Municipales: la mort des centres-villes déstabilise les villes moyennes
Boutiques qui ferment, rues qui se vident: à Bourges, comme dans de nombreuses villes moyennes, les rideaux baissés se multiplient sous la pression du commerce en ligne. À l'approche des élections municipales, les collectivités semblent désarmées.
"À louer", "bail à céder", "disponible". Sur trois des artères commerciales de Bourges, les locaux vacants se succèdent. Le nombre de boutiques de vêtements a été divisé par deux depuis 2013, selon un décompte effectué par l'AFP.
La situation n'est pas près de s'inverser: mi-février, un magasin de doudounes s'apprête lui aussi à fermer définitivement.
"Aujourd'hui, nous, commerçants, on n'a pas de solution", déplore Valérie Cosenza, gérante de la boutique Jott et présidente de l'office des commerçants de la ville. "Les clients viennent essayer, prendre des photos, demander conseil… et achètent ensuite sur internet".
Pression de la "fast-fashion" avec des plateformes comme Shein, défaillances d'entreprises, concurrence des zones commerciales périphériques... Les raisons du déclin sont multiples.
Le prêt-à-porter, surtout, traverse une crise profonde, avec 50.000 emplois perdus en dix ans, et des enseignes en difficulté toujours plus nombreuses, d'IKKS à Jennyfer en passant par Camaïeu.
Le nombre de magasins des grandes enseignes de mode a chuté en France de près de 20% depuis 2019, selon l'Alliance du commerce, qui a récemment alerté sur la "décommercialisation" des villes.
Aucun secteur n'est épargné.
"Pas de sacs"
Vincent Rouballay, à la tête d'un commerce indépendant de linge de maison, ouvert en 1978 à Bourges, ne réalise plus que "25% du chiffre d'affaires d'il y a quinze ans". "Les gens se promènent mais ils n'achètent pas. On ne voit pas de sacs", regrette-t-il.
En 2026, il prévoit à son tour de fermer. "Je suis entre le RSA et le SMIC. Travailler 60 heures pour ne pas gagner sa vie, ça n'a plus de sens".
À l'échelle nationale, la vacance commerciale (taux de locaux non exploités) "repart globalement à la hausse", passant "de 9,73% à 10,64% entre 2023 et 2024 dans les centres-villes, d'après un rapport remis en novembre au gouvernement.
Dans trois ans, il pourrait atteindre, voire dépasser, 30%, soit un commerce sur trois fermé, selon Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter.
Bourges, où la vacance commerciale frôle les 15% selon la municipalité, dispose pourtant de certains atouts: désignée Capitale européenne de la culture en 2028, elle est de nouveau portée par l'activité de ses industries de défense dans le contexte des tensions géopolitiques.
"Il y a vingt ans, les Français dépensaient 8 milliards d'euros sur internet, l'année dernière, c'était 175 milliards", se défend Yann Galut, le maire divers gauche de cette ville de 64.000 habitants. "Tout ce qui est consommé sur internet ne l'est plus dans les centres-villes".
Pour l'édile, "le changement des modes de consommation est la première cause de la désertification", une situation qui touche "Bourges, mais aussi Châteauroux, Roubaix, Nevers ou Montluçon..."
"Concurrence déloyale"
M. Galut estime que "la vitalité" des cœurs de ville doit être un "enjeu" des élections municipales de mars. Il en appelle à l’État pour légiférer et enrayer ce déclin.
De premières mesures ont certes été dévoilées pour redynamiser le secteur par le ministre des PME et du commerce Serge Papin. "Il y aura moins de commerces, mais il faut qu'ils soient plus robustes", a estimé le ministre auprès de l'AFP.
La formation des commerçants à l'intelligence artificielle (IA), le déploiement de "managers de commerce", ou un renforcement des aides à la création d'entreprises font partie des pistes.
Une autre prévoit de durcir la fiscalité sur les locaux vacants pour inciter les propriétaires à les louer, tandis que la future taxe de 2 euros sur les petits colis doit permettre de juguler leur afflux en provenance de Chine.
Ces annonces peinent toutefois à rassurer les collectivités.
"Si nous ne régulons pas la concurrence déloyale des grands groupes internationaux, dans dix ans, les centres-villes seront dans un état lamentable", estime Yann Galut.
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