Parler ou rester muet ? Comment les candidats à la présidentielle abordent les tentatives d'ingérence
Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Edouard Philippe ont en commun d'avoir été visés par des tentatives d'ingérence étrangère, à la répercussion quasi nulle, attribuées à des réseaux prorusses ces derniers mois.
Comment y répondent-ils ? S'ils sont ciblés, doivent-ils en parler ? Éléments de réponse, à six mois du premier tour de l'élection présidentielle.
- Les réponses des candidats
Tous trois ont été visés cet été par le biais de faux contenus sur leur santé ou leur vie privée.
L'ancien Premier ministre Edouard Philippe a choisi de rester silencieux pour ne pas accorder une caisse de résonance à ces contenus très peu vus.
Le vainqueur de la primaire à gauche Raphaël Glucksmann, attaqué en raison de son soutien appuyé à l'Ukraine, a publié un long message, dénonçant une opération de "déstabilisation" et prévenant qu'il ne s'agit que d'un "avant-goût de ce qui va suivre".
Le patron du parti présidentiel Renaissance, Gabriel Attal, est, de loin, celui qui y est allé le plus fort. Il a multiplié les publications et interviews à ce sujet, mettant en garde contre le risque d'une élection "faussée, volée aux Français".
"Le but est d'avertir le public que ce type de déstabilisations existe dès les premières tentatives. Si on doit attendre des opérations d’ampleur touchant des millions de Français, il sera déjà trop tard", déclare à l'AFP son entourage.
Depuis, Gabriel Attal a été comme Raphaël Gluckmann de nouveau visés, selon leurs équipes. Mais ces opérations "pas forcément significatives" n'ont pas été relayées pour ne pas leur faire de publicité.
La France insoumise, de son côté, a proposé au Premier ministre Sébastien Lecornu la création d'une instance dédiée à la surveillance de la campagne et composée de représentants des candidats.
Le mouvement de gauche radicale rappelle aussi que la Russie n'est pas la seule menace. Certains de ses candidats aux municipales du printemps dernier avaient été ciblés par une entreprise israélienne, là encore avec un faible impact.
Le Rassemblement national, régulièrement accusé de complaisance envers le Kremlin, relativise lui aussi le risque russe.
Son député Jean-Philippe Tanguy martelait encore en août que ces tentatives n'avaient "aucune influence électorale", renvoyant plutôt "aux ingérences américaines ou chinoises par exemple, en roue libre".
- Les règles de bonne conduite
Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences numériques, prévient toujours les candidats quand ils sont ciblés mais leur recommande de ne pas communiquer si les opérations ont eu un faible retentissement.
Il s'agit de ne pas "faire le jeu" des entités responsables de ces ingérences, explique cet organe à l'AFP.
Les opérations russes au mois d'août ont été lancées "avec des coûts très limités", et donc un impact très faible, note Maxime Audinet, enseignant-chercheur à l'Institut national des langues et des civilisations orientales (Inalco).
Mais une partie du paysage politique et médiatique y a "complétement surréagi", estime le titulaire de la chaire "Stratégies d'influence et de contre-influence en contexte numérique".
Le spécialiste appelle à hiérarchiser ces opérations, et à ne pas exagérer leur pouvoir.
Accorder trop d'attention aux campagnes minimes peut avoir "un effet boomerang contre-productif" en jetant un doute sur le processus électoral, précisément ce que cherchent les auteurs d'ingérences, détaille-t-il.
Agiter déjà le risque que l'élection soit "volée", comme l'a fait M. Attal, est bien trop précipité, selon lui.
- Comment les contrer?
Le professeur de science politique Frédéric Charillon, directeur de l'observatoire des stratégies d'influence à l'Essec, estime essentiel qu'il y ait une coopération "dans les deux sens" entre les partis politiques et les instances de l'Etat chargées de contrer les ingérences.
Les partis doivent eux aussi être proactifs, et prévenir les autorités dès qu'ils remarquent un contenu suspect, selon lui.
Mais avec la multiplication des contenus générés par intelligence artificielle, "il ne faut pas se faire d'illusion. Chercher en permanence à courir après toutes les +fake news+, c'est un combat perdu d'avance", prévient-il.
Pour lutter efficacement, il faudrait que le public "soit formé et éduqué, sensibilisé à ce genre de choses", plaide-t-il.
Il estime que d'autres pays, comme la Finlande, sont bien plus avancés. "Nous, on commence, on va certainement progresser, mais on ne sera pas au point pour la présidentielle."
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