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Choc pétrolier et géopolitique : le décryptage d'Oddo BHF AM

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Choc pétrolier et géopolitique : le décryptage d'Oddo BHF AM
Credits  ShutterStock.com

(Zonebourse.com) - Au moment où les hostilités et le climat d'incertitude géopolitique s'intensifient au Proche et Moyen-Orient (escalade militaire, menaces directes sur le détroit d'Ormuz, voie maritime par laquelle transite près de 20% du pétrole mondial, risques sur les routes d'approvisionnement), les cours du pétrole brut ont franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril. Face à la résurgence de cette prime de risque énergétique et aux craintes d'un choc inflationniste, les économistes et analystes se questionnent sur la durée de cette hausse et sur la capacité de résilience des grandes économies mondiales, notamment en Europe et aux Etats-Unis.

A l'occasion d'un déjeuner presse organisé lundi dernier dans leurs locaux parisiens, la société de gestion Oddo BHF Asset Management a apporté un éclairage sur l'environnement macroéconomique et les perspectives d'investissement (marché obligataire, croissance, inflation, énergie, IA, taux...). Après une présentation d'1h30, Laurent Denize, directeur des investissements, a détaillé pour Zonebourse.com son scénario d'investissement pour les quatre prochains mois au regard de cette situation géopolitique actuelle.

Interrogé sur la stratégie d'allocation à adopter dans le contexte actuel, il résume les grands arbitrages recommandés par la société de gestion :

"Face aux incertitudes, nous adoptons une approche prudente à court terme. Sur un portefeuille équilibré traditionnel (initialement composé de 50% d'actions et 50% d'obligations), nos ajustements s'articulent autour de trois axes principaux :

- Réduction de l'exposition aux actions : nous diminuons la pondération des actions d'environ 10% afin de limiter l'exposition aux actifs les plus sensibles à la volatilité des marchés.

- Gestion obligataire défensive : nous réduisons la duration du portefeuille obligataire afin de privilégier les maturités courtes, dans un contexte de taux toujours incertain.

- Réallocation stratégique : les capitaux dégagés sont réinvestis dans des actifs plus défensifs, notamment les fonds monétaires, les matières premières, en particulier les métaux industriels, ainsi que le yen japonais."

Cette prudence s'accompagne d'une réserve de liquidités destinée à exploiter la volatilité à venir. Le directeur des investissements précise les risques surveillés sur le marché obligataire : "Cette position de liquidité renforcée vise à préserver notre flexibilité et à nous permettre de saisir d'éventuelles opportunités d'investissement en cas de correction plus marquée des marchés. Les fonds alternatifs (hedge funds) pourraient être amenés à tester le seuil de 5% sur les taux souverains américains à 10 ans, niveau considéré comme déterminant par Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain. Une telle évolution pourrait engendrer une nouvelle phase de repli des marchés."

Toutefois, ce positionnement défensif n'a pas vocation à durer indéfiniment. Laurent Denize anticipe déjà les conditions d'un retour sur les marchés à plus long terme.

"Dans l'hypothèse où les valorisations deviendraient plus attractives et où une stabilisation des taux d'intérêt se confirmerait, nous serions alors en mesure de réinvestir de manière plus significative. Notre objectif serait de nous repositionner sur des tendances structurelles de long terme qui, selon notre analyse, ne sont aujourd'hui que temporairement affectées par l'environnement de marché."

L'analyse macroéconomique de Bruno Cavalier

Pour décrypter les mécanismes macroéconomiques derrière cette envolée des cours et évaluer les risques de récession, Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo BHF AM, a répondu à nos questions.

Zonebourse.com : Depuis quelques semaines, les cours du pétrole ont dépassé les 100 dollars. Selon vous, à quel moment repassera-t-on sous cette barre, sachant que la situation géopolitique au Moyen-Orient demeure incertaine et délétère ?

Bruno Cavalier : La réponse à votre question dépend avant tout de la pression exercée sur les parties prenantes et de leur capacité à absorber les coûts internes. Il me semble assez évident que les Iraniens sont plus résistants que ce que les Américains pensaient au départ. Avec les élections de mi-mandat, la période est propice pour les Iraniens pour maintenir une certaine pression et faire payer à Donald Trump son aventurisme militaire.

