En Allemagne, des manifestations de la "Gen Z" suivies d'affrontements
Des dizaines de milliers de jeunes sont descendus samedi dans la rue en Allemagne pour réclamer davantage de moyens pour l'éducation, s'inspirant du mouvement français, mais des affrontements ont dégénéré en émeute et pillages à Francfort.
À l'appel d'un collectif baptisé "GenZ regelt" ("la Génération Z s'en charge", en référence aux jeunes nés entre 1995 et 2012), les manifestants ont formé des cortèges dans des dizaines de villes, dont Berlin, Francfort (centre) et Cologne (ouest).
"GenZ regelt" proteste contre la misère des écoles, la vie chère et l'éventuelle réintroduction du service militaire, et alerte sur le réchauffement climatique.
Les tensions ont atteint leur paroxysme dans la soirée, lorsque certains groupes de jeunes ont refusé de se disperser.
Des émeutiers masqués ont saccagé des magasins à Francfort, où la police a utilisé des canons à eau contre des jeunes qui lançaient des cocktails Molotov. Plusieurs policiers ont été blessés.
C'est à Francfort que les violences ont été les plus importantes : la police a dû faire face à des manifestants lançant des pierres, des feux d’artifice et des cocktails Molotov. Elle a riposté à l'aide de canons à eau et de gaz lacrymogène.
"Des émeutes violentes" se sont produites dans la soirée, avec des cocktails Molotov lancés sur les équipes d’intervention, a indiqué la police dans un communiqué. "Les vitrines de plusieurs magasins ont été brisées", a-t-elle précisé.
Un magasin d'armes figure parmi les commerces pris pour cible, dont les vitrines ont été brisées. La police a indiqué avoir arrêté un suspect et saisi deux armes.
Une grande partie de la principale artère commerçante de Francfort a été bouclée, des fourgons de police et des forces anti-émeutes empêchant quiconque d'y accéder, selon un journaliste de l'AFP.
Au moins un policier a été blessé.
Roman Poseck, ministre de l'Intérieur du Land de Hesse, a déclaré qu'"une centaine d'extrémistes de gauche clairement identifiés" s'étaient infiltrés dans la manifestation à Francfort. "La façon dont cet événement s'est terminé ici, à Francfort, est honteuse".
La police a également utilisé des canons à eau dans les villes de Hambourg (nord) et de Cologne (ouest) après que, selon elle, des manifestants ont pris pour cible les secouristes avec des feux d'artifice, des pierres et des bouteilles.
"Il est temps de résister"
Des milliers de policiers ont été déployés dans le pays, et à l'issue de manifestations pour la plupart pacifiques, des tensions ont surgi dans la soirée dans différentes villes.
À Berlin, des protestataires ont lancé des bouteilles et des œufs, tandis que d'autres ont mis le feu à des barricades à Hambourg.
Les manifestants ont brandi des pancartes avec les inscriptions "Il est temps de résister" ou le chancelier Friedrich "Merz doit partir".
"Nous descendons dans les rues pour une existence accessible à tous", a déclaré Veronika Dinter, porte-parole du mouvement "GenZ regelt". "Plus personne ne croit encore en un avenir meilleur si tout continue comme ça", a-t-elle poursuivi.
Critiquant "l'extrême manque de transparence" du mouvement "GenZ regelt", la BSK, organisation officielle regroupant les représentants des élèves des différentes régions allemandes, ne devait pas participer aux manifestations de samedi. Elle appelle à manifester "pacifiquement" le 20 novembre prochain pour de "meilleures conditions d'éducation".
Car, comme dans de nombreux pays d'Europe, les élèves d'Allemagne, nation particulièrement vieillissante, voient se réduire les moyens octroyés pour les écoles, lycées et universités. Avec de fortes disparités néanmoins car l'éducation est dans ce pays du ressort des États régionaux et non de l'État fédéral.
"Il est vraiment important de faire preuve de solidarité avec toutes les autres manifestations qui ont lieu actuellement à travers l'Europe, y compris en France", a déclaré à l'AFP à Berlin Milla, une étudiante de 20 ans.
À Cologne, ils étaient plusieurs milliers, 5.000 à Berlin, et 8.000 à Francfort selon la police.
Inquiet d'une possible participation de militants radicaux venus de l'étranger, le ministère allemand de l'Intérieur a indiqué être en contact avec les autorités françaises et italiennes.
Il souligne toutefois qu'il convient de distinguer les "manifestations étudiantes pacifiques" d'une "mouvance extrémiste violente" qui pourrait chercher à détourner les rassemblements.
Dans un entretien à l'hebdomadaire Stern paru vendredi, la ministre allemande de la Famille, Karin Prien (CDU, droite), a exhorté les jeunes manifestants à ne pas se laisser "instrumentaliser par l'extrême droite ou l'extrême gauche".
Le mouvement "GenZ regelt" insiste sur son rejet de la violence. "Les groupes extrémistes, les symboles anticonstitutionnels, le racisme et les discours de haine n'ont pas de place chez nous - peu importe de quel côté ils viennent", assure-t-il.
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