Législatives au Bangladesh: les favoris battent le rappel de leurs partisans
Les deux principaux partis du Bangladesh ont mobilisé leurs partisans jeudi pour voter en masse aux élections législatives organisées pour tourner la page du régime de fer de Sheikh Hasina, emportée en 2024 par une insurrection des jeunes de la Génération Z.
Le parti de Mme Hasina déclaré hors-la-loi, ses deux opposants historiques, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et la coalition menée par les islamistes du Jamaat-e-Islami, jouent les premiers rôles.
Héritier d'une longue dynastie politique, le chef du BNP Tarique Rahman, 60 ans, s'est dit confiant dans la victoire.
"J'ai confiance, je vais gagner l'élection", a-t-il déclaré dans l'après-midi devant presse. "Nous aurons une majorité suffisante pour diriger calmement le pays".
"Je crois fermement que si la population du Bangladesh se déplace pour voter, les complots seront défaits", a poursuivi le chef du BNP.
Face à lui, le chef du Jamaat Shafiqur Rahman, 67 ans, qui a connu les geôles de Sheikh Hasina, ambitionne de devenir le premier Premier ministre islamiste de l'histoire du Bangladesh, un pays à 90% musulman.
En votant dans la matinée, il a promis de "faire tout ce qu'il faut" pour garantir l'honnêteté du scrutin.
"Si des allégations (de fraude) sont sérieuses, nous n'épargnerons personne", a déclaré le Dr Rahman après avoir voté devant une nuée de caméras. "Nous ne voulons pas que le peuple soit privé de ses droits démocratiques".
"Elections libres"
Membre de sa coalition et figure de la contestation de 2024, le chef du Parti national des citoyens (NCP) Nahid Islam a lui aussi mis en garde contre toute velléité de fraude. "Les élections doivent êtres libres et équitables", a-t-il lancé devant la presse.
Le chef de la commission électorale AMM Nasiruddin a fait état dans la matinée de "quelques petites perturbations" depuis l'ouverture des bureaux de vote.
"Le principal défi, ce sont les réseaux sociaux, surtout leurs contenus générés par intelligence artificielle", a-t-il ajouté. "Nous avons combattu la désinformation de toutes nos forces mais elle persiste".
Tendue, parfois violente, la campagne s'est déroulée dans une ferveur inédite depuis l'élection de Mme Hasina en 2009. Les scrutins suivants ont tous été boudés par l'opposition ou dénaturés par des fraudes massives.
"Tant que la Ligue Awami (leparti de Mme Hasina) était là, les gens pensaient qu'ils dirigeraient le pays pour toujours", a commenté dans un bureau de vote de Dacca Mahfuz Rahman, 52 ans. "J'ai de la chance d'être témoin du changement".
Fers de lance des émeutes meurtrières de l'été 2024, les jeunes - les 18-37 ans constituent 44% du corps électoral - espèrent des changements profonds, dans un pays à l'économie en panne et malade de la corruption.
"C'est la première fois que je vote et, après tout ce que nous avons vécu ces dernières années, j'espère enfin quelque chose de positif", a déclaré à l'AFP une étudiante de 21 ans, Shithi Goswami, qui a voté à Dacca.
"En paix"
A la tête du gouvernement provisoire depuis l'été 2024, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, 85 ans, n'a pas caché son soulagement.
"C'est un jour de grande joie pour nous tous (...) la fin du cauchemar et le début d'un nouveau rêve", a-t-il déclaré en appelant les électeurs à ne pas oublier de se prononcer sur les réformes institutionnelles soumises à référendum.
Le pionnier de la microfinance, qui a annoncé son retrait sitôt les résultats proclamés, a obtenu des partis politiques l'adoption de cette "Charte de juillet", destinée à éviter le retour d'un régime autoritaire.
"Je crois que voter +oui+ au référendum reflète l'esprit de l'insurrection", a estimé Yeasin Arafat Emon, 25 ans, après y avoir participé.
Les bureaux de vote doivent fermer à 16h30 locales (10h30 GMT) et les premiers résultats significatifs sont attendus dès la nuit de jeudi à vendredi.
De son exil indien, Sheikh Hasina, condamnée à mort pour la répression de la révolte de 2024, n'a donné aucune consigne de vote aux électeurs habituels de son parti interdit. Leur attitude sera l'une des grandes inconnues du scrutin.
Le gouvernement provisoire a déployé les grands moyens pour s'assurer du bon déroulement des opérations électorales. Plus de 300.000 soldats, policiers et autres membres des forces de sécurité ont été mobilisés.
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