En Gironde, optimisme face au mégafeu "stabilisé", nouveaux retours d'évacués
Quelques gouttes de pluie, des températures plus clémentes et plus de 80.000 nouveaux évacués autorisés à rentrer chez eux jeudi : un "optimisme raisonnable" s'installe chez les pompiers engagés contre le mégafeu en Gironde, "toujours stabilisé" autour de 42.000 hectares de forêt ravagés.
Avec "80% de taux d'humidité dans l'air ce matin", les conditions météorologiques rendent "la situation beaucoup plus acceptable", a souligné le commandant Matthieu Jomain, officier communication du Sdis 33, qui veut "rester prudent", "même si les voyants s'allument progressivement en vert".
Malgré ces "bonnes conditions" qui le rendent "raisonnablement optimiste", il rappelle la "réalité du terrain" : "42.000 hectares, ça ne s'arrête pas comme ça".
Un coup de tonnerre a claqué peu avant 8H00, quelques gouttes sont tombées, " ça, c'est bon", lâche un pompier au poste de commandement installé dans le hall des sports de Lège-Cap-Ferret.
Depuis dimanche, le plus grave incendie en France depuis 1949 a cessé de progresser en superficie et même la journée de fortes chaleurs de mercredi n'a pas relancé sa dynamique. Après huit jours de lutte, les autorités espèrent qu'il soit bientôt fixé.
La préfecture a noté dans son point à 6H00 du matin "six feux actifs", notamment près des dunes du Grand-Crohot (commune de Lège-Cap-Ferret) et au sud de Lacanau. Une baisse des températures est attendue, la région sortant de la vigilance canicule, ce qui va permettre un répit bienvenu aux soldats du feu éprouvés.
Jeudi, la préfecture a autorisé 84.000 nouvelles personnes à rentrer "immédiatement" chez elles, dans neuf communes du nord-ouest au sud de Bordeaux, et annoncé la réouverture de l'autoroute A63 à partir de 14H00. Mais comme les jours précédents, aucun TGV ne circule jeudi au sud de Bordeaux, hormis ceux desservant Agen et Toulouse.
Au total, plus de la moitié des 220.000 personnes évacuées depuis le déclenchement du feu, le 22 juillet, ne sont plus concernées par ces mesures préventives.
"Il suffit d'une aiguille"
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez devait faire un point de situation sur les incendies au centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic) jeudi dans la matinée à Paris.
Au même moment en Gironde, la commissaire européenne à la gestion des crises, Hadja Lahbib, fera un point sur le déploiement des moyens aériens envoyés en France dans le cadre du mécanisme de protection civile de l'UE: sept avions et quatre hélicoptères en provenance de la Croatie, de l’Allemagne, du Portugal, de la Slovaquie, de la Suède, de la Tchéquie et de la Turquie.
Sur le terrain, 3.300 pompiers de toute la France, les forces de l'ordre, les militaires, forestiers, agriculteurs et bénévoles conjuguent leurs efforts.
"Il faut surveiller: il suffit d'une aiguille de pin et hop, ça repart", a expliqué le lieutenant Xavier, qui a œuvré toute la nuit en forêt de Claouey dans le nord de la presqu'île du Cap-Ferret. Arrivé vendredi de Mayenne, il se dit "ému" par le "dévouement extraordinaire" des bénévoles qui les logent, les nourrissent ou les fournissent en eau.
Samuel Allix, producteur de pommes de terre à St-Jean d'Illac se réjouit de "bientôt pouvoir bosser" après "cinq jours qu'on était interdits de récolter" et "on a perdu beaucoup". "Le travail des pompiers a porté ses fruits, on les a aidés, on n'a pas ménagé nos efforts sur le terrain".
Selon le ministre de l'Economie, un quart des 82.000 salariés empêchés ces derniers jours d'aller travailler ont repris le travail jeudi. "A peu près 4.000 établissements", sur les 23.000 qui étaient fermés ou évacués, ont rouvert, a détaillé Roland Lescure.
La lutte contre cet incendie hors norme a blessé 230 sapeurs-pompiers qui ont été blessés, un total en hausse par rapport au chiffre de 216 diffusé la veille, selon la préfecture. Et le travail sur les 240 km de lisière de forêt calcinée est harassant.
"J'ai 67 ans et j'ai jamais vu ça (...) Le long de la route vers ici, je me suis mis à pleurer", a raconté mercredi Jean-Claude Bonnet, bénévole bordelais. "Le pire, c'est les animaux qu'on voit, brûlés au bord de la route. C'est une catastrophe écologique".
Feu rare dans les coteaux bourguignons
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.
Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var, des départements qui passent tous en vigilance orange canicule jeudi.
Dans le Var, plus de 600 personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu virulent, au sud-est de Brignoles, qui a parcouru 130 hectares, moins de 24 heures après la fixation de l'incendie du massif du Gros Bessillon qui reste sous haute surveillance.
Le feu de Brignoles, maîtrisé à 3H du matin, ne "progresse plus mais il subsiste des brûlots et il nous reste désormais 10 kilomètres de lisière à traiter", a précisé à l'AFP jeudi le lieutenant Franck Graciano un porte-parole des pompiers.
Quatre des 270 soldats du feu mobilisés ont été blessés et la prudence est de mise alors que le territoire attend des pointes à 39°C et de forts vents.
Enfin, un feu d'une ampleur très rare dans les forêts bourguignonnes est survenu dans un village de la côte viticole proche de Dijon: il est "contenu mais pas encore fixé", après avoir parcouru 141 hectares, dont 80 ont brûlé, a indiqué jeudi la préfecture, qui a fait état de deux pompiers légèrement blessés.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote