Incendie de Crans-Montana: la Suisse se recueille, un copropriétaire incarcéré
Cloches, silence et discours: une grande partie de la population suisse a rendu hommage vendredi, journée de deuil national, aux victimes de l'incendie dramatique d'un bar de la station de ski de Crans-Montana la nuit du nouvel an, qui a fait 40 morts et 116 blessés.
La journée a aussi été marquée par le placement en détention préventive d'un copropriétaire du bar français, Jacques Moretti, à l'issue de six heures d'audition par le ministère public du canton à Sion, la capitale régionale.
Cette mesure était réclamée depuis une semaine par les avocats des familles des victimes, très critiques sur la façon dont la procédure est menée par les autorités cantonales.
Un peu partout dans le pays alpin, comme à Genève, Sion ou Zurich, ce silence a été respecté dans les entreprises, les administrations, les écoles et même dans la rue, ou des passants se sont souvent arrêtés de marcher lorsque les cloches ont retenti.
"Nuit d'horreur"
Un cérémonie officielle s'est tenue à Martigny, dans le Valais, devant un millier de personnes et le président français Emmanuel Macron et son homologue italien Sergio Mattarella, dont les pays ont été particulièrement endeuillées avec respectivement neuf et six morts, ainsi que de nombreux blessés.
Dans son discours le président de la Confédération suisse Guy Parmelin a déclaré vendredi que son pays demeurait "consterné" par la tragédie, et a appelé les autorités judiciaires à mettre "les manquements au grand jour et à les sanctionner".
Cette "nuit d’horreur" a fait de "la Suisse tout entière une seule et même famille d’affligés", a-t-il dit.
A Crans-Montana, station recouverte d'un épais manteau de neige vendredi, plusieurs centaines d'habitants, de touristes et de secouristes ont pu suivre en direct cette cérémonie, certains parvenant mal à retenir leurs larmes.
Devant Le Constellation, un autel orné de fleurs, de bougies, de peluches et de photos des victimes était recouvert d'une toile blanche pour le protéger de la neige.
Sur une table, un épais livre de condoléances est déjà presque rempli. "Un deuil, un grand deuil national à jamais gravé dans nos esprits. Paix à leur âme", dit l'un des messages.
Au total, des personnes de 19 nationalités ont été frappées par la tragédie qui a fait 40 morts - dont une moitié de mineurs - et 116 blessés, en majorité grièvement brûlés. Selon un dernier décompte, un total de 83 blessés demeurent à ce jour hospitalisés en Suisse, mais aussi dans des services pour grands brûlés en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique.
"Inimaginable"
En marge des hommages, Jacques Moretti - connu de la justice française et condamné pour une affaire de proxénétisme en 2008 - a été longuement auditionné avec son épouse Jessica à Sion.
Si le premier a été emmené à bord d'un fourgon en milieu d'après-midi, son épouse Jessica s'est pour la première fois présentée devant une poignée de journalistes, dont l'AFP.
"Mes pensées constantes vont vers les victimes et les gens qui se battent aujourd’hui", a-t-elle brièvement confié, les traits tirés et le souffle court.
"C’était une tragédie inimaginable. Et jamais, jamais on aurait pu imaginer ça. Et ça c’est passé dans notre établissement et je tiens à m’excuser", a-t-elle poursuivi avant de s'éclipser.
De son côté, un des avocats du couple, Patrick Michod, a expliqué à la presse que le ministère public avait souhaité obtenir de Jacques Moretti "un certain nombre de garanties" avant que le tribunal de mesures de contrainte ne réévalue sa détention "dans un délai de 48 heures".
Le couple est officiellement soupçonné d'"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence".
"La préoccupation principale des familles reste le risque de disparition de preuves ou d’influence néfaste sur les témoignages à recueillir, aussi bien auprès des prévenus que des autorités ayant déjà reconnu des manquements", a réagi après cette audience un des avocats des victimes, Me Romain Jordan.
La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a déclaré à Rome que l'incendie n'était pas un "simple accident" mais le résultat de trop de négligences et de la recherche de "l'argent facile", promettant justice aux familles des victimes.
Mardi, la commune de Crans-Montana avait provoqué une première secousse dans l'enquête en admettant une faute grave: aucune inspection sécurité et incendie du bar n'avait été effectuée depuis 2019. Ce qui a suscité la consternation des familles de victimes.
D'après les premiers éléments de l'enquête, le drame aurait été provoqué par des bougies étincelantes entrées en contact d'une mousse insonorisante dont était garni le plafond du sous-sol du bar Le Constellation, en bas d'un immeuble de la station cossue du Valais.
L'"embrasement généralisé" et soudain du local a ensuite piégé les clients, principalement des adolescents et de jeunes adultes.
En cette soirée de la Saint-Sylvestre, l'établissement était bondé et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des bousculades de personnes tentant désespérément de sortir.
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