Présidentielle: victime de harcèlements, Raphaël Glucksmann peine à faire campagne
Un enfarinage, des invectives, des insultes: à peine désigné candidat de la gauche sociale-démocrate, Raphaël Glucksmann se dit victime d'un harcèlement qui restreint ses déplacements et complique le lancement de sa campagne présidentielle.
Lui et son entourage pointent du doigt la France insoumise qui de son côté plaide non-coupable.
L'eurodéputé n'a pas pu profiter de l'élan de sa victoire à la primaire sociale-démocrate début octobre: en pleine mobilisation sociale pour l'éducation et le pouvoir d'achat, il peine à se rendre dans les manifestations, où il est régulièrement pris à partie par des militants.
"Tous les événements qu'on organise sont troublés par des militants de la France insoumise et il n'y a pas un pas que je puisse faire sans rencontrer une hostilité, donc ça, c'est organisé", a dénoncé le leader de Place publique lundi.
Crédité de 12 à 15% dans les intentions de vote, Raphaël Glucksmann s'est positionné sur une ligne de gauche modérée, écologiste et pro-européenne et en rupture avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, dont il dénonce régulièrement la brutalité.
Après avoir été invectivé lors d'un rassemblement féministe, puis enfariné le soir de sa victoire à la primaire dans une rue de Paris, Raphaël Glucksmann a été notamment pris à partie lors de déplacements à Nancy ou à Amiens, ou chahuté lors d'un rassemblement devant l'Hôtel de ville de Paris.
Lundi, c'est le Parti socialiste, dont il est le candidat, qui a été conspué par des militants, aux cris de "tout le monde déteste le PS", lors d'un rassemblement en hommage aux victimes de l'attentat raciste de Trappes.
Ce n'est pas une nouveauté que la gauche sociale-démocrate, souvent considérée comme "traitre" par une frange plus radicale, soit maltraitée dans des manifestations.
"Aller dans les manifestations, c'est devenu très compliqué. C'est un vrai sujet démocratique", confirme Jérôme Auslender, un proche de Raphaël Glucksmann, évoquant "des expressions de violence qui n'assurent pas des conditions de sécurité garanties".
Une situation qui oblige le candidat, également très ciblé sur les réseaux sociaux, à garder secret ses déplacements le plus longtemps possible, et à les calibrer avec minutie.
Son directeur de campagne Alexandre Ouizille souligne que l'eurodéputé est aussi harcelé dans un cadre plus privé, quand il sort de chez lui pour acheter des cigarettes ou emmener son fils à l'école.
"Ça atteint un niveau qu'on a pas connu dans une présidentielle", pense le sénateur socialiste alors que le début de campagne est marqué par une forte polarisation et de multiples tensions.
Raphaël Glucksmann met en cause directement La France insoumise, comme lors des européennes, où il avait dû être exfiltré d'une manifestation à Saint-Étienne le 1er mai 2024, victime de jets de peinture et d'insultes.
Protection policière
Mais LFI réfute toute implication dans ces violences. "Il ne devrait pas dire ça, parce que ce n'est pas vrai tout simplement", a affirmé le coordinateur de LFI Manuel Bompard, jugeant au contraire que l'eurodéputé se positionne en permanence dans la confrontation avec les Insoumis.
"Nous ne parlons jamais de Raphaël Glucksmann", a aussi assuré la cheffe des députés LFI Mathilde Panot mardi, l'invitant à moins parler des Insoumis et à se concentrer sur son programme.
Mais l'entourage de l'eurodéputé se dit persuadé que Raphaël Glucksmann, qui a pris quelques points dans les sondages, fait peur au camp mélenchoniste, et le pousse à certains excès.
Ainsi un socialiste souligne que des collaborateurs de députés de la gauche radicale étaient à proximité le soir où l'eurodéputé a été enfariné.
Même si la direction de LFI "fait semblant de l'ignorer, à chaque fois il y a des sympathisants ou militants insoumis", dit-il, estimant que s'il y avait chez LFI "des consignes pour dire +on arrête+, ils arrêteraient".
Mais Raphaël Glucksmann "n'a pas peur", insiste Alexandre Ouizille, promettant que l'eurodéputé sera présent "dans le mouvement social dans les prochaines semaines", mais en prenant des précautions.
Le candidat, qui a déjà annoncé sa présence pour un rassemblement à Trappes contre le racisme vendredi, dispose désormais du service d'ordre du Parti socialiste, mais aussi d'une protection policière permanente.
"Ces gens qui n'ont rien à voir avec LFI mais qui disent voter Jean-Luc Mélenchon et nous insultent à chaque déplacement, c'est démonstratif du monde qu'ils veulent", veut croire un autre proche du leader de Place publique. "À la fin, ça portera préjudice à LFI".
caz/hr/abl
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