Cependant, il n'y a pas de raison que le prix du pétrole reste durablement à des niveaux excessivement élevés. Si le cours est aujourd'hui à 100 dollars contre 70 dollars avant la crise, on peut considérer qu'il y a environ 30 dollars de prime de risque géopolitique. Actuellement, la situation reflète une nouvelle phase de tension additionnelle, mais le marché reste extrêmement sensible aux nouvelles et rumeurs. Ce week-end, par exemple, des discussions à Abou Dhabi avec les Iraniens laissaient espérer un accord et ont immédiatement fait baisser les cours, avant que le report de la réunion ne les fasse remonter.

D'un point de vue fondamental, en écoutant les experts pétroliers, le bon prix du pétrole, sans obstacle à l'approvisionnement, se situe plutôt autour de 70 dollars. Comme nous ne reviendrons pas immédiatement à une fluidité parfaite, un cours oscillant entre 100 et 110 dollars constitue sans doute le point le plus critique de la situation actuelle.

Zonebourse.com : Dans l'hypothèse où un processus de normalisation s'enclencherait d'ici 2027, cela entraînerait-il automatiquement une baisse des cours ?

BC : Oui. Les marchés à terme considèrent que la tension ne peut pas se maintenir à ce niveau à cet horizon. Si l'offre reste trop perturbée et maintient des prix élevés, cela finira par provoquer une destruction de la demande. L'ajustement se fera alors non pas par le retour immédiat de l'offre bloquée, mais par la contraction de la demande, ce qui implique d'autres conséquences macroéconomiques. Il est difficile d'imaginer une perturbation durable de l'offre sans ajustement de la demande.

Zonebourse.com : Pour revenir sur votre constat d'un impact "modeste" du choc pétrolier sur l'économie, quels sont les critères précis qui étayent cette analyse ?

BC : Depuis le début de l'année, la croissance américaine n'a été révisée que très légèrement à la baisse, tandis que la croissance européenne a fait preuve d'un certain réveil. Cet événement géopolitique n'était dans le radar d'aucun prévisionniste ou think tank en début d'année : c'est un choc inattendu qui a généré de l'incertitude et une hausse de la prime de risque.

Historiquement, les chocs pétroliers (dans les années 1970 ou lors de la première guerre du Golfe) provoquaient des récessions. Ici, alors même que l'Agence internationale de l'énergie signalait l'interruption potentielle de 20% des flux mondiaux, un déficit théorique supérieur à celui de 1973, il n'y a pas eu de crainte de récession mondiale.

Plusieurs facteurs l'expliquent :

- La redirection des flux : Une partie du pétrole a été déroutée via le pipeline est-ouest de l'Arabie saoudite.

- Le maintien partiel du trafic : Malgré la fin du mémorandum d'entente, 30% à 40% du flux normal a continué de circuler via des tankers ayant désactivé leurs systèmes d'identification.

- L'ajustement de la demande : La Chine a joué un rôle stabilisateur majeur. Au final, l'impact sur la croissance mondiale reste relativement modeste.

Zonebourse.com : Comment expliquez-vous que l'Europe ait résisté de manière surprenante à ce choc pétrolier ?

BC : La hausse des prix du brut a été contenue et n'a pas atteint les 200 dollars prédits par certains scénarios apocalyptiques. De plus, jusqu'à récemment, les tensions sont restées limitées sur les produits raffinés et le gaz naturel.

Par ailleurs, d'autres facteurs macroéconomiques ont soutenu l'activité :

- Le redressement allemand : Les effets du plan de relance (défense, infrastructures) voté par le chancelier au printemps 2025 commencent à se concrétiser après les délais législatifs habituels.

- La politique monétaire et le crédit : Contrairement à 2022, où la hausse brutale des taux avait brisé le cycle du crédit, les ajustements de taux de la BCE sont restés modérés (deux hausses de 25 points de base). Le crédit bancaire et l'emploi sont restés solides.

Même si une inflation plus basse et des coûts énergétiques réduits seraient préférables, le choc n'a pas cassé la croissance européenne.



Bruno Cavalier - chef économiste Oddo BHF AM



Laurent Denize - directeur des investissements Oddo BHF AM

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source : AOF

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