que les revenus de Google Cloud pourraient dépasser ceux du moteur de recherche et d'AWS dès le premier semestre 2028, signe du changement de dimension que connaît actuellement le groupe.

Des investissements toujours plus lourds

Cette croissance spectaculaire s'accompagne néanmoins d'une pression considérable sur les finances d'Alphabet. Le groupe a consacré 51,4 milliards de dollars à ses investissements au troisième trimestre, principalement pour développer ses centres de données, acquérir des équipements informatiques et renforcer ses capacités de calcul.

Le flux de trésorerie disponible est ainsi ressorti négatif de 9,1 milliards de dollars, contre une sortie de trésorerie de 4,1 milliards anticipée par le marché, selon Bank of America. Cette dégradation s'explique également par la constitution de stocks de TPU et le paiement d'une amende de 5,2 milliards de dollars à la Commission européenne.

Alphabet a maintenu ses prévisions d'investissements pour 2026, comprises entre 195 et 205 milliards de dollars, tout en prévenant qu'une nouvelle augmentation significative était attendue en 2027.

La pression pourrait également s'intensifier sur les marges. Pour répondre à une demande supérieure à ses capacités disponibles, Google commence à recourir à des infrastructures externes plus coûteuses. JPMorgan estime que cette solution temporaire, dont l'utilisation doit monter en puissance au quatrième trimestre, pourrait peser sur la rentabilité de Google Cloud à court terme.

La hausse des amortissements, des coûts d'exploitation des centres de données et des dépenses consacrées aux talents spécialisés dans l'intelligence artificielle constitue un autre facteur de pression. Bank of America souligne notamment que les charges opérationnelles ont atteint 35,6 milliards de dollars au troisième trimestre, contre 34,5 milliards attendus.

Le problème dépasse d'ailleurs le seul cas d'Alphabet. Les investissements cumulés des quatre grands groupes technologiques américains, Alphabet, Microsoft, Amazon et Meta, devraient dépasser 700 milliards de dollars en 2026. Cette course aux infrastructures soulève une question centrale pour les investisseurs : à quel rythme les revenus générés par l'intelligence artificielle permettront ils de rentabiliser les capitaux engagés ?

L'intelligence artificielle reste au coeur de la stratégie

Malgré ces inquiétudes, Alphabet continue de renforcer sa position dans l'intelligence artificielle générative. Son application Gemini revendique désormais un milliard d'utilisateurs, tandis que ses modèles sont progressivement intégrés à l'ensemble de son écosystème, de la recherche à Android, en passant par Chrome et les outils professionnels.

Le groupe bénéficie également de l'amélioration rapide de ses modèles propriétaires. Gemini 4 Carbon, sa dernière génération de modèle avancé, s'est hissé en tête du classement Artificial Analysis Intelligence Index, renforçant sa crédibilité face aux principaux laboratoires concurrents.

Needham estime que la stratégie de Google dépasse désormais le simple développement de produits d'intelligence artificielle. Le groupe chercherait plutôt à construire de nouvelles plateformes capables de générer plusieurs sources de revenus, à travers les abonnements, la publicité, les services aux entreprises et les futurs agents autonomes.

Ces derniers pourraient constituer un relais de croissance supplémentaire. Alphabet prévoit notamment d'intégrer progressivement des fonctionnalités agentiques dans Gemini et ses autres services, avec l'ambition de permettre aux utilisateurs d'effectuer des tâches et des transactions directement depuis ses interfaces.

Les analystes restent donc partagés sur le calendrier de rentabilisation de cette stratégie, mais relativement confiants dans son potentiel à long terme. JPMorgan maintient sa recommandation à "surpondérer", tout en abaissant son objectif de cours de 425 à 375 dollars. Bank of America conserve également son conseil à l'achat, malgré un objectif ramené de 430 à 380 dollars.

Le contraste entre la croissance exceptionnelle du cloud et les difficultés de l'activité publicitaire résume finalement le principal défi d'Alphabet. Le groupe semble disposer des technologies, des infrastructures et de la demande nécessaires pour s'imposer parmi les grands bénéficiaires de l'intelligence artificielle. Il lui reste désormais à démontrer que cette transformation peut s'accompagner d'une croissance durable des bénéfices et des flux de trésorerie, sans fragiliser le moteur publicitaire qui finance aujourd'hui ses ambitions.

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source : AOF

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