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Au procès de l'ostéopathe jugé pour viols, ses patientes racontent sidération et culpabilité

| AFP | 63 | 5 par 1 internautes
Le Palais de justice de Strasbourg le 1er juin 2026
Le Palais de justice de Strasbourg le 1er juin 2026 ( Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP )

Les patientes qui accusent un ostéopathe de les avoir violées en consultation ont raconté mardi devant la cour criminelle du Bas-Rhin la sidération et le sentiment de culpabilité qui les a habitées a posteriori.

Après la séance du 11 janvier 2019 chez son ostéopathe Pierre Garitte, Anne-Lise (désignée, comme les autres parties civiles, par un prénom d'emprunt, afin de protéger son anonymat), a raconté comment elle a "rangé dans une case mauvais souvenirs" ce qui lui était arrivé.

Parmi les huit femmes que le praticien est accusé d'avoir violées entre début 2019 et 2020, elle est la première à être entendue ce mardi, au deuxième jour de ce procès qui doit durer jusqu'au 10 juin.

L'une d'entre elles a choisi de ne pas se constituer partie civile et n'est entendue que comme témoin, mais Pierre Garitte est quand même poursuivi pour les faits la concernant.

L'ancien ostéopathe de 37 ans, est poursuivi pour ces faits et également pour des agressions sexuelles sur 23 patientes. Au total, il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Ce 11 janvier, dans son cabinet d'Eschau en banlieue sud de Strasbourg, le praticien qu'Anne-Lise consultait pour des douleurs au bras lui a mis, sans prévenir et sans porter de gants, un doigt dans le vagin.

"Plus en entendre parler"

"Il respirait fort" et a tenté de l'embrasser, raconte la quinquagénaire.

Elle met le holà, il s'excuse et lui dit "ça n'aurait pas dû se passer comme ça. Vous êtes une belle femme". "J'ai payé, je suis partie", retrace la partie civile. "Je me suis installée dans ma voiture, je me suis dit : waouh, qu'est-ce qui s'est passé ?"

Ce n'est que lorsqu'une amie lui apprend qu'une enquête est en cours contre l'ostéopathe qu'elle se décide à témoigner, et qu'elle met le mot "viol" sur ce qu'elle a subi.

"Je ne voulais plus en entendre parler, ni de près, ni de loin", a-t-elle expliqué. "Je me suis dit : raconter ça, (ce sera) sa parole contre la mienne, et je me dis que j'ai peut-être bien fait puisqu'une première plainte en 2018 (pour agression sexuelle, NDLR) a été classée sans suite", a-t-elle dit.

Elle a accepté de s'exprimer "par sororité par rapport aux autres filles."

Déborah, 48 ans, est la première patiente à avoir porté plainte pour viol contre Pierre Garitte, en septembre 2020.

En 2017, après une séance lors de laquelle le praticien lui dit qu'elle a "un corps de femme violée" et approche sa main de sa culotte lors des manipulations, elle se décide à ne plus jamais aller le voir.

Mais début 2019, alors qu'elle souffre de vertiges très douloureux, elle y retourne.

Il lui dit qu'il va travailler le bas du corps, et sans prévenir, la pénètre dans le vagin.

"Casse-toi"

"Ça dure, ça dure, pour moi ça a duré au moins 20 minutes, c'est extrêmement long", raconte-t-elle, pleurant à plusieurs reprises.

"Dans ma tête, j'ai tout qui passe : pourquoi tu pars pas en courant? J'avais juste envie de hurler +casse-toi, casse-toi+, j'y arrivais pas".

En fin de séance, il lui dit "C'était l'âme de ta maman qui était coincée dans ton utérus, je viens de la libérer".

Elle y retourne une semaine après, à la demande de l'accusé, et le confronte sur ce qui s'est produit. Il lui répond "On était entre adultes consentants".

"Cette phrase, ça a été le verrou en moi. J'ai senti que je ne pouvais plus parler de tout ça".

"J'avais envie de hurler : ben non, j'étais pas consentante. Pas du tout."

Elle non plus n'en parle plus, jusqu'à un dîner avec des amis médecins, où elle déballe son expérience sur un ton jovial. Leur réaction choquée la pousse à parler, et à porter plainte, en même temps qu'une amie.

Lorsque son avocate, Anne-Sophie Wagnon-Horiot, lui demande si elle regrette d'avoir recommandé cet ostéopathe à trois de ses amies - dont deux sont parties civiles au procès - elle fond en larmes.

"J'ai envie de dire non parce que c'est pas moi qui ai fait les actes, mais oui parce que j'aurais dû voir que c'était pas la bonne personne", dit-elle.

Lorsqu'elle se rassied, d'autres parties civiles lui prennent la main et lui susurrent "bravo".

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