8 401.18 PTS
+0.98 %
8 414.5
+0.96 %
SBF 120 PTS
6 362.81
+0.9 %
DAX PTS
26 569.99
+0.77 %
Dow Jones PTS
53 559.99
-0.02 %
29 433.43
-0.7 %
1.158
+0. %

A Sao Tomé-et-Principe, préserver les "roças", vestiges fragiles du passé colonial

| AFP | 39 | Aucun vote sur cette news
Les Sanzalas - ancien logements - de la roça de Sundy, à Sao Tomé-et-Principe, le 1er août 2026
Les Sanzalas - ancien logements - de la roça de Sundy, à Sao Tomé-et-Principe, le 1er août 2026 ( Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP )

"Ma grand-mère a vécu ici, mon père est né ici et je suis aussi né ici. C'est en quelque sorte notre héritage", raconte Conceiçao Moreno, en pointant les murs décatis de l'ancienne plantation coloniale de Sundy sur l'île de Principe.

Sundy fait partie des six "roças" inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO fin juillet, pour leur architecture et leur importance fondamentale dans l'histoire du pays.

Mais la majorité des "roças" de Sao Tomé-et-Principe sont à l'abandon. Elles posent un défi majeur de préservation pour ce petit Etat insulaire d'Afrique centrale situé dans le golfe de Guinée, et font l'objet d'un intérêt de niche d'investisseurs privés qui voient dans ces édifices chargés d'histoire un potentiel hôtelier ou touristique.

A l'origine, les "roças" ont été pensées comme des lieux de servitude, fondées dès la deuxième moitié du XIXe siècle par les colons portugais dans une traite extrêmement violente, afin d'y exploiter des esclaves pour une culture intensive de canne à sucre puis de cacao et de café.

L'ancien hôpital de la roça Agua Ize, l'une des six classées par l'Unesco,à Sao Tome-et-Principe, le 10 août 2026
L'ancien hôpital de la roça Agua Ize, l'une des six classées par l'Unesco,à Sao Tome-et-Principe, le 10 août 2026 ( Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP )

A l'abolition de l'esclavage, en 1869, les anciens esclaves furent remplacés par des "serviçais", des travailleurs contractuels amenés - souvent de force - du Cap-Vert, d'Angola, du Mozambique, du Gabon ou du Congo.

Plus que des simples plantations, les "roças", en combinant "des terres agricoles, des infrastructures industrielles, des zones résidentielles et des équipements sociaux dans le cadre d'une planification territoriale très structurée", illustrent le "fonctionnement d'un système agro-industriel colonial à grande échelle basé sur la migration et les travaux forcés", décrit l'UNESCO.

A Sundy, les fortifications des anciennes écuries aux allures de châteaux forts, la maison de maître à l'architecture coloniale portugaise, la petite chapelle en pierre blanche et l'alignement des sanzalas, logements des travailleurs de la plantation, témoignent encore d'une époque où les "roças" représentaient des systèmes complexes et quasi autarciques de production agricole.

"Mémoire collective" -

Ces édifices "conservent la mémoire collective de Sao Tomé-et-Principe depuis l'époque coloniale jusqu'à nos jours", explique Emir Boa Morte, directeur général de la Culture du pays.

Vue aérienne de la roça d'Agua Ize, l'une des six classées par l'Unesco, et de ses alentours, à Sao Tomé-et-Principe, le 10 août 2026
Vue aérienne de la roça d'Agua Ize, l'une des six classées par l'Unesco, et de ses alentours, à Sao Tomé-et-Principe, le 10 août 2026 ( Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP )

"Certaines ont déjà disparu depuis l'époque coloniale, d'autres ont été rassemblées, il y a eu une diminution. Mais, malgré tout, il en existe encore une centaine", décompte-t-il.

Les "roças" ont été collectivisées à la fin des années 1970 par le régime marxiste-léniniste, puis privatisées dans les années 1990, mais n'ont pas survécu au déclin économique de l'archipel, pourtant premier producteur de cacao au début du XXe siècle.

Et l'immense majorité, parfois toujours habitées par les anciens travailleurs et leurs descendants, se résument à des bâtisses anciennes délabrées voir insalubres, où la nature a parfois repris ses droits.

Le couloir d'un bâtiment de la roca Agostinho Neto, à Sao-Tomé-et-Principe, le 10 août 2026
Le couloir d'un bâtiment de la roca Agostinho Neto, à Sao-Tomé-et-Principe, le 10 août 2026 ( Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP )

Député à l'Assemblée nationale de 46 ans, Conceiçao Moreno est un descendant de "serviçais" venus du Cap-Vert pour cultiver le cacao à Sundy.

Il est un des seuls à être resté sur le vaste terrain de l'ancienne plantation après son rachat il y a quelques années par HBD (Here be Dragons), le fond d'investissement de l'entrepreneur sud-africain Mark Shuttleworth.

"Je n'ai jamais vécu ailleurs, j'aime donc être ici. Il y a une relation culturelle très forte", explique avec affection celui dont la maison est désormais séparée de la plantation par une guérite et une barrière levante.

- "Nouvelle vie"

L'ancienne maison de maître de Sundy a déjà été transformée en hôtel cinq étoiles et à la fin des travaux de rénovation, les anciens logements des travailleurs deviendront des chambres supplémentaires.

La piscine de l'hôtel de Sundy, à Sao Tomé-et-Principe, le 1er août 2026
La piscine de l'hôtel de Sundy, à Sao Tomé-et-Principe, le 1er août 2026 ( Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP )

"Nous créons de magnifiques hôtels où des centaines de personnes peuvent travailler. Plus personne n'utilisait ces anciennes +roças+ de la manière dont on les utilisait à l'époque, donner une nouvelle vie à ces bâtiments est tellement important", fait valoir Egbert Bloemsma, le directeur général des hôtels d'HBD.

"C'est important de faire notre part. On rénove les +roças+, on préserve les anciens bâtiments et on préserve la culture", insiste le directeur général du groupe hôtelier qui compte deux anciennes "roças" de l'île de Principe à son catalogue.

Et la reconnaissance de l'UNESCO devrait insuffler une nouvelle dynamique à la préservation de ce patrimoine historique.

"Nous sommes en train de mobiliser presque toute la population de São Tomé", assure Emir Boa Morte du ministère de la Culture, "quiconque visitera les +roças+ verra qu'il y a eu un changement après avoir été élevé au rang de patrimoine mondial de l'humanité".

"Dans cinq à dix ans, dix autres roças pourraient rejoindre la liste de l'UNESCO", ajoute-t-il, optimiste.

Les sanzalas de la roça d'Agua Izé, l'une des six classées par l'Unesco, à Sao Tomé-et-Principe, le 10 août 2026
Les sanzalas de la roça d'Agua Izé, l'une des six classées par l'Unesco, à Sao Tomé-et-Principe, le 10 août 2026 ( Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP )

L'Etat a mis en place un "plan de gestion national de 2025 à 2035" de ce patrimoine historique pour permettre aux bâtiments de sortir du délabrement et leur trouver un nouvel usage.

Mais si les investissements sont les bienvenus, "pas question d'effacer l'Histoire", insiste Emir Boa Morte.

"L'histoire de ces +roças+ doit être racontée. Il y aura une combinaison, un mariage entre le passé et le présent", assure-t-il.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
Actions les plus vues

Classement des actions les plus vues, pour la période du samedi 22 août 2026 au vendredi 28 août 2026, des marchés Euronext Paris, Bruxelles, Amsterdam, Growth Paris, NASDAQ et NYSE sur le site et l'application Bourse Direct.

SUR LE MÊME SUJET
Publié le 28/08/2026

Une vache mange du foin, à Heudreville-en-Lieuvin, dans l'Eure, le 21 août 2026 ( JOEL SAGET / AFP/Archives )Le plan global d'accompagnement au monde agricole, victime des canicules et de la…

Publié le 26/08/2026

Vue aérienne d'un porte-conteneurs dans le canal de Panama à Panama City, le 21 avril 2026 ( MARTIN BERNETTI / AFP/Archives )Le Panama et le Salvador se sont déclarés en état d'alerte mardi…

Publié le 26/08/2026

Tomates ou pommes en souffrance, prairies grillées, ponte au ralenti: l'agriculture paye un lourd tribut aux canicules et à la sécheresse ( Fred TANNEAU / AFP/Archives )Tomates ou pommes en…

Publié le 25/08/2026

Le chancelier Friedrich Merz s'exprime lors d'un séminaire gouvernmental à Neuhardenberg, à l'est de Berlin, 25 août 2026 ( John MACDOUGALL / AFP )Le chancelier allemand Friedrich Merz a…

Publié le 24/08/2026

George Muturi applique du lombricompost, un engrais organique, sur sa parcelle de brocoli dans sa ferme du district de Lari, comté de Kiambu, au Kenya, le 12 août 2026. ( Tony KARUMBA / AFP…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 28/08/2026

Wall Street repart à la hausse porté par l'envolée de Nvidia (+6 %), pendant que la Bourse de Paris s'enfonce sous le poids des incertitudes politiques. Le support clé du CAC 40 vient d'être…

Publié le 28/08/2026

Le CAC40 cash a clôturé la séance en baisse de 1,68% à 8319,87 points dans un volume de 4.277 MD€.

Publié le 28/08/2026

(Zonebourse.com) - Les marchés européens ont terminé la semaine sur une note positive, portés par un regain d'appétit pour les actions malgré un environnement économique français toujours…

Publié le 28/08/2026

L'issue de la bataille se rapproche...

Publié le 27/08/2026

Publication du CA S1 2026 Cette semaine, Qwamplify a dévoilé son chiffre d’affaires pour le compte de son premier semestre 2026. Ce dernier est ressorti en légère…

L'ouverture de votre compte Bourse Direct est gratuite et s'effectue en ligne en quelques minutes.

Dans le cas d'un transfert de compte, Bourse Direct prend en charge 100% de vos frais, à hauteur de 200 € par compte